‹ Souvenirs de FélicieChapitre 24 sur 82 · LE MARECHAL DE BICHELIEU · texte numérisé non relu

LE MARECHAL DE BICHELIEU

que M. de Turenne, dans une pareille occasion, les leur avait rendues. « Messieurs, leur répondit gravement le maréchal, « M. de Turenne est un homme inimitable. » £t il prit les clefs. Dans la guerre qui suivit celle de Sept- Ans, et dont le but était de soutenir Tindépendance américaine, les exemples du plus pur désintéressement Turent très-communs. On se ressouvient, entre autres, de celui du marquis de Bouille, qui poussa la délicatesse jusqu'à refuser une épée que lui ofTraient les négociants hollandais de Saint-Eustache, dont il avait sauvé les propriétés, parce qu'elle était garnie de diamants ; il déclara qu'il n'en accepterait qu'une d'acier. Mais la reconnaissance trompa, en quelque sorte, ses nobles scrupules par un ingénieux subterfuge; l'acier devint, entre les mains des plus liabiles artistes anglais, bien plus précieux que l'or. Je n'ai pas dissimulé ce que l'on pouvait reprocher h M. de Richelieu, sous le rapport des femmes et de l'argent; mais il faut aussi rendre justice à sa valeur héroïque et à sou esprit judicieux ci brillant. Il rendit de grands services à Fontenoy,et peut-être que, sans lui, les belles dispositions du maréchal de Saxe auraient été déjouées par le hasard , qui forma cette épaisse colonne que Tartillerie seule pouvait écraser. Jamais général ne connut mieux l'esprit du soldat français et ne sut mieux en tirer parti. Il en donna la preuve à Minorque, en faisant mettre à l'ordre que les ivro-gnes (et Os étaient très-nombreux) ne monteraient point à l'assaut. Cette ingénieuse menace les corrigea. Si l'on avait cité cette anecdote authentique et récente au triste comte de Saint- Germain, lorsqu'il rédigeait sa fameuse ordonnance des coups de plat de sabre, il est permis de croire qu'il y eût renoncé, et qu'il eût préréré d'employer le ressort de l'honneur, si puissant diez de tels hommes , à la crainte d'un châtiment servile, et qui les dégradait à leurs propres yeux. Au reste , le trait est connu, mais j'ai du plaisir à le consigner ici. J'ajouterai ce que je tiens d'un officier qui servait dans cette armée. Lorsque l'on donna l'assaut aux ouvrages extérieurs, les échelles étaient trop

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courtes ; mais les sotdats^ en grimpaut sur tes épaiites les uns des autres , parvînreut à se hisser jusrju'auv embrasures et s'y logèrent malgré le feu le plus vif. Le gùuverneur s'étant reodu, le duc de Rîclieliei! voulut coustater cette circonstance honorable ; dans une fête militaîre, il proposa à ses troupes de damier, avec les mêmes écbel les Ja représentation de Tassant; elles faisaient d' inutiles efforis, et il leur reproclmit de ne plus être si lestes que le jour du combat. « Général , répondit un gre- *t nadier, ne voye^-vous pas qu'il nous manque la même muti si que. i'

M» de Riebelieu, appelé à rceuciilir les fruits de la victoire du maréchal d'Estrées, |>oussa vigoureusement le duc de CumlierEand et raccula sur le^ bords de fËlbe ; il était prêt de vejïger la limite de iVlinden lorsqu'on le vît, contre toute attente, conclure la fameuse eonvenlîon de Closter-Scven. Si elle eût éléevpcutéc,elle eût privé le roi de Prusse des Anglais et des Allemands qu'ils soudoyaîeut, et rendu notre armée de Hanovre disponible contre lui ; grand résultat, sans doute , et qu'il eût élé beau d'acquérir en épargnant le sang des Français, Mais n'y avait-il pas une excessive légèreté à conclure un pareil arrangement avec un général qui, traitant sans pouvoirs spéciaux, pouvait être désavoué par sa cour, sans même qu'elle encourût le reprociie de perûdie? Il n'est pas aisé, ou plutôt il n'est pas possible de déterminer, d'une ineuière invariable, le degré de confiance que l'on peut s'accorder réciproquement à la guerre, dans des transactions de cette nature; mais il semble que plus Favanlage qui doit en résulter est grand, et plus Ton doit lier les troupes em^emies par la remise de places ou d'artilleiie, de telle sorte que le sonverain auquel elles appartteimcnt soit forcé à la ratilieatîon, et qu*il ne puisse pas impunément profiter du délai nécessaire à leur sûreté. Dans la circonstance présente^ cette précaution était d'autant plus indiquée que les Anglais , au commencement de cette même guerre , s'étaient rendus coupables d'une terrible infraction au droit des gens en sai-

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sissant, sans déclaration préalable, quatre cents de nos vaisseaux navigant sous la foi des traités. Quoi qu'il en soit , la cour de France, toujours trop indulgente pour ses généraux , aima mieux accuser l'Angleterre dans un manifeste que de punir l'imprudence de M. de Richelieu. Cette convention de Closter- Seven me conduit naturellement à parler de ses négociations à Vienne , où il avait été en ambassade pendant le ministère du cardinal de Fleury ; il s'y montra, comme à Paris et à l'armée, brillant , spirituel et magniflque ; toujours empressé auprès des dames , et bien traité par elles , il fit, cette fois, servir la galanterie à sa politique. Mal reçu dans les commencements du prince Eugène, qui gouvernait la monarchie autrichienne après l'avoir si vaillamment défendue , il s'adressa à sa maîtresse , la séduisit, et sut par elle le secret de l'État. I/austère cardinal de Fleury était le confident de ses amours diplomatiques. Il soutint aussi avec fermeté les droits de la couronne de France contre les prétentions de l'ambassadeur d'Espagne, qui quitta Vienne de dépit. Cependant cette ambassade, où il avait déployé une capacité au-dessus de son âge, car il n'avait pas vingt-neuf ans, finit par une aventure désagréable. Il y avait alors dans la capitale de l'Autriche un de ces charlatans sans patrie et sans nom, alchimiste, astrologue, médecin ; spéculant sur l'avidité des uns, sur la curiosité des autres, abusant de la crédulité de tous, il attrapait quelque argent en promettant de faire de For. Il fit bien une autre promesse à M. de Richelieu, qui eut la folie d'y croire : il s'engagea à lui montrer le diable en personne. La scène devait se passer dans une carrière près de la ville ; quelques gens de marque, au nombre desquels on s'étonne de trouver l'abbé de Sintzendorf, fils du grand-chancelier, s'y rendirent avec le maréchal. Duclos, dans ses Mémoires secrets, prétend qu'il eut la barbarie d'assassiner le prétendu magicien ; mais Duclos, qui a copié si souvent le duc de Saint-Simon, croyait, ainsi que lui, beaucoup trop légèrement aux accusations les plus atroces. Pour moi, je me suis assuré

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