FRANKLIN
rétais bien jeune lorsque je vis l'illustre FrankKn ; mais sa figure pleine de candeur et de noblesse, ainsi que ses beaux che- ?eux blancs, ne sortiront jamais de ma mémoire. Je ne puis rien citer de remarquable que j'aie entendu de sa boucbe, mais je raconterai un trait que je tiens du célèbre docteur Priestley, qui avait été fort lié avec lui. « Nous étions , me dit-il, ensem- « ble à une réunion oii se trouvaient plusieurs membres de « la Société royale de Londres ; la conversation s'établit sur le « progrès des arts et sur les découvertes utiles à l'humanité « qui restaient à faire. Franklin regrettait que l'on n'eût pas « encore trouvé le moyen de filer deux fils de coton ou de « laine à la fois. Chacun de nous se récria, regardant ce projet « ou plutôt ce désir comme inexécutable ; mais Franklin in* « sîsta, et dit que non-seulement la chose était possible, mais « qu'elle se ferait incessamment. Il a vécu assez longtemps , « ajouta Priestley, non-seulement pour voir réaliser cette esr « pérance, mais il a pu voir filer jusqu'à quarante fils à la fois. » Aujourd'hui une femme aidée d'un enfant en file jusqu'à cent.
En se rappelant tout ce que Franklm a fait dans les sciences, dans les arts et dans la politique, on demeure convamcu qu'il n'a jamais existé un génie plus universel , plus capable de grandes conceptions et d'applications ingénieuses. Il descendait de ces hautes pensées, qui lui avaient soumis la foudre, pour s'occuper des détails de l'économie domestique et pour perfectionner les cheminées, comme il passait de la conduite de son imprimerie à celle des négociations avec la France et l'Espagne, qui devaient assurer la liberté de sa patrie.
Quel homme que celui qui a mérité ce beau vers (1) :
Enpuit cœlo fulmen sceptrumque tyrannis,
(I) Turgot, dit-OD, en est Tanteur.