‹ Souvenirs de FélicieChapitre 31 sur 82 · M. DE BOUGAINVILLE · texte numérisé non relu

M. DE BOUGAINVILLE

fe voudrais rassurer les vieillards dont la tête est branlante par un autre exemple de longévité. Le célèbre navigateur Bougainville, que les sciences et les lettres ont perdu Tannée dernière, à rage de quatre-vingt-six ans, était depuis bien des années sujet à cette incommodité ; sa santé n'en était pas moins bonne , et son esprit aussi aimable qu'étendu n'en avait pas souffert. Personne n'était d'une société plus douce ; cependant il était vif, et dans sa jeunesse il avait été colère. J'ai entendu raconter au maréchal de Lévis, dont il avait été aide de camp pendant la guerre du Canada, qu'à l'attaque très-vive du fort de Ticonderago, auquel les Anglais donnèrent inutilement plusieurs assauts , M. de Bougainville reçut, au plus fort de l'action, une balle au front qui le renversa. Un officier qui le vit tomber s'écria , en s'adressant à M. de Lévis, qui était peu éloigné : « Ah ! mon Dieu ! ce pauvre Bougainville vient d'être « tué. — Eh bien, on l'enterrera demain avec beaucoup d'au- « très, V répondit froidement le général, qui lui était cependant fort attaché, mais qui, dans un pareil moment, craignait, en paraissant sensible à cette perte, de décourager les soldats. M. de Bougainville n'était qu'étourdi du coup ; la colère lui rendit la parole ; il se relève en disant : « Général , il me sem- « ble que vous vous consolez bien aisément de ma mort; « pourtant vous ne me ferez pas encore enterrer cette fois-cL »

M. de Bougainville m'a dit qu'un des usages qui l'avait le plus étonné dans ses longs voyages c'était la coutume établie à Otaïti, et dans les autres îles de cet archipel , de saluer ceux qui étemuent, en leur disant : Dieu vous bénisse ! ou quelque chose d'équivalent. Il lui fut impossible de découvrir l'originô

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de cet usage , que Ton attribue généralement en Europe à une maladie pestilentielle dont l'étemuement était le symptôme.

M. de Bougainville avait dès sa jeunesse le goût des grands voyages. Pendant qu'il était en Canada , il avait formé le projet de traverser le continent de l'Amérique jusqu'aux bords de la mer Pacifique ; malheureusement la guerre l'en empêcha ; son journal eût été d'un tout autre intérêt que celui du sec Mao^ kenzie.

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