LA MARÉCHALE DE BEAUVAU
La maréchale de Beauvau avait autant d'esprit que madame d'Angivilliers , sans aucun de ses travers. Ses manières étaient aussi nobles que sa conversation était agréable , et elle n^avait pas moins que la maréchale de Mirepoix, sa belle-sœur, cette fleur de politesse qui faisait regarder, par la bonne compagnie de tous les pays, Paris comme la capitale de l'Europe. Elle prenait un vif intérêt aux affaires publiques et au gouvernement de rÉtat , mais ce n'était ni par ambition , ni par esprit d'intrigue ; fidèle et même généreuse en amitié, elle louait, exaltait, portait aux grandes places , dans toute la pureté de son cœur et pat la conviction de leur mérite , ceux de ses amis qu'elle en croyait capables. .Tamais elle ne les abandonnait. C'est ainsi qu'elle avait voulu partager la disgrâce du duc de Choiseul et qu'elle soutint constamment M. Necker au milieu des variations de son crédit. Elle fut aussi liée avec l'archevêque de Sens et contribua à donner une trop haute idée de ses talents ; mais, si sou influence a pu être funeste, ce n'est point elle qu'il faut en accuser, mais ce fatal ascendant que l'on avait laissé prendre en France aux femmes , et qui remonte , comme je l'ai prouvé dans un autre ouvrage, jusqu'à l'époque de madame de Maintenon.
La maréchale de Beauvau avait beaucoup d'élévation dans Pâme et une chaleur qui allait quelquefois jusqu'à l'enthousiasme ; mais, si elle se manifestait dans sa conduite , jamais ses discours ne s'en ressentaient. Elle avait de la vivacité sans emportement ; toujours l'expression propre , point d'exagération , rien d'affecté. Raisonnant avec autant de force et de justesse qu'un bon logicien, elle y Joignait la délicatesse de son