‹ Souvenirs de FélicieChapitre 52 sur 82 · LA DUCHESSE DE POLIGNAC · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE POLIGNAC

La duchesse de Polignac était devenue favorite de la reine Marie-Antoinette d'Autriche par un singulier hasard. Cette anecdote tiendrait bien sa place dans des Mémoires , mais je ne veux pas la raconter ici. Au reste, cette grande faveur ne dura que peu d'années ; elle n'existait même plus lorsque la reine lui fit donner la place de gouvernante des enfants de France, quoique l'opinion publique, d'accord avec le désir du roi, désignât la duchesse de D**, dame respectable avant l'âge, depuis le modèle de toutes les vertus , et qui, à tous égards, devait l'emporter sur madame de Polignac. Celle-ci avait la plus céleste figure que l'on pût voir; son regard, son sourire, tous ses traits étaient angéliques ; je ne dis point qu'elle res* semblât à ces anges que les Anglais représentent avec des cheveux blonds et des yeux d'un bleu clair, beautés un peu fades, comme presque toutes celles de leur pays ; elle avait une de ces têtes où Raphaël savait joindre une expression spirituelle à une douceur infinie. D'autres pouvaient exciter plus de surprise et plus d'admiration, mais on ne se lassait point de la regarder. Son caractère ne démentait point sa figure ; toujours égale, sereine, elle semblait contente de sa situation aussi bien que de ceux avec qui elle se trouvait. Sa conversation n'était point remarquable par des saillies, mais elle était raisonnable et enjouée; jamais la malignité n'en faisait les frais; enfin elle était calme sans être insipide, et aimable sans être piquante. On lui reprochait dans le monde d'être excessivement froide, peutêtre même de ne pas montrer assez, d'égards aux personnes qui venaient le dimanche lui rendre leurs devoirs. Ce n'était point l'effet d'un orgueil dédaigneux; mais elle ne cachait

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pobt assez ramai que lui causaient ces visites d'étiquette, auxqu^es Tanûtié n'avait aucune part. Tout le reste de la semaine eBem^oaituneTéritablevie de château ; uoe douzaine de personnes fohrmai^t, avée sa famille, sa société; il y régnait une aimable lil)erté. On se rassemblait dans une jprande safie de bos construite à rextrémîté de cette aile du fi^ qui regarde roran^rie; au fond il y avait uu billard, è drdte un {ûano^ à gauche une table de quinze. On y jouait ou faisait de la muidque,<m causait \ jamais il n'était question d^intrigùes ou de tracasseries , pas plus que si Ton eût été à ie^ cemB lieues de la ciq[>itale et de la cour.Je me rappelle^ avec im plaisir mêlé de rçgrets, les agréables soirées que j'y ai passées p^idant les deux hivers qui ont précédé la Ré?ohi« tion. -,

Tout fut plus singulier qu'heureux dans la vie de la ducbease de Polignac. Sa faveur auprès de la reine tint à une drcondtance bizarre^ et, tant qu'elle dura, lui donna plus de si4^<m quede jouissance. Sa nomination à la place de gouvernante des enfants de France fut encore plus extraordinaire , puisque la reine ne l'aimait plus à cette époque ; mais le baron de Besenval sut lui persuader qu'un autre choix ferait croire qu'elle n'avait pas assez de crédit pour faire donner cette grande place à celle que l'on regardait comme son amie. Madame dePolignac jouissait d'une grande fortune, il est vrai , mais elle était retenue con&e son gré à Versailles, et elle aurait fait volontiers le sacrifice de ses richesses pour vivre libre et dans l'aisauce à Paris. Enfin, ce qu'il y eut de plus triste pour elle , c'est qu'elle partagea l'animadversion presque générale dont, à l'époque de la Révolution, la reine devint malheureusement l'objet. Le public, ou plutôt le peuple, mal instruit, la croyait encore sa favorite, et attribuait à ses conseils et à ses déprédations les maux qui pesaient sur la France, au lieu d'en accuser l'impéritie des ministres, bien plus funeste que la prodigalité des princes, qui d'ailleurs sous ce règne fut bien moindre que sous les précé-

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