‹ Souvenirs de FélicieChapitre 60 sur 82 · LB DUC DE GUINES · texte numérisé non relu

LB DUC DE GUINES

garderaient le plus inviolable silence , il entre avec elles dans une loge des premières. J'aurais dû dire, pour rintelligence de rhistoire , que , dans rauto::nne qui précédait ce carnaval , un assassinat affreux avait été commis à quelques lieues de Paris, avec des circonstances atroces.; que le meurtrier, homme au-dessus du commun, était connu, mais qu'il avait échappé jusqu'alors aux poursuites de la justice. Ce fut le nom de ce personnage odieux que le duc de Guines jugea à propos de prendre. « Je suis, dit-il avec un profond soupir et d'une voix sombre, un misérable indigne de pitié. Le tendre intérêt que vous me témoignez va se changer en horreur ; n'importe , je l'ai promis.. . vous l'exigez. . . Je suis le malheureuxN. , ce meurtrier. . . » Il n'eut pas besoin d'en dire davantage ; les deux dames se levèrent en criant : « Le scélérat! le monstre! qu'on l'arrête! — Calmez-vous , Mesdames , leur dit le duc de Guines en se démasquant; j'ai voulu savoir jusqu'à quel point on pouvait compter sur vos promesses et sur votre discrétion. » Cette plaisanterie eut beaucoup de succès.

Le duc de Guines , qui savait si bien donner des ridicules , avait lui-même un singulier travers. Il était assez gros et engraissait tous les jours ; en dépit de la nature il voulait paraître mince et portait des vêtements extrêmement serrés. Il poussa cette manie si loin qu'il avait, pour chaque habit, deux culottes différemment coupées. Lorsqu'il faisait sa toi> lette, son valet de chambre lui demandait gravement : « Monsieur le duc s'asseoit-il aujourd'hui? » Lorsqu'il devait rester debout, il montait sur deux chaises et descendait dans sa eu* lotte, tenue par deux de ses gens. A quoi sert l'esprit?

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