‹ Souvenirs de FélicieChapitre 7 sur 82 · INTRODUCTION. ^M · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. ^M

Molière? Ed tendrait-on les f for aces ou. Cinna? — Non î les beautés sublimes du graod Corneille ^ ces traits si profonds, si vrais, si comiques, qu'applaudissait Louis XLV dans Malière, ne sauraient plus charmer ces gens-là ^ ce sont des convives blasés, qui, las de vins exquis, vont s'enivrer de liqueurs fortes. lis envient au peuple sa joie grossière. La parade aux saleséquïvoques, aux lazzis indécents, adi^esséses tréteaux ici^ Les femmes y arrivent masquées , pour eu tendre, pour voir et pour n'être pas vues : on le comprendrait de reste si je disais seulement Tannonce d'une de ces parade-s. Un homme d'un beau nom fera Gilles; une des plus jolies filles de l'Opéra^ Marquise^ va représeuter Ztrzaùelie ,■ et dans la pièce elle aura pour père un petit* fils du ij^raud Coudé, un prince du sang, chez qui vous êtes, M. le comte deClermont, abbé de Saint-Germain-des-Prés» qui joue dans la perfection les Cassandres.

On n'a pas le courage d'insister sur des fautes que. devaient expier tantde malbeurs. Tandis que les bautes classes oubliaient ainsi leurs devoirs, leur intérêt, le soin de leur dignité, s*élevait auprès d'elles une puîssaoee qu'elles affectaient de mépriser, comme si la mépriser c'était la vaincre ; qui marchait ayant à sa tête le talent , l'audace et le génies qui n'avait rien encore et prétendait à tout; qui bravait les superbes, tendait la main aux faibles j faisait ou ruinait les réputations, éclairait, dirigeait, dominait les espnts : l'opinion publique. Mais on ne voulait pas s'effrayer de ses progrès , de peur d'avoir à les combattre. Quelques hommes clairvoyauts, inquiets, élevaient^ils la voix : cette voix se perdait dans le bruit des plaisirs. De quoi s'alarmait- on? Tout était a sa place ; rien n*était changé dans rÉtat , et, parce qu'on voyait un trône, des parle-

INTBOBUCTION* XHI

ments , un clergé, des uniformes , on croyait avoir encore une religion, des lois, une armée, une monarchie!

Le mai n'était pas seulement qu'on se trompât d'une Dsiçon sL légère sur des intérêts si graves ; il était surtout^ ce que ne dit pas M°^^ de Genlis, dans une immoralité réduite en principe par Tesprit et le ton de la plus haute société. — Qui n'a connu, sous la Restauration, le vieux chevalier de Pannat , si gourmand , si spirituel et si sale , celui-là même qui disait àBivarol, en émigration : ail fait si chaud; a laisse-moi Jeter mon habit sur ton lit I » et à qui Rivarol répondait : « Mais après , où jetterai-je mon lit , cheva- « lier? » Il avait toujours été sale, mais il n'avait pas toujours été vieux. Dans sa jeunesse, il débitait des maximes assez relâchées , non par goût , non pas à son profit^ mais simplement en thèse générale et presque à son insu, comme une monnaie courante. Un jour s'éts^lissait entre une Jeune femme et lui le dialogue suivant : a Madame, Bozon vous rend des soins ; il vous regarde , il soupire , il vous aime l — Vous rêvez. Monsieur de Pannat ; il n'en est rien^ je vous assure. — Madame, je persiste; il a pour vous de l'amour, et vous n'y êtes pas tout à fait insensible . Prenez garde; la vertu ne vaut pas grand prix, mais elle vaut encore mieux que fiozon. o II appelait cela parler morale.

Cette société oisive, frivole, opulente, n'avait d'autre affaire que ses plaisirs , et la galanterie y tenait une place immense. Elle avait pris un caractère d'audace , de dévouement , d'exaltation , qui semblait lui servir d'excuse ; on tournait au romanesque, et l'on en remarque une forte empreinte soit dans les Souvenirs, soit dans les autres ouvrages de M"« de Genlis. Dans les appartements ^ dans

XIV INTHODUCTION.

les bosquets de Versailles , on trouvait des lettres écrites avec du sang. Des femmes, des hommes de la cour se voyaient témérairement l'un chez l'autre , sous des travestissements officieux. Des grands seigneurs, que je nommerais bien y surpris la nuit sur des balcons, se laissaient arrêter comme voleurs et conduire en prison par le guet. Et qui ne sait que, caché précipitamment, au moment d'un rendez -vous, un homme infiniment aimable donna la preuve de la discrétion la plus tendre , la plus courageuse, en se laissant écraser , sans mot dire, la main dans une porte? Huit jours après toutes les femmes en rafolaient; mais il resta fidèle I

A quelques hommes plus riches que tendres , à quelques gens à la mode, à quelques lions de Tépoque, le bonheur de plaire et le plaisir d'être discrets donnaient souvent trop d'embarras. Il était moins à leur usage d'inspirer l'amour que de l'acheter. Le nombre était immense alors des courtisanes à la mode; toutes voulaient avoir un écrin : c'était là leur ambition. On sait qu'une d'eUes disait : a Cela se conçoit! Les diamants, voyez-vous, (V c'est la croix de Saint-Louis de notre état ! » La vanité, bien plus encore que le libertinage, fournissait à leur luxe effréné. Chaque adorateur ^ comme on disait alors, voulait que son idole , que sa déesse , autres termes du temps , l'emportât sur ses rivales. Objet des fantaisies d'une altesse royale, la célèbre Duthé se montrait à Longchamps, qui ne le sait encore ? traînée par des chevaux dont les harnais étincelaient de pierres fausses. Pauvre luxe, et luxe pourtant ! Mais, avec plus de goût , rien n'égalait la magnificence d'une autre beauté du même ordre, M"* Rem^ qui ruinait à la fois , fort, gaiement, cinq ou six seigneurs jeunes et

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