‹ Souvenirs de FélicieChapitre 75 sur 82 · GEOBGES III, BOI D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

GEOBGES III, BOI D ANGLETERRE

« vrage... » Ces expressions, dans tout autre pays, eussent été crinainelles ; dans le sénat britannique, elles furent considérées comme la preuve d'une noble franchise qui n'avait rien de factieux.

Lord North succéda au comte de Chatam ; il suivit le système de lord Bute , et s'efforça de soumettre par les armes des peuples que quelques concessions auraient ramenés. D'immenses trésors furent inutilement dépensés, des milliers d'hommes tombèrent sous les coups de leurs c~oncitoyens , et les hordes sauvages ajoutèrent leurs horribles barbaries aux maux déjà si cruels de la guerre , jusqu'à ce qu'enfin les éternels rivaux de la puissance anglaise , les Français et les Espagnols, réunissant toutes leurs forces à celles des insurgés, assurèrent leur indépendance. La nécessité seule put obliger le roi à la reconnaître, et, lorsqu'il signa le traité, ce fut avec les marques d'un profond chagrin. Il est cependant juste de dire que la très-grande majorité de la nation anglaise par-^ tagea longtemps son opinion sur cette guerre , s'obstinant à ne voir dans les Américains que des révoltés indignes de pardon, et non des frères qui réclamaient leurs droits. Les peuples ne sont pas moins jaloux du pouvoir que les princes. Le joug des républiques est même plus dur que celui des monarchies. Voyez Rome gouvernant ses conquêtes avec un sceptre de fer, et , de nos jours , Venise et les petits cantons suisses refusant à leurs sujets la liberté dont jouissaient les citoyens.

Au reste, le résultat de cette grande querelle confondit encore une fois tous les calculs de la prudence humaine. Cette indépendance de l'Amérique, que Je commerce anglais regardait comme devant lui porter un coup fatal , eut pour lui des conséquences aussi heureuse» qu'imprévues. Le nombre des vaisseaux marchands, ce signe infaillible de la prospérité d'une nation commerçante, doubla en peu d'années , et l'on vit avec étoimement ces mêmes négociants de Bristol, qui trafiquaient principalement avec les colonies américaines , et qui , encore à

la fin de la guerre , avaient annonce au parlement , dans une adresse solennelle, que, si fin dépendance était proelamée, faudrait fermer leur port , on les vit, dis-je, demander un bill pour être autonsés à TagraDdir* Ce fut alors pour la première fois que Ton reconnut Teitîstence de ce grand principe ii*économie polilique, que !e commerce extérieur ne peut prospérer si k.s na fions étrangères ne sont elle^i^mémes rlcites el florissantes. Il est bien singulier qu'une vérité aussi favorable à rhumanité , et qui paraît si évidente , n'ait pas été plus tôt découverte. Elle Test enfin, et commence même à être généralement répandue- Les négociants éclairés disent maintenant à tous les peuples de la terre sans distinction, sans acception de rivaux ou d'amis : ^ Augmentez votre population, car vous au- « rcz plus de besoius ; soyez plus riches , nous vous vendrons <t davantage, u Ils savent, en effet , que les pauvres achètetit peu et payent mal ; on peut donc compter sur la sîucérité de leurs vœux pour la prospérité générale, à laquelle est attaché* Faccroissement de leur tbrtune. Ainsi tomberont à jamais ces systèmes de monopoles et de profits exclusifs , triste conception d'esprits étroits , résultat d'une rapacité mal entendue. On peut même attendre du progrès des lumières que les gouvernements iront jusqu'à proscrire le commerce le plus avantageux à leurs sujets s'il étouffe les germes^ de la reproduction , et l'apologue des. œufs d'or n'accusera plus une cupide imprévoyance. Il ne restera, sans doute, que trop de causes de guerre entre les peuples voisins : les passions en sont l'intarissable source ; mais les querelles de commerce , qui en ont produit de si longues et de si Cruelles , seront bien moins fréquentes lorsque chacun sera persuadé que la richesse des étrangers lui est avantageuse, et que c'est un capital dont son industrie peut tirer un revenu.

Ce fut pendant cette même guerre d'Amérique que Georges III eut une occasion mémorable de montrer qu'il possédait à un haut degré le courage et la fermeté, de toutes les

«E0B6ES III, BOI DÀTfGLETEBBE. 415

qualités les plus utiles à un souverain. On connaît peu , sur le continent, les détails de rinsurrection provoquée, en 1780, par lord Georges Gordon. Elle fut courte, mais effrayante, et pendant plusieurs jours la capitale de l'empire britannique fut remplie de trouble et de confusion. Les dévastations commises par les brigands causèrent une perte de quelques millions sterling, et il périt plusieurs centaines de personnes. Les prisons furent forcées, les prisonniers joignirent les séditieux, des maisons furent détruites, des magasins pillés, d'autres incendiés; enfin une immense distillerie à laquelle on mit le feu menaça toute la ville d'une conflagration générale.

Cet événement, encore plus alarmant que funeste, était impossible à prévoir. L'homme qui en fut la cause presque inno-' ~ cente était un visionnaire sans talent et sans esprit. Son zèle fanatique pour la religion anglicane fut d'abord secondé par un assez grand nombre de personnes d'une classe inférieure, ignorantes et superstitieuses, mais qui ne dierdiaient point à tronh bler l'ordre public. Bientôt la curiosité et l'esprit d'imitation, mobiles puissants partout , mais plus en Angleterre que dans aucun autre pays , réunirent autour de lord Gordon des milliers d'oisifs, dans un rassemblement qu'il indiqua hork de Londres. La loi tolère plutôt qu'elle ne les autorise ces assemblées tumultueuses, sujettes à de graves inconvénients. Ce qui s'ensuivit en est la preuve. Les troubles commencèrent par la plus ridicule des processions. On avait rédigé une pétition adressée au parlement contre un bill, passé presque sans opposition il y avait déjà près de deux ans , qui donnait aux catholiques un peu plus de liberté de culte , sans cependant en autoriser la publicité. Un homme d'une haute stature portait cette adresse sur sa tête, et les signatures, vraies ou supposées, étaient si nombreuses qu'une vingtaine de personnes' soutenaient par derrière ce papier, qui formait comme une longue queue. Jusque-là, rien n'était encore illégal ou criminel ; mais, à la vue de leurs forces, quelques-uns des pétitionnaires, pre-

4fn opoaGBis nif boi d'anglet^bbe.

nanl de l^audace, commencèrent à démolir les chapelles c^ tholiques. Ce genre de destruction est trèS'frïk]Qent daos les émeutes en ADgletcrre ; les maisons y sont bâties peu solidement; elles n'ont même, pour la plupart, qu'une épaisseur de briquets , et Ton conçoit qu'elles doivent céder aisément aux etTorts d*uiie populace active, et d*autunt plus adroite qii'i] s'y joint toujours beaucoup de matelots , espèce d'iionmips singulièrement agiles et vigoureux. Aussi dans peu d'heures de grands bâtiments sont démolis de fond en comble. Cette fois, rinipunité ayant enhardi les séditieux, et les brigands qui s'étûient mêïés dans leurs rangs pouvant espérer d*assou%ir leur avidité, les prisons furent assaillies et forcées ; ils y trouvèrent de nond^reux renforts. Dès lors il ne fut plus question ni de pétition , ni de querelles de religion : le pillage était le but ; le tumulte ejt Tincendie furent les moyens. Cette foule ameutée se grossit avec la rapidité d*une avalanche que la plus légère cause fait naître dans la montngne, que le plus léger obstacle eût arrêtée, mais qui, une fois formée^ entraîne dans sa course irrésistible des quartiers de rochers et déracine les plus grands arbres. La capitale fut menacée d'une entière subversion. Le parlement fut investi, ses membres insultés, des piquets de cavalerie repoussés , les maisons des magistrats assaillies ; celle du premier de tous, le célèbre lord Mansfield, fut pillée, et sa précieuse bibliothèque devint la proie des flammes. Enfin la banque , dépôt public où des sommes énormes en or, en argent, en valeurs de commerce, étaient gardées, allait être attaquée. A la vue d'un danger qui menaçait toutes les fortunes, les négociants, les banquiers, leurs enfants, leurs commis s'armèrent et se formèrent en compagnies. Le régiment des gardes, seule troupe régulière qu'il y eût à Londres ou aux environs, étant trop peu nombreux pour apaiser ime révolte qui avait pris un caractère si alarmant, le roi fit venir à marches forcées les milices et les régiments de ligne qui se trouvaient le moins éloignés. Mais cette mesure eût été probablement in-

GEORGES lu, BOI D*ANGLETER££. 417

suffisante s'il n'eût en même temps ordonné, par une proclamation, aux soldats de tirer sur les insurgés sans attendre la réquisition des magistrats, détruisant ainsi, par un seul acte de sa volonté et sans l'intervention du parlement, cette sauvegarde sacrée, ce palladium des libertés anglaises. Mais la nécessité la plus impérieuse et la plus évidente rendait légitime une infraction qui, dans toute autre circonstance , eût coûté la tête au ministre assez imprudent pour* contresigner une pareille proclamation. Georges III montra pendant tout ce tumulte une contenance ferme et courageuse ; tandis que les riches propriétaires et beaucotip de familles aisées fuyaient loin d'une ville bouleversée, il ne s'éloigna pas un moment, donnant avec beaucoup de ^ng-froid les ordres nécessaires , et décidé à se mettre à la tête des troupes si la révolte continuait; mais cette populace mal armée , sans discipline et sans chefs , n'opposa que peu de résistance lorsqu'elle fut attaquée sérieusement; on lui tua deux ou trois cents hommes, et elle se dispersa bien plus vite qu'elle ne s'était ramassée. Lord Gordon fut arrêté, conduit à la Tour; on lui fit son procès ; et telle est la douceur, peut-être excessive , des lois anglaises qu'il fut acquitté, parce que sa connivence avec les auteurs du pillage et de l'incendie ne put être prouvée.

Je ne serais point entré dans autant de détails sur cet événement, qui n'eut aucunes suites, s'il ne me paraissait démontrer, d'une manière convaincante, l'insuffisance, dans les cas extraordinaires, de cette constitution si vantée. Il fallut la violer ouvertement pour éviter les plus grands malheurs; un prince faible qui l'eût respectée laissait périr sa capitale. Il est curieux d'entendre ce que les Anglais réppndent lorsqu'on leur parle de cette singulière rébellion et du danger que courut alors Londres, cette immense métropple, à la fois le centre du gouvernement et le principal entrepôt du commerce britannique, cette ville enfin dont on ne saurait se faire en France une idée juste, pour la richesse, la population et le mouvement,

418 GEOBGES ni, BOI b'àNGLETERBS.

qu'en réunissant par la pensée Marseille , Lyon et Bordeaux avec Paris, et dont la ruine eût causé une commotion incalculable dans les trois royaumes, et jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'empire. Ils ne nient point le péril qu'ils coururent, mais ils soutiennent que la crainte d'orages passagers, dont le retour, quoique possible, est très-peu probable, ne doit point empêcher de jouir d'un état habituel de liberté et d'indépendance, enfin que des "précautions gênantes, des entraves journalières sont plus fâcheuses qu'un mal incertain. Quelquefois ils se comparent aux Napolitains, qui jouissent, au pied du Vésuve , de leur baie délicieuse et des charmes de leur climat. « Ne les voit-on pas, disent-ils, danser sur les laves « d'Herculanum et sur les ruines de Pompela , sans songer « aux générations englouties? Moquez- vous de leur impré- < voyance, mais laissez-nous croire que la philosophie les ap- « prouve. »

11 y avait environ six ans que la paix qui consacra l'indépendance de l'Amérique était conclue lorsque le roi ressentit pour la première fois les atteintes de la cruelle maladie sous laquelle il succombe aujourd'hui. Dans un État purement monarchique, ''a démence du prince ae produit point de crise politique ; Thé- Hlier du trône l'occupe provisoirement, et la nation ne prend point de part à ce changement anticipé. Mais il n'en est pas ainsi chez un peuple libre, surtout lorsque cet événement n'a point eu d'exemple dans son histoire et qu'il n'est point prévu par la Constitution. Une foule de questions nouvelles vint agiter tous les esprits ^ le parlement s'en empara, et, en voulant défendre la personne royale, il affaiblit la prérogative de la couronne. A qui devait être confiée la garde de l'infortuné monarque ? Qui constaterait son retour possible et espéré à la raison? Le droit successif du prince de Galles lui donnait-il un droit exclusif à la régence, et, s'il le lui donnait, quelles modifications, quelles restrictions pouvait-on apposer au pouvoir conféré par cette grande charge? Tel fut le sujet des discussions

GEORGES m, BOI D'ANGLETERBE. 419

importantes qui occupèrent pendant plusieurs mois l'Angleterre et qui étonnèrent l'Europe. Malgré Textréme chaleur des débats parlementaires, les amis de Tordre et des bienséances remarquèrent avec satisfaction qu'une commisération respectueuse couvrait d'un voile religieux la situation déplorable du souverain ; même la presse, dont la liberté dégénère si souvent en licence, se contint cette fois et observa une juste retenue. Cet état d'anxiété ne fut pas heureusement de longue durée. La maladie dimmua par degrés , et la guérison fut déclarée complète. Le rétablissement du roi causa une allégresse générale ; ses vertus méritaient ces marques d'attachement ; mais il se mélart quelque chose de personnel à ce sentiment • l'orgueil national souffrait de l'abaissement du chef de la nation.

La convalescence du roi fut célébrée par une grande solennité religieuse ; il se rendit en pompe à l'église de Saint-Paul, au milieu des acclamations d'un peuple immense. Jamais cérémonie n'eut un caractère plus imposant. Quel spectacle de voir un grand monarque reprendre sa couronne sur l'autel du Roi des rois en bénissant la main puissante qui l'avait humilié !

On était au printemps de 1789, et les Anglais purent attribuer à une faveur spéciale de la Providence que leur monarque eût recou\Té la jouissance de ses facultés intellectuelles au momedt où tous les trônes commencèrent à être plus ou moins ébranlés. Si celui de Georges III ne le fut pas alors par une attaque directe et par la menace d'une invasion, il le fut par des menées dangereuses, et bientôt il régna en Angleterre une fermentation sourde , mais étendue , qui aurait pu causer la plus violente explosion. Le gouvernement eut besoin d'autant de prudence que de fermeté pour arrêter les progrès rapides de cet esprit d'innovation et même de républicanisme que la révolution française avait suscité ; différentes causes , parmi lesquelles on doit compter comme la première l'amour constant des Anglais pour la liberté, et la joie universelle qu'inspira la destruction de la Bastille, que, sur la foi d'écrivains aussi igno-

rants que pnssionnés, on se figurait toujours remplie d'iimoidH brables victimes du despotisme, procurèrent aux révolutionnaires une foule de panifions dans les tle>â Britanniques, Les uns, dans leur violente exagération, ne se proposaient pas moins que d'aboïir la royauté qu'ils nommaient tyrannie, et de suivre Texemple de l"" Amérique, qu'ils voyaient eu elTet prospérer et même prendre un prodigieux accroissement sous im régime républicain ; les autres, et c'était de beaucoup le plus gtaxkd nombre, plus modérés, ne voulaient que la réforme des abus, insistant surtout sur un systèfne moîus inégal de représentatioiK Us se croyaient plus raisonnables, ils ne Tétaient qu^en àfh parence; car le moindre changement politique eût, à cette époque mal choisie, entraîné une subversion totale. Ce qui sauva r Angleterre , ce fut moins la sagesse du prince et de se^ niinistres que les e^cès des révolutionnaires français. Leurs crimes, bien plus encore que leurs folies , détrompèrent les personnes honnêtes, mais exaltées, et les guérirent pour foDg^ temps de la manie des réformes. Alors le parti des anciens whigs se divisa ; Burke, le sublime Burke, Windham, ce partisan si chaud de la liberté française, tous les membres dû parti Portland, riche et considéré, abandonnèrent les bancs de Top* position pour se réunir autour du trône menacé,^«t quittèrent des bannières flétries. Le caractère du roi était tel pour cette occasion que le demandaient son intérêt et celui de son peuple. Loin d'avoir la moindre propension pour les nouvelles doctrines, ou même de les regarder avec indifférence, une certaine hauteur féodale , qu'il tirait probablement de son origine germanique et qui perçait malgré son affabilité, lui faisait regarder avec indignation tout ce qui ressemblait à l'égalité. Aucun monarque ne fut plus juste envers ses sujets, aucun n'était moins persuadé de leurs droits. Il fut même si irrité des discours que fit au club des whigs le célèbre Fox , en faveur du système français, discours qui n'était cependant dicté que par une tactique parlementaire, qu'il le raya de sa propre main de la liste

6E0BGES ni , BOI D' ANGLETERRE. 421

des conseillers privés, ce qui ne s'était pratiqué qu'une stule fois, lorsque lord Georges Germaine fut accusé d'une action déshonorante. La perte de ses domaines héréditaires en Allemagne acheva de porter à son comble l'exaspération du roi; mais il eut du moins cette consolation que toute sa famille partagea ses sentiments , ce qui , chose étonnante , ne lui fut pas commun avec tous les souverains de l'Europe. Pour lui, il vit son fils aîné, que de mauvais conseils et des égarements de jeunesse avaient trop souvent éloigné de lui, rompre d'une manière éclatante toutes ses liaisons de plaisir et d'amitié avec un prince de la maison de France qui, par ses sentiments et sa conduite, s'en était rendu indigne (1).

Depuis le commencement de ce siècle la santé de Georges III a été souvent dérangée, et il a éprouvé plusieurs attaques de son ancienne maladie, avant celle qui paraît lui avoir fait perdre pour jamais la raison ; mais, dans ses intervalles lucides, son caractère ferme jusqu'à l'opiniâtreté ne s'est jamais démenti. On en eut la preuve dans cette importante affaire de ^émancipation des catholiquesj renouvelée plusieurs fois, et à laquelle il refusa constamment de donner son adhésion. Les progrès des lumières, et la tolérance qui en est la conséquence nécessaire, semblaient indiquer qu'ils ne pouvaient plus subsister, ces actes rigoureux portés dans un siècle d'ignorance et de fanatisme pour exclure de tout emploi civil et militaire ceux qui reconnaissent la suprématie du pape. La politique paraissait d'accord avec la justice naturelle pour abolir ces odieuses restrictions. Quatre millions d'Irlandais, au moins, c'est-à-dire les quatre cinquièmes de la population de cette île, sont catholiques romains, et la France les sollicitait depuis longtemps de secouer le joug d'une métropole qui gêne autant leur conscience que leur industrie. En iQur accordant enfin tous les droits

(I) Dans une réunion nombreuse de ses amis, le prince de Galles, après avoir exposé ses motifs, lit ôter de son salon le portrait du duc d^Orléans et le reloua au grenier.

423 GEOEOES Itl , BOl D ÂNGLETEEHX. ifc-kJ^»^

de citoyens, c'était les attndicr a la Grande*Brctagnp par d indissolubles Jieos; c*ëtait déjouer le projet de ses éieniels rivaux, * Les opposants à cette mesure salutaire n'étdieût point nombreux, et ils diminuaient tous le^ jours ^ Il faut même dire^ en rtionneur du clergé angïican , qm plusieurs de ses membres les plus distingués faiforisaiynt, du moins par leur silence , les justes demandes des nou-conformistes. Le roi ne fol pas ébraiiJé un seul instant ; il déclara solenneUement qu'il ne donnerait jamais son assen liment au bill proposé. Cette énergique détermination , qui eut de rinlluence sur les affaires générales de TEurope, puisqu'elle fut en partie cause de la retraite de M. Pitt, ne fut point dictée, comme on pourrait le supfîoser , par im attacliement superstitieux ^ ou fondé sur l'orgueil , pour cMte secte dont le roi est le chef suprême, le souverain poutifc constitutionnel. Sa résistance étiiit fondée sur un motif (>lu8 noble, le souvenir inefîaçable de son serment du sacre ^ qui couticnt la promesse de maînteoir de tout son pouvoir la religion établie. Motif rare, suranné, qui paraît presque ridicule dans un âge où les serments semblent avoir perdu toute leur sainteté. Tant de fois profanés par les révolutionnaires de tous les pays, arrachés par la force ou prononcés par une coupable légèreté, de sacrés qu'ils étaient chez tous les peuples ils sont presque devenus des objets de dérision. Il n'en est pas moins vrai que, si les scrupules du roi d'Angleterre excitent le dédaiu des politiques, ils sont infiniment respectables aux yeux de la morale et de l'honnêteté. Ils ne peuvent avoir d'autre source qu'une probité sévère, une justice consciencieuse qui donne de la sécurité aux sujets d'un prince et la confiance la plus entière en ses promesses aux monarques voisins. Cette opposition soutenue à une mesure qui pouvait être utile, mais qu'il ne croyait pas licite, termina honorablement la longue carrière de Georges III, déjà illustrée par des actes répétés de clémence et de bonté (1).

(1) Il parait que les politiqaes qui lat ont tant reproché de ne pas avoir

GEORGES III, BOI D'àNGLETEBBE. 423

Après avoir parlé, conformément au plan de cet ouvrage , des événements politiques du règne de Georges III , sur lesquels il a eu une influence personnelle , il me reste à donner quelques détails sur sa personne, son caractère et sa vie privée!

Je commencerai par ses mœurs pures , irréprochables , ou plutôt patriarchales. Au milieu de leur nombreuse famille, composée de douze enfants , la reine et lui menaient une vie douce et sans faste. L'amusement favori du roi était la musique religieuse ; il préférait à tous les autres les ouvrages de Uaendel^ compositeur allemand, le précurseur et peut-être l'égal de Mozart et de Haydn, et Fauteur du fameux chant God save the king. Presque toutes les semaines on exécutait quelquesunes de ses pièces dans un concert particulier, où un petit nombre de personnes de la cour étaient admises. C'était à peu près là que se bornaient pour le roi les plaisirs de la société ; car l'étiquette, plus sévère en Angleterre qu'ailleurs , interdit au prince de manger avec ses sujets. Bien plus , lorsque les monarques anglais dînent en public, ils sont servis à genoux^ Cette coutume parait étrange dans un pays de liberté , où jusque dans les moindres classes chacun est si jaloux de sa dignité dliomme et la maintient avec tant de Qerté ; mais , ce qui ajoute à l'étonnement, c'est que ceux qui donnent des marques d'un respect presque servile ne sont pas seulement des officiers de bouche d'un grade subalterne ; il est encore d'usage que les plus grands seigneurs , lorsqu'ils sont promus à quelque emploi, militaire, civil ou politique, baisent la main du roi. En

fait céder, par des raisons d'Ëtat, sa répugnance personnelle aux vœux descaUioliques, avaient des craintes exagérées. La scissioo avec l'Irlande, qu'ils annonçaient comme inévitable si V émancipation était refusée, n*a pas eu lieu , et le prince de Galles, ai^ourd'hui en possession de la plénitude du pouvoir royal depuis que les restrictions sont levées, n'a pas jugé à propos de se prononcer en faveur de ce Mil, quoiquMl ne soit pas arrêté par les mêmes moUfs que le roi son père. Cela porte à croire que cette grande question, dont Tissue n'est pas doateuse, n'est point encore parvenue à son point de maturité.

If

Page 1