‹ Souvenirs de FélicieChapitre 76 sur 82 · GEORGES III, ROI D'ANGLETURBE · texte numérisé non relu

GEORGES III, ROI D'ANGLETURBE

y rétléeliissant , je suis teuté de croire que ces usages, qui paraissent lie pouvoir se concilier avec Pesprit dlndépendance de ces mêmes lords, viennent au fond d'un raffinement d'orgueil ; , ils prétendent sans doute relever, par cette espèce de cultô rendu à Tindivida royal^ la nation personnifiée dans lui, dont ils font partie ; et ce qui prouve que cette explication doit être la véritable, c'est que tous les princes du sang ne jouissent d^aueune distinction légale^ et que l'on a pour eux bien mollir d'égards que dans aucun IrLtat raonareliique.

Georges lll trouvait dans sa nombreuse famille ^ surtout dans les six pmcesses ses filles^ un ample dédommagement de ce qm pooTillW niiaDi9iinr.80Qf Je npportde la société. Ja* mais imMsm^tmfAttMoLHgâjoiikmv^^ la jetiQ^aie et quilqpdo^feê âieiomÊÊam politiqiMSJQ*oiiï âefé que trop «ouVent des iiiia§ei ^ttelfii el i^iosimirs des prineèa ies^fliSymali toat.temiMide.eoiuientip^ n'y eiit'jnnais de Kiuiâlear pfoce. C^ eenjamept delà' paleniiié était ixitm n ton diez lui que , par une espèce d'extension , il lui faisait épronver de rattendrissement à Taspect de tous les enfants; il n'en rencontrait point sans leur faire des caresses, quelle que fût leur condition, et ce symptôme presque infaillible d'un cœur sensible et bon n'était point démenti par le reste de sa conduite.

Son union avec la reine , si longue et commencée de si bonne heure, car il n'avait que vingt-trois ans à l'époque de son mariage, fut heureuse et paisible, et jamais il n'eut de faiblesse ou de distraction qui ait pu donner le moindre ombrage à son épouse. Ce qui ajoute à son mérite sur ce point, c'est qu'il n'était pas insensible aux charmes des belles personnes. Un hasard singulier en donna la preuve ; lorsque, pendant' im de ses accès de folie, il prononça plusieurs fois, avec une émotion extraordinaire , le nom de mylady Pembreke , on se rappela qu'il avait paru admirer sa beauté, mais sans lui donner aucun signe de prédilection.

ïï'est-ce pas tme chose digne de remarque que, dans im siè»

GEOBGES III, ROI d'ANGLETEEBB. 425

cle aussi corrompu, les monarques des deux plus grandes nations de l'Europe , Louis XVI et Georges III , aient donné des exemples d'une chasteté soutenue, vertu tellement tombée en désuétude que son nom même , du moins pour les hommes , est presque devenu ricGcule? Au reste, ce n'était pas le seul trait de ressemblance qui «xistât entre ces deux princes , dont la fin, quoique bien différente , est à jamais déplorable. Tous deux avaient les intentions les plus pures, de la justice, de la bonté et des sentiments généreux; leur instruction était solide et assez étendue , mais la poésie et la littérature légère n'avaient point d'attraits pour eux. Le goût de la chasse, qui leur était commun , celui du tour et de la serrurerie, qui amusèrent quelquefois leurs loisirs, ne les empêchèrent jamais de donner aux affaires publiques toute l'application dont ils étaient capables. Bons pères , époux tendres , leurs manières étaient simples, et ils étaient également ennemis du faste. Enfin ils perdirent tous deux la couronne avant la vie : l'un, par une suite de forfaits atroces, accompagnés de circonstances aussi douloureuses qu'humiliantes ; l'autre perdit peut-être plus encore , puisqu'il fut privé de l'état d'homme , et réduit, s'il faut le dire , au-dessous de la condition de la brute , dont l'intelligence, quoique bornée , n'est cependant point désordonnée dans son action .et obéit à une volonté évidemment raisonnée. Ce qui ajouta beaucoup encore à la grandeur de son infortune, c'est qu'elle n'eut point, cette fois, pour cause un accident fortuit , mi principe inconnu , un choc soudain ; elle fut le résultat d'un chagrin violent et profond , de la perte d'une fille chérie. On sait que l'amour paternel ne se divise point également entre plusieurs enfants ; aucun ne saurait être indifférent, le devoir et la nature s'y opposent ; mais ce qu'il y a de plus vif et de plus tendre dans notre coeur se concentre et devient le partage d'un mdividu préféré (1). L'expérience apprend que , dans les familles

(I) Il est cependant pos8U)le qae Tamour paternel se partage éf^alemeot entre deax enfants, poarva qa*Us soient d'an sexe différent

456 GtOEGES m, fioi d'ajngletebre.

nombreuses , cet alïjct chnri f st ossez sûuvmt Jb plus jçane dea enfants , soit que les charmes de la paternité se fassent mieux sentir dam un ùge plus mûr , soît que les autres , déjà grands ^ et , pour ainsi dire , envolés , laissent un vide que les [parents éprouvent le besoin de combler ïl eu était ainsi duns la famlllo du mi d'Angleterre. De tous ses enfants , c'était sa denaière fille , la princesse Amélie , qu'il chérissait le plus ; eïte était lâ< Benjamiu de ce roi patiiarche , et ce choix paraissait mérité ; aux vertus de ses sreurs elle joignait des grâa^s plus touchantes ; elle rendait à son père des soins d'autant plus utTcctueu^ï qu'ils étaient reçus avec plus de plaisir ; enfin , lorsque la perto delà vue vint ajouter la plus triste sujétion aux infirmités de l'auguste vieillard , son dévouement ne connut plus de bornes; elle lui consacra son existence cjïtîère , guidant toujours ses paa îneertains et charmiint ses eunuîs aux accents de sa douce voix Une tnort prématurée retira trop tôt du monde ee modèle de piété filiale. Elle ne périt point inopinément, comme une fleur qui tombe sous la Taux rapide du moissonneur; elle s'affaiblit par degrés et mourut lentement. Ainsi la plante , attaquée à sa racine par Tinsecte rongeur , languit , et sa tête penchée trahit son mal secret. Mais laissons toute vame figure» Les souffrances de l'infortunée , devenant de plus en plus aiguës, brisaient le cœur paternel du roi et ébranlaient une raison mal affermie. Sa mort lui porta un coup fatal dont il ne s'est jamais relevé ; Tégarement le plus complet en fiit la suite immédiate ; et ce n'était malheureusement point un de ces états d'illusion où l'imagination , se retraçant sans cesse un bonheur perdu , se compose une félicité fantastique , mais qui excite presque autant l'envie que la pitié. Il eût même été moins à plaindre s'il fût tombé dans cette nullité complète où, les sensations, morales étant oblitérées , les facultés intellectuelles engourdies , le malade jouit au moms du calme et du repos. Mais la terrible manie présentait ses affreux symptômes , et il est impossible que d'aussi violents accès de frénésie ne soient pas ac-

«BORGES III, BOI D ÀNGLETEBBE.

compagnes d^horribles souffrances. Tel fut le sort déplorable des deux plus vertueux monarques du dix-huitième siècle. Quelle destinée! queNe recompose! Mais, pour réparer ses injustices apparentes , la Providence n'a-t-elle pas les ressources infimes d'un étemel avem'r (1) ?

Georges III eut encore avec Louis XVI cette honorable ressemblance qu'il pardonna , comme lui , à ses assassins , car on attenta plusieurs fois à sa vie ; son premier mouvement fut toujours de s'écrier : « Qu'on ne leur fasse pas de mal; ce « sont sûrement des fous. » Ils Tétaient en effet; mais ces paroles ne prouvent pas moins une bonne conscience et un cœur généreux. Ces deux princes protégèrent aussi les sciences plus que les lettres. Le roi de France avait un goût de prédilection pour la géographie ; les instructions qu'il composa pour le célèbre navigateur La Peyrouse annoncent des connaissances étendues , un jugement sain et l'amour de l'humanité. Quant au roi d'Angleterre , ce fut l'astronomie , sans laquelle il n'y aurait ni géographie exacte , ni navigation lointaine , à laquelle il donna une attention particulière et de grands encouragements par sa munificence. Uerschell put perfectionner ses grands miroirs télescopiques , et ce fut à Slough , près de Windsor , sous les yeux et aux frais du roi , qu'il construisit cet immense télescope de plus de quarante pieds de long, d'un si grand diamètre qu'un homme peut y entrer , enfin dont toutes les dimensions paraissent si disproportionnées à celles de l'espèce humaine que l'on croirait voir la lunette d'un Titan. La puissance de cet instrument colossal est telle que la lune s'y voit conune si elle

(I) L*histoire rapporte que Cromwell eut aussi une fille chérie, dont la mort prématurée lui causa un si violent chagrin que le terme de ses Jours en fut avancé ; mats les circonstances de cette mort furent si affreuses quelles pouvaient paraître une punition anticipée. Cette Jeune femme avait des accès de frénésie pendant lesquels elle reprochait avec véhémence à son père cette longue suite de forfaits qui Pavaient rendu rborreur du monde. Terribles adieux, effrayanU présages, qui durent porter le désespoir dans le cœur consleroé do tyran I

GEOBGl^S 111^ HOT D ANCiLETEERE

n'étoit éloii^éf! qite de qiiioze lieues , et que Ton u^y' gaiïrait soutenir sou e<:lal lorsqu'elle est dans son plein. Ce fut donc tia honiniLige bien légitime que celui de rastronome qui nomma Georgmm sidus f l^astre de Georges) cette planète reculéô qulï nj DU ta à notre système solaire; mais le piibHe, tout en rendant justice ou\ sentiments d'UerscheJI reron naissant , s^est obstiné à vouloir constater rhonneur de sa découve: en donnant à cet astre le nom de celui qui d su démêler aiarche du milieu d'innombrables étoiles. Le doeteur Masque^ lyD , célèbre en astronomie par ses Tables de la lune et dont l'Europe savante regrette aujourd'hui la perte , re^ut aussi des marques de la protection du roi ; il lui confia la direction de r observatoire de Grennwich , dont les marins et les géographe* anglais comptent les degrés de longitude. IVlaîs ce qui prouva plus le godt décidé de Georges III pour cette admirable scienjce, c*cst qu1l a fait construire dans ses jardins de Kiebmond un bel observatoire en pierres de taille, garni de superbes instruments , et où Ton fait des observations journalières. Si c^tte fabrique est moins pittoresque que la pagode de Kew , qui en est très- voisine , et qui , élevée depuis soixante ans , menace déjà ruine , elle est certainement plus digne du jardin d'un grand monarque. Pendant que j'habitais Richmond , j'allais quelquefois visiter cet observatoire , où j'étais reçu avec une politesse, obligeante par l'astronome , dont la famille est d'origine française ; je vis avec étonnement qu'il se faisait aider dans ses calculs par sa sœur , aussi habile que lui dans les hautes mathématiques. Je me plais à citer cette circonstance, honorable pour les femmes , mais qui ne prouve pas plus que les talents du savant professeur femelle de Bologne l'aptitude de leur sexe aux sciences et à tous les ouvrages d'esprit qui demandent de la force et de la profondeur. Toute réglé a ses exceptions.

Georges III paraît dépourvu dégoût pour les beaux-arts , surtout pour l'architecture , si l'on en juge par les constructions qu'il a ajoutées au cbâteau de Windsor, sa xéâr

GEORGES III, BOI d'ANGLETEBBE. 429

dence habituelle. Cette habitation est d'une simplicité si mesquine qu'il n'y a peut-être pas un grand seigneur en Angleterre aussi mal logé que lui. II n'a pas non plus augmenté la collection peu considérable des tableaux delà couronne, dans laquelle il n'y a de très-précieux que les fameux cartons de Raphaël et quelques beaux morceaux de Vandyck. Mais la reine a plusieurs tableaux estimés, et une belle bibliothèque, àBuckingham-House, hôtel situé à l'extrémité du parc de Saint- James et qui lui appartient en propre. C'est là qu'elle réside avec le roi , lorsqu'ils sont dans la capitale ; ils ne vont guère au triste et cfiétif palais de Saint- James que pour donner audience au corps diplomatique et aux étrangers de distinction. Dans les occasions solennelles , comme aux anniversaires des naissances , il y a des bals de cour qui passent pour être peu amusants. Toutes les personnes présentées sont reçues avec une grande affabilité , sans que leurs opinions politiques mettent beaucoup de différence dans l'accueil qu'on leur fait , ce qui est nécessaire dans une monarchie aussi limitée ; mais le roi n'a jamais voulu recevoir les femmes divorcées qui , suivant l'usage anglais , épousent leurs séducteurs. Personne ne doute que cette sévérité n'ait été utile aux mœurs. Lorsque j'eus l'honneur d'être présenté au roi d'Angleterre , je fus à même de constater la singulière habitude qu'il a de dire à la fin de chaque phrase , et presque à chaque mot, quoi, quoi, lorsqu'il parle français , traduction dewhat, what, qu'il dit de même à chaque instant en anglais. J'avais déjà vu quelque chose du même genre à la cour de Prusse ; le prince Ferdinand , Tun des frères du grand Frédéric , répétait la totalité de chaque phrase qu'il prononçait, et cela était si immanquable que l'on prévenait ceux qui lui étaient présentés de ne répondre qu'à la seconde fois.

Georges III est (je suis toujours tenté de dire était) d'une taille un peu au-dessus de la médiocre. Sa physionomie , ouverte et franche, manque d'expression. Ses traits sont réguliers, ses yeux d'un bleu clair , ses cils blancs, défaut commun à la

plupart de ^s énfioits, èl ^ JKpàfé itoi pe» eett^ ilimille, IMiie dés bdies que Ton ^iids^a' toin lie ïoî a le oeu si eotacl él le Wsâ^fli rouge que, qimîld Jelè^poiBrte premfêre fàlSi Il jri trente ans , îl Éie pBhsi avoir tous lettjqrmptôoies d*|tte ïïpôjfieidk ffoétisine. (^^ il %

' réstel6 atix malades les plus ^^

tacite jusqà^alors-b!Q(»mUe, el^ s^^tamt d'attaques répéi||| qd auraient .dttffi pour anéantir l'toaame le plus robuste Ùʧ la forée 4^ Tâge, il étôit ^eore , il:y a quatre ans, d'uue^^dlB Tigueur qu'il faisait, à cheval, des course de plusieurs lieues^ et d'une si grande vitesse qu*à ^peîne ses écu^^ers pouvaienit le siûvre. Ce qui n'est pas un moindre siy^et d'étônnement^ ê*e8l que ses qualités morales min<Hiçaimt aussi peu dé d^^oistttons à l'aliénation d'esprit que «sa constittttioa physique semMait peu hii promettre une fcnigue vie. Il avait toi^mirs montré du^jugem^it et de la sagesse. L<Hn d'être ènuabié par une de ces ima^ations vives et exaitéei^, sujettes à s'égSHrer, à se perdre dans la vague, son esprit, peu étendu, niais droit; parut toujours soumis à la raison. Quels plus sûrs garants de conserver toute sa vie la jouissance de toutes ses facultés iiitelleotuèlles ? Mais, dans cette occasion comme dans mille autres , la nature s'est dispensée d'observer ces, lois d'analogie auxquelles nous prétendons l'astreindre. Des causes inconnues opèrent à notre insu , et leurs effets trompent nos calculs orgueilleux et déjouent nos plausibles systèmes. C'est ainsi que Ton ne s'attend point à trouver en Angleterre plus de fous que dans la reste de l'Europe ; l'on s'attend même à en trouver moins. Le bon sens est tellement conunun dans ce pays que le mot d'esprit faux manque absolument dans la langue, et qu'il faut une longue périphrase pour le faire comprendre. Les Anglais sont graves et sérieux ; jamais ils ne se livrent à ces accès d'une gaieté turbulente , voisine de l'extravagance, que Ton voit si souvent sur le continent ; enfin personne ne paraît plus éloigné qu'eux de la folie. Conunent donc expliquer

Page 1