L*ÉPOQUE DE LA BÉVOLUTION
vaste coDtrée, plus de roi, plus de noblesse, point de religion dominante ; on pouvait donc se passer de ces institutions que l'on avait regardées jusque-là comme indispensables au maintien de Tordre dans un grand pays. L'expénence était, il est vrai, assez récente ; cependant , depuis environ dix ans qu'elle durait, on pouvait dire, en sa faveur, que la richesse et la population des États-Unis avaient presque doublé; mais, sans sortir de r£urope, on trouvait, depuis des siècles, de ces exemples de prospérité et d'union fondées sur l'égalité et la liberté. La ligue helvétique , les Provinces-Unies étaient heureuses et florissantes ; ces États étaient faibles , sans doute , et peu étendus relativement à la France, mais qui donc avait assigné l'exacte limite au delà de laquelle ce système devenait mauvais? Si l'on cçnsultait le vœu des peuples, tous les voisins des Suisses et des Hollandais désiraient se joindre à leurs associations. La monarchie française elle-même était un assemblage de provinces autrefois indépendantes, réunies à différentes époques, qui avaient conservé leurs lois , leurs privilèges , leurs poids et leurs mesures, et leurs préjugés nationaux. 11 était donc naturel, disaient ces hardis spéculateurs, qu'elles formassent un corps collectif, plutôt qu'un empire soumis à un seul prince. "Cette chimère de république fédérative, rêvée pour la première fois au temps de la réforme par des ministres calvinistes, ennemis des papes et des rois, prit tout à coup de la consistance en 1793 et donna lieu à la faction des Girondins, A l'époque dont nous parlons , elle ne comptait que quelques partisans obscurs; mais il est certain que, dans tout le royaume, l'idée générale et dominante, quoique modifiée à l'infini, était le changement. Ce mot , synonyme, en politique, de bouleversement, loin de causer de l'effroi, inspirait de l'espérance, tandis qu'il ne devrait jamais être invoqué que par le désespoir. Jadis la France avait éprouvé d*horribles crises ; vingt fois déchirée par l'ambition ou le fanatisme , usée par les longues guerres de Louis XIV, affamée en 1709, elle avait été ébranlée jusque
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dâiis sus fondements par le trop ^meiix système (de Law ) j Dans ces Icmps désastreux, lorsque le comble du malheur s^ti blait tout autoriser, ou s'était contenté de gémir, ou , si Ton avatt attaqué radministratioa, Too a voit respecté le inouarque et la monarchie ; la royauté étant regardée comme le palladium de rÉtat 1 Tattaquer eût été un sacrilège ; on eût passé pour un mauvais Français , ou plutôt pour un fou furieux. Comparons avec ces époques funestes celle où Ton montrait un si vif désir de changemeot. Nous étions dans une paix profonde ; ^ ragrîculture en honneur et protégée faisait des progrès rapî* des , ainsi que la population toujours en rapport avec elle ; Iti commerce, favorisé dans l'intérieur, s' étendait au dehors \ celuî*^ du Levant nous appartenait en entier, et noua commencions h partager celui de Tlude. Dans les An tilles , la seule eofon/e de ^ Saint-Domingue mettait dans la balance du comme rec euro* ^ péeii pour plus de quatre-vingts millions de ce^ denrées que 1§ luxe a rendues nécessaires , et sa culture augmentait tous les jours, Kos ports de mer éprouvaient le même accroissement : Bordeaux, Nantes, Marseille , le Havre avaient doublé depuis un demi-siècle. La capitale s'embellissait; les sciences et les arts procuraient à rpnvi de nouvelles jouissances. La chiniie , renonçant à de chimériques espérances , était parvenue à décomposer les prétendus éléments, et Ton devait à ses recherches des applications utiles. L'astronomie profitait de ses sublimes découvertes pour diminuer les dangers du navigateur, et les hautes mathématiques avaient donné à nos constructeurs de vaisseaux une supériorité que les Anglais, nos éternels rivaux, étaient forcés d'avouer, puisqu'ils les imitaient. Un, dessin correct, un goût pur, un style noble distinguaient l'école française moderne. La bonne musique était naturalisée en France ; l'Italie , mère des beaux-arts , nous l'avait envoyée légère, brillante et sensible , joignant à des chants mélodieux les charmes d'un accompagnement approprié , qui augmente leur pouvoir autant que Téloquence donne de la force à la pen-
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sée. Ainsi tout concourait à augmenter le bien-être général ; les maisons, mieux distribuées, étaient plus élégantes et plus conmiodes ; les voitures étaient plus douces ; les chemins , devenus sûrs, étaient mieux entretenus, les auberges plus propres et plus nombreuses. Enfin la condition physique de Thonmie, dans le séjour et le voyage, ce qui comprend toute la vie, s'était sensiblement améliorée. Au moral, les progrès de la civilisation , fruits d'un heureux concours de circonstances , s'étaient étendus sur les liaisons de société et leur avaient donné de nouveaux charmes. L'étiquette étant bannie de la cour et la cérémonie n'étant plus de mode, l'aisance avec toutes ses grâces régnait dans les salons ; une familiarité décente, et tempérée par le bon goût , donnait à la conversation ce ton libre et enjoué qui en fait le principal agrément. La même cause à qui les hautes classes devaient ces avantages en avait procuré de bien plus essentiels au peuple.
Les rangs s'étaient rapprochés, et la démarcation humiliante que la conquête des Francs avait laissée, même après la destruction du pouvoir des seigneurs, entre les descendants des vainqueurs et ceux des vaincus, s'effaçait tous les jours. L'opinion, d'accord avec la philosophie et l'humanité, proscrivait ces restes de barbarie. Ce'méme roi, que l'on osa bientôt après appeler tyran, avait aboli la main-morte et le servage, qui pesaient encore sur quelques milliers de paysans , ainsi que la "corvée, calamité bien plus grande et bien plus générale. Il ne restait donc de tout ce régime féodal^ encore plus choquant qu'oppresseur, que des cens ou redevances , loyers , sous un autre nom, de terres concédées, de. vains titres que leur multitude avait presque avilis , et la fumée de l'encens paroissial. J'ai dit ailleurs, et je crois l'avoir prouvé, que l'usage des armes à feu avait conmiencé dans toute l'Europe cette mémorable révolution; le goût des amusements de l'esprit. Faversion de la gêne, et la vanité qui remplaça l'orgueil, l'achevèrent en France. A la hauteur qu'inspirait autrefois presque
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géaéralemeni Ja naissance avait succédé chez les gmnds Vaux* bition de plaire par le mérite persoûnel, et surtout la préteistion à Tesprlt; ils redicrchaienl moins les respeets que It^s applaudi ssenieals. La morgije était devenue ridicule ; il ne suffisait même plus d'être affable, iî raillait, à tout prix, paraître aimable à ses mfétieuîs comme à ses égaux. Ainsi le temps , qui é1è?e les plaines aux dépens des montagnes^ nivelait aussi toutes les conditions. Un te! éiai de choses augmentait, dans les hautes classes , la disposition que les Français ont naturel" lementa ia bienveillance et à raméuité. Si une philosophie orgneOleiise^sSégaraît âmtè les danigèreidE^ l^qrt&ititiés de Ja méta«^ l^ysl^ie, lliamaiiité, cettejj^tàl^ ij^^^aitse»
dQB^avee pkûU'Mkité et^4e^&»eiiiçm^^^^ «lie s*màmt àes pro^ des arts pour imihg^ier «Q9/l^^iâit9. iSam ^ P^ vartiieitx, cm élait piofr^iaK^^ m^e
llioiior^lejprivilége de 80i]]ag^4fis.|iiiA|f»i!|iiai^.Oa^^x^^ àsk ptos parier de 4»s aeles d^o^MK^aiij^ ^di^ lies Testions •que se pennettas^t les ^Bds seigneurs des lea^ passés ; les^ lois les auraient réprimés, et ropinioû publique, plus forte que les lois, en interdisait jusqu'à la pensée. Tout était donc parfait , direz-vous ? — Non , sans à\M% ; il y avait des abus et des vices , des intrigues et de la cormption ; mais , vous , ne dierchez que dans les fictions de Tâge d'or une époque qui en soit exempte, et convenez que la France était alors agitée sans être malheureuse ; que les abus qui paraissaient intolérables • aux esprits inquiets , existant depuis des siècles sans amener la subversion de l'empire, pouvaient encore subsister sans de graves inconvénients, et qu'il suffisait d'un ministre habile pour remonter la machine, plutôt privée de mouvement que détraquée. Enfin les finances, objet de tant de discussions et d'anxiétés, étaient loin de présenter des difficultés insolubles. Puisque les taxes n'étaient point excessives et que la balance du commerce était à notre avantage , il s'agissait bien plutôt de surveiller la rentrée des revenus, et de diminuer les frais de per-^