A L'EPOQUE DE LA BÉVOLUTION
ception que d'augmenter la masse de l'impôt. Il était évident que la force des choses amènerait un arrangement convenable, sans secousse, et sans risquer la sûreté de l'État. Mais il en est de la tranquillité publique comme de la santé : on n'en connaît tout le prix que quand on l'a perdue.
Au reste , si l'on peut taxer d'imprudence ceux qui crurent que Ton pouvait sans risque essayer de réformer la constitution de l'État , il ne s'ensuit pas qu'on puisse leur attribuer tous les malheurs de la Révolution; car, loin d'être la conséquence de leur conduite, elle était impossible à prévoir. Les mesures désastreuses que prit alors le ministère, voilà la véritable cause de la destruction de la monarchie. Comment a-t-il pu méconnaître la situation des alTairesau point de redouter une noblesse sans autorité sur les troupes , sur les places fortes , attendant tout de la cour, et essentiellement attachée au trône.? Comment a-t-il pu pousser la témérité jusqu'à établir une assemblée dont dépendaient les destinées de la France, et où il avait donné au parti populaire une telle prépondérance, à quatre lieues de la capitale, foyer d'intrigues et de corruption, remplie d'une populace si aisée à émouvoir et si peu chère à soudoyer ? De quel aveuglement ne fallait-il pas qu'il fût frappé pour ne pas voir, quand il fallut enGn songer à contenir les factieux par les armes, que c'était au roi à aller se mettre à la tête des troupes, au lieu de les réunir lentement, en restant à la merci de ceux que l'on prétendait soumettre, exposant aux barrières de Paris les soldats à tous les genres de séduction ! Qui peut ignorer que les clefs de cette grande ville sont à Meaux, Corbeil etPoissy, dans des postes où l'on est maître des subsistances , et où la discipline peut être maintenue?
Cependant la monarchie était si forte que , malgré tant de fautes inconcevables, rien n'était encore perdu; le 10 août même , elle pouvait être sauvée ; mais il aurait fallu sur le trône un prince énergique et militaire, repoussant, l'épée à la main, à la tête des fidèles sujets réunis dans son palais et des
JM L'OmNïOn PUBLTQtTE KH FBAIfCE , BTG.
ffîetur braves auxiliaires , les hordes de TÎla seéleratf ■ ^rent l'attaquer. Louis Wl ne manquait assurément
f i de courage : son héroïque fermeté pendaat la journée ^ uu iO juin en e^t Ja preuve convaincante ; mais son courage était celui des martyrs , cehii qui sait souflfnr avec constance. Far un dévouement aussi géoéreux que funeste i il voulut^ aux dépens de sa vie , épargner le sang des Frauçais ; son humanité mal entendue eu fit couler des torrents. Pourquoi faut-il que des motifs si respectables aient eu d'aussi affreux résultats?
Je sais que Ton a soutenu, après l'événement, que la mouarchie devait périr parce qu'elle était mal constituée , que les fî- Bances éloicnteu désordre, et Tou cite encore d'^âutres causes de destruction ; mais on oublie notre histoire, ou oublie que, peu* dant dou^e siècles d'existence , la France fut vingt t'ois dans une situation bien plus alamiante. Prétendre qu'elle devait succomber parce qu'elle était dans un état de crise n'est pas plus raisonnable que de dire q*i'i;n malade qui, dans uu accès de délire^ se serait jeté par la fenêtre, serait certainement mort de sou mal s'il ne s'était pas tué. Tout ces prophètes après coup font pitié ï et si quelqu'un avait réellement prédit Ja Révolution et ses excès, il aurait tort de se glorifier de ses conjectures : car, dans Tordre de la vraisemblance, les jacobins et leurs horribles folies étaient aussi loin de nous que le retour aux superstitions des Druides, Oui, l'hOmme impartial et instruit qui soumettrait au calcul des probabilités les succès de la Révolution trouverait qu'il y avait plus de chances contre elle que contre le quine de la loterie ; mais le quine est possible, et malheureusement cette fols il fut gagné.