INTRODUCTION XIX
prêtés par l'auteur. Ils ont Tattirance d'un tableau de genre ou d'un paysage dans lequel on recherche, plus encore que le charme de l'objet représenté, la manière dont le peintre l'a compris en y mettant un peu de son àme. Les Souvenirs de Gézac, c'est donc l'émigration « traduite » par un volontaire de l'armée de Condé. Encore qu'il n'y vise point, son Moi (excusera-t-on cette locution familière?) apparaît entre les lignes et nous permet de saisir à merveille la mentalité d'un soldat de l'émigration. 11 est en effet permis de généraliser ici sans crainte de faire erreur. Le Moi de M. de Gézac est bien celui de la plupart de ses compagnons d'armes. Il suffit de le lire pour comprendre rapidement que cet homme n'est point un être d'exception. Type achevé de l'ancien émigré, nous l'avons trouvé en France : or sur la terre d'exil, il est déjà l'émigré classique, avec la sensibilité, l'esprit, l'honnêteté, l'endurance, le courage indomptable du Français et aussi les défauts complémentaires de ces qualités nationales : la légèreté, l'insouciance, le goût immodéré du plaisir.
Un rien le distrait, un bon mot l'amuse, une historiette naïve le retient plus qu'un événement grave. Et à le lire, lorsqu'il se complaît en des récits presque enfantins, à des détails « au jour le jour... », entrant bien rarement dans des considé-