INTRODUCTION XXIII
gnons l'embellirent par l'héroïsme qu'ils dépensèrent très simplement à son service. Us prirent rang au nombre de ces émigrés dont Frédéric Masson a pu dire qu'ils avaient montré « des qualités d'endurance, de foi et de volonté qu'on chercherait vainement chez d'autres peuples (i) ».
Il est au reste une partie des souvenirs de Gézac qui offre un intérêt tout spécial et qui fait oublier ses lacunes. C'est celle au cours de laquelle il nous conte les luttes aux bords du Rhin entre Gondéens et Républicains, luttes suivies, pendant les armistices, de confraternités entre ennemis de la même race qui se secourent et mutuellement se consolent. Sans qu'il analyse, on devine combien il sent — inconsciemment presque — l'horreur de cette guerre fratricide. Il en souffre. Le sentiment national commence à parler. Est-il paradoxal de dire que la fibre du patriotisme vibre alors chez ce loyal soldat qui croit faire son devoir... en combattant contre la France... puisque ses armes lui paraissent lourdes? II y a là un éveil très touchant et très beau qui est à signaler, et je ne connais rien de plus triste ni de plus consolant que ce spectacle d'hommes qui s'enlre-tuent... et qui s'aiment. De consolant, oui, car s'ils s'aiment, c'est parce qu'ils
(' j F. Masson, Introduction aux Souvenirs du comte de Moriolles.