XXIV INTRODUCTION
sont Français, dignes de l'être et de se comprendre. D'un côté, lesCondéens ne croient combattre qu'un régime et ils le font avec vaillance. Les soldats républicains, d'autre part, ne sont pas solidaires de la guillotine, et le règne de la Terreur n'est pour rien dans leur courage. « Dans le temps qu'à Paris des tètes de jeunes femmes tombent, les vainqueurs de Fleurus se montrent magnanimes. » Enfin, Cézac et ses compagnons d'armes ne « rougissent point d'être Français », comme l'auteur de cette singulière pièce de théâtre publiée en 1820 sous le titre de rÉmigré, et ils sont pour leurs ennemis — on le verra — également généreux.
Par un singulier hasard, au moment même où je publie ces Soiivours^ une contre-partie, si l'on peut ainsi parler, des pages d'un émigré, arrive inédite entre mes mains. C'est la correspondance d'un colonel « patriote, mais bon chrétien », qui précisément combattait contre les Gondéens, alors que Cézac servait dans leurs rangs. Il est réconfortant d'y lire la preuve de son mépris à l'égard <( d'une poignée de Jacobins qui malmène la France », manifesté, en ce temps de délation, avec une singulière hardiesse, et d'y trouver, exprimés sous une forme presque identique, les sentiments élevés, l'amour du danger et le mépris de la mort, que révèlent les Souve?nrs de Cézac.
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Sans se livrer ici à des réflexions déjà faites nombre de fois sur l'émigration, il est donc permis de lépéter qu'au moment oii Paris était le théâtre sur lequel les passions les plus hideuses se donnaient libre cours, la Vertu, au sens latin du mot, s'était réfugiée au sein des armées qui combattaient vaillamment, les unes pour le roi, les autres pour la France.
Ce n'était ni la première ni la dernière fois, car cette loi est de tous les temps, il n'était pas besoin desSoucenirsde M. de Cézac pour nous l'apprendre.
Puisse le lecteur trouver dans ceux-ci autre chose : Un récit militaire dont les multiples aventures méritent d'être retenues et l'autobiographie d'un « honnête homme », intéressante comme toute page historique dans laquelle on sent vibrer un peu de la vie humaine sans que l'imagination en soit l'ingénieuse créatrice, puisque, suivant l'expression de M. Paul Bourget, « le Roman n'est que de la petite histoire probable, tandis que l'Histoire est du grand roman vrai et porté sans cesse à sa suprême puissance ».
André de Maricourt,
Ancien élève de V École des Chartes.