VIII INTRODUCTION
tégral, le goût du risque et Tamour de l'aventure. Et — comme c'était un homme — il en eut aussi les préjugés, les aveuglements et les imperfections.
Son éducation fut rude. Enlevé de bonne heure à sa famille, il entra dans un collège de la petite ville de Sarlat oii il fit de modestes études. Cette indigence scolaire n'apparaît point au reste dans «es Souvenirs, rédigés sans souci du style mais agréables à lire, car il possédait cette étonnante facilité d'écriture, innée peut-être, qui caractérise les hommes du xviii^ siècle et ceux-là même dont l'éducation fut la moins soignée. Sur le collège de Sarlat son récit abonde en traits piquants qui ne ^ont point sans intérêt pour l'histoire des mueurs provinciales.
La Révolution venant, il est incarcéré à Sarlat avec sa famille, puis, libéré, il prend le seul parti qui lui paraisse convenable : Il émigré. A Coblentz, il entre en 1792 dans l'armée des princes en qualité de volontaire dans les gendarmes rouges, un corps qui, digne de son chef le comte d'Autichamp un des meilleurs officiers de cavalerie de lémigration, se signalera par sa vaillance. Il prend alors part à la campagne de France, en essuie les misères, tombe malade et se traîne péniblement sur les frontières jusqu'au licenciement.
IiXTRODLCTION IX
En mars 1793 nous le retrouvons au service de la Hollande et prenant part à la défense de Maëstricht assiégé par les troupes françaises puis, peu de temps après, le voilà au service de l'Autriche servant comme volontaire dans le régiment de Berchény. Il s'y distingue, et plusieurs fois il est blessé, notamment à la bataille de Fleurus, le 26 juin 1794. Pendant le rude hiver de 1795, il cantonne sur les bords du Rhin, puis il retraite avec son corps vers Fribourg, lorsque les armées françaises traversent le fleuve. Au printemps de 1796, nouveau changement. Cette fois c'est dans l'armée de Condé (escadron noble des hussards de Damas) qu'il est enrôlé toujours en qualité de simple volontaire. Il fait vaillamment toutes les campagnes pénibles de ce malheureux corps de troupe, en Allemagne, en Pologne et en Italie, jusqu'au licenciement.
Cette rude carrière sur les routes de l'exil, il suffit de l'esquisser rapidement ici, puisque, aussi bien, fait-elle l'objet des pages qui suivent. 11 eût été préférable de la « jalonner », si on peut ainsi parler, de dates précises. Je m'y suis essayé dans la mesure du possible, mais sans arriver à un succès absolu (^). Cézac, en ses Souvenirs, témoigne
(1) Je dois remercier ici M"" la comtesse de Roffignac, M. S. Cliurchill, M. le comte de Saint-Saud, M. le vicomte de Gérard