X INTRODUCTION
d'une déplorable insouciance dans la chronologie des faits et, malheureusement, les documents ne sont point pour le guider. Je reproduirai, en appendice, plusieurs de ses états de service conservés aux Archives du Ministère de la Guerre. Aucun ne signale de dates exactes, et il y est dit « qu'il a perdu les différentes attestations qui constataient ses services. » A cela rien d'étonnant, au cours d'une jeunesse aussi aventureuse. Aussi cherchet-il à réparer ces lacunes, dans une supplique adressée au roi Louis XVIII, pour obtenir une pension, le 26 décembre 1823, dans les termes qui suivent : « Je soussigné, François de Gézac, nommé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, par ordonnance du roy du 25 avril 1816, certifie et atteste avoir suivi les princes français à Coblenlz, avoir fait la campagne de l'année 1792, avec lesdits princes, dans le corps de la gendarmerie, commandée par M. le marquis d'Autichamp, avoir contribué, vers la iin de ladite année, et sous les ordres du même chef, à la défense de Maëstricht, ville de Hollande assiégée pour lors par le général Miranda, être entré comme volontaire au commencement de l'année 1793, au régiment de Berchény-
— el bien dautres — qui ont facilité ma tâche dans cette publication en me permettant, par leurs communications, d'identifier un certain nombre de compagnons d'exil cités par Cézac.
INTUODUCTION XI
Hussards, y avoir été blessé plusieurs fois, notamment à la fameuse bataille de Fleurus, du 16 juin ('), d'un coup de sabre depuis roreille j^auche jusqu'à la bouche, avoir joint le corps de Condé dans l'hiver de 1795 à 1796, être entré dons l'escadron noble des hussards de Damas, commandé par M. le comte Etienne de Damas, aujourd'hui duc de Damas, premier gentilhomme de la chambre de M*^' le duc d'Angoulême, avoir, depuis cette époque, servi constamment audit corps de Condé jusqu'à son licenciement, qui eut lieu à Windich-Westris, dans les Etats autrichiens, à la fin de l'année 1800. J'ose affirmer de m'être conduit dans ces divers corps et sous ces différents chefs de manière à mériter leur estime, ainsi que celle de tous mes camarades d'armes... »
Gézac, on le verra, ne se vante point en ces lignes.
Rentré en France en 1801, dans de romanesques circonstances qu'il raconte en ses Soiivenirs (je recommande tout spécialement au lecteur la lecture de son retour au foyer, qui est un charmant tableau des mœurs du temps), il ne tarde point à s'y marier (^). En 1805, il épouse sa cousine, Huber-
i>) C'est le 26 juin 1194 et non le 16 juin 1793 qu'il faut lire.
'■■;) Le 8 pluviôse an XI il reçut du gouvernement un certificat d'amnistie <' sur son serment de fidélité à la Constitution et son affirmation de n'avoir reçu ni places, ni décorations des puissances étrangères ». (archives nationales F. 7, 5S{ii.)
yn INTRODUCTION
Une de Bouchet de La Tour, fille du comte Jean de Bouchet de La Tour et de Jacqueline de Luziers. Pendant quelque temps, il demeure chez son heau-père au château de Limeuil, près Le Bugue. Il habite ensuite le château de Yiziat, près Belvès, puis, ayant hérité de son cousin, M. du Gheylard, du château de la Queyrerie, commune de Valojoux, arrondissement de Sarlat, définitivement, il s'y fixe.
Et dès lors, quelle fut sa vie ?
Sa vie? Ce fut celle, en quelque sorte classique du gentilhomme campagnard ancien émigré tel que nous l'a dépeint Balzac dans certains de ses romans qui sont presque de l'histoire. « Ayant un peu appris, mais n'ayant pas beaucoup oublié » ; de Tautre côté du Rhin, il demeure comme l'inébranlable survivant d'un siècle aboli.
Dans cette vieille province du Périgord, où le positivisme des temps actuels, où l'intense souci du présent et de l'avenir n'ont point encore assourdi tout à fait les échos du passé qui retentissent des histoires du bon vieux temps, on se souvient quelque peu de « M. de Belcayre ». Et des souvenirs familiaux, des traditions locales le font apparaître à nos yeux sous cette forme imagée, presque vivante, (jue ne savent reconstituer dans leur désolante sécheresse, ni les parchemins, ni les diplômes.