‹ Souvenirs de François de CézacChapitre 6 sur 38 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

C'était un bon chrétien, un parfait galant homme, enjoué, spirituel et bon vivant, «■ franc comme l'or, loyal comme l'acier », ayant conservé joyeux souvenir de ses campagnes de l'émigration, audessus desquelles planait — un peu comme celle des dieux — l'image du prince de Condé, du duc de Berry et du duc d'Enghien auxquels il avait voué — comme tant d'autres — un culte aveugle et touchant.

C'était un infatigable chasseur, admirablement rompu à toutes les exercices du corps, très aimé des paysans, auxquels il ouvrait sans cesse les cordons de sa bourse avec une imprévoyance toute aristocratique. Et les légendes sont nombreuses qui nous le font apparaître tantôt dérobant, malgré l'œil vigilant de sa femme, l'huile destinée à la cuisine, pour faire apprêter la soupe de ses chiens de meute, tantôt se privant de souper parce qu'il avait donné à un mendiant le dernier pain de la maison !

Il plaisantait alors sur sa famine comme il plaisantait la balafre en forme de G qui sillonnait son brun visage à la physionomie vive, dans lequel une longue moustache rousse jetait sa note étrange : « J'ai l'initiale de mon nom sur la figure », disait-il. Il aimait, en un mot, plaisanter surtout, et cette manière toute française d'envisager la vie

XJY INTRODUCTION

lui valut bien des mécomptes. Insoucieux du lendemairx, il perdit dans l'oisiveté le meilleur de son temps et y dissipa bon nombre de ses biens.

Le régime impérial, au reste, l'avait contraint à l'inaction, puisqu'il ne voulait point le servir. Sous la Restauration (qui lui valut, en 1816 et en 1818, la croix de Saint-Louis, le rang de capitaine de cavalerie et le grade d'adjudant-major de la garde nationale à cheval du département de la Dordogne ) les voyages à Paris et les longs, séjours chez ses anciens compagnons d'exil, avec lesquels il ne se lassait pas d'évoquer les souvenirs d'antan. d'autant plus charmants qu'ils faisaient surgir les fantômes d'une époque à jamais disparue, absorbèrent le meilleur de son temps et satisfirent à son besoin d'activité devenue inutile.

De son mariage des enfants naissaient et grandissaient. Il fut père de six garçons pour l'éducation desquels il sollicitait les faveurs du roi, n'entendant point les faire entrer dans d'autre carrière que celle des armes ('). La tâche était belle,

.'ij Ces six fils servirent en même temps sous les drapeaux. Ce furent : Tiburce de Cézac, officier de cavalerie, démissionnaire en 1830: Jules-.\rmand, officier de carabiniers: Jean-Baptiste, sous-liculenant aux spahis, mort en Afrique; Bertrand-Hubert, chef de bataillon au 27* de ligne, officier de la Légion d'honneur;

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