LA PANTOMIME A LONDRES
IITVrB a TBiOPBlLl GAUTUft*
J'ai souB les yeux une affiche du Théàtre-Royd Adelphi; c'est à faire fuir leis plus intrépides lecteurs d'affiches. Nos grandes affiches de bénéfkes sont des naines ahprès des sim^ pies affiches anglaises.
Vous savcE, mon cher Théophile, que de ruses et do tact demande Tafflche typographique pour se faire lire; les An* glais^ qui impriment leurs Revues avec tant de soin, semblent avoir perdu toute intelligence quand il s'agit d'une affiche du théâtre.
Cest un fouillis de caractères identiques ehta^sës eotnme des harengs, et qui ne se distinguent que par les mpiîales, petiies capitales et les taê-de-easses.
On reconnaît seulement les titres des pièces, qui août tirés en rouge ; le reste, le nom des acteurs, les tittes dés tableaut, disparait au milieu des réclames de toute nature. Ainsi la pantomime est étouffée sous les épithèted : * New ûfijinal rwiwmtic, panîomîmiml, mmkal tak t)fisnehant' fnentf etc.
Après le titre arHve l'analyse de la pièce^ ahàiyse peu Critique, comme vous pensez, mais pleine de gâteaux de îniel destinés à étouffer ce Cerbère aux millions de bouches qu'on appelle le public.
On y lit ensuite des extraits du Momiwj Herald^ des ex-
tnits du ifym^ Chroniele , des extraits du Punch sur la
pfêcenouyelle. *
Un hoimête bomme consciencieu:)^ qui arriverait à Theurc de l'ouverture des bureaux et qui voudrait lire Taffiche ris* querait fort, au moment où il déchiifk^rait la dernière ligne, de voir les spectateurs sortir du spectacle.
En revanche, il saurait à quoi s*en tenir sur rabsence des acteurs célèbres; jamais je n* ai vu autant d'absents. Ih occupent sur Taffiche vingt grandes lignes en petù'canoh ; ce qui me paraît une réclame maladroite.
On imprime votre nom sur les affiches pour les débuts de Paul Legrand.Yous y êtes traité de « îhe honest and rernmed dramatic critiô of France, » et on y donne votre opinion sur le mime. Théophile Gautier, dit l'alBche, « has prûnounced Paul Legrand tobe,by Ms inimitable performance of P«rro^ etc »
Cette affiche, dont il est impossible de donner un fac-si* mile, est déplorable; il n'y a que le programme vendu dans la salle qui puisse lutter de mauvaise composition avec elle.
Quant à Paul Legrand, qui obtenait tant de succès aux Funambules, ses débuts à Londres n'ont pas été entièrement goûtés des amateurs d'Adelphi.
Pour les Anglais, un Pierrot est avant tout un cfoH^n ; il ne s'appelle pas même Pierrot) il s'appelle le Clown. La pantomime anglaise a conservé presque tous les titres des autres acteurs : ainsi le Poltchinellef Colombim, Barleqntn (avec VH), Pantalone, qui n'est autre que Cassandre. Cependant il est un personnage étrange, .Spfft^ (l'Esprit), qu'il serait bon dlntrodutre dans la pantomime française. Le Spriîh, habillé de Velours rouge semé de paillettes d*or, traverse le théâtre 6àâs se mêler à l'action. Il apporte les messages de la Fée, exécute ses ordres; mais en réalité, il entre en scène avec la ferme intention de danser sur des bottteilleB, et de remplir les rôles d'Auriol.
Leurclowu^ ou Pierrot^ est un gros charcutier Joyeux qui a la bouche fendue jusqu'atix oreilles, qui mange comoie un bœuf et qui a un ventre rival de la tonne de Heidelberg.
Figurez-vous, Théophile, notre Pierrot long^ maigre, si fin et si distingué, dont toute la cloumerie consiste dans une paire de soufflets par hasard et quelques aimables coups de pied.
Les Anglais furent aussi étonnés de rentrée en scène de Paul, que le public des Variétés le fut un jour des débuts des Anglais.
L'opinion générale de la salle fut que, le clown français étant un spectre, sa maigreur devait le servir.
On attendait de lui des sauts à casser le tremplin.
Paul ne sauta pas. Les amateurs crurent qu*il remplaçait cet agrément par une boxe vive et animée; mais le Pierrot ne boxa pas plus qu'il n'avait sauté.
Cependant le public anglais était arrivé à une immense curiosité; car si un Pierrot ne saute et ne boxe pas, il doit réserver d'immenses surprises.
J'entrerais chez Katcomb, j'emporterais le roastbeef d'un Anglais à table, qu'il ne serait pas plus formalisé que le public d'Adelpbi en voyant notre comédien^livrer seulement à une pantomime délicate et spirituelleiti^
Il est vrai que Paul avait débuté par Pierrot en Espctgne, pantomime française, anecdotique et militaire, que le La»don Newspaker traita avec raison de « melo dramatic hagatelk, » Et madame Lefèvre manquait ! madame Lefèvre ! la femme de Paris qui sait le mieux porter la robe de velours noir, et qui ne craint pas de compromettre cette toilette de reine par des combats énormes où le sabre et l'/iocAe jouent un si grand rôle !
Enfin Paul essaya de dissimuler l'absence de madame Lefèvre; mais son jeu distingué, la précision et le soin
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qu'il apporte dans chaque geste ne désarmèrent pas John Bail.
Le mime français proposa à la direction de monter Pier^ rot pendUf qui est pent-ètre la pantomime la mieux réussie de mon œuvre. La direction sauta au plafond. Pierrot pendu! une potence en scène I une machine qui a l'air d'une moitié de T I un instrument qui envoie tout doucement John Bull en paradis ou en enfer ! Jamais !
Ces Anglais sont extraordinaires; ils sont aux anges quand ils entendent des plaisanteries cruelles et sanglantes ; mais toucher à la potence, c'est un crime de lèse-nationalité.
Peut-être auraient-ils beaucoup applaudi à Pierrot gtùllotinéî
La direction d*Adelphi reconnut que Pierrot en Espagtie n'était pas de nature à mettre en relief les qualités de Paul Legrand, et il fut décidé entre M. Webster, l'entrepreneur, et madame Céleste, la directrice, qu'on donnerait une représentation extraordinaire.
Ise spectacle ouvrait par la Perle de l'Océan, où Ton remarquera, dit l'affiche :
« La magnifique armure d'acier de M. Graingier, artificier de l'Académie royale de Paris et de tous les principaux théâtres européens. »
M. Graingier, artifidery est le synonyme de M. Granger, qui est lé fournisseur ordinaire des armures pour les pièces militaires du Cirque et de l'Hippodrome.
Je continue à traduire l'affiche :
« Musique choisiCj arrangée et COMPOSÉE par M. Alfred Mellon.
« Les machines par M. Cooper.
« Feux variés.
« L'action, les danses et la mise en scène, inventés, arrangés et DIBIGÉS par madame Céleste. »
P^l9 vient Va»«^lyse de la pièce, analyse étrange, qui a
m SOUVENIRS
^ofoBdtf m instant mes esi^iits. On se môqu» d« Vantenr sur raffiche, on nie son talent, on appelle la pièce une platitmk. Je sais bken que beauooup de direeteors de théâtres parisiens, bonfSs d'inteUigeneo, sont ifixim de m^is fonkt leur^ ^nleqrs ; mais, s'ils le disent dans la eûulisse> lis n'onl gaxde de l'imprimer snr Vafficbe.
A force de sofider cette réclame, qui ne me paraissait que médiocrement propre à attirer le pablic, je me suis aporço que c'était une mystification, un kmx de la direction. Je cite, en avertissant que ce passage est traduit craeUeffleiitf ainsi que doiTcnt l'être toutes les traductions sérieuses :
« L'histoire de la pièce, laquelle roule sur une Naïade et une variété d'autres choses, est renfermée dans une cotpiille de noix (la coquille de noix de l'Anglais correspond à notre p(nnte d'aiguille), et ne vaut pas la peine d'être transcrite. L'AUTEcm!... l'admettra respectueusement. Le style n'est pas remarquablement brillant, et l'esprit, si par hasard il s'en trouve quelque peu, est si chétif, qu*il faut être doué d'un grand fonds de bienveillance et d'une perception trôs-fine pour le découvrir. Mais la mise en scène, pour emprunter une expression à nos vifs voisins, est véritatlem«nt magnifique. C'est sur cela, et sur le talent des acteurs qui ont eu la bonté de se charger de reproduire les platitudes, que l'anteurou maehinateur (coneœtor) de la Perle de TOeëeif» fonde toutes ses espérances. La richesse des costumes, Téclat de l'armure (seize costumes complets ayant été importés de Paris à des frais incroyables), la magnificence de la mise en scène, la complication des décors doivent compenser amplement, comme^ dit-on, cela s'est vu dans de nombreuses occasions, l'absence d'esprit, d'humour, de pathétique et de sens commun. »
Le simple bon sens annonce que cette critiquée, si mordante pour l'auteur!!! est une simple goguenardise de llm* mourisie Angleterre [mcmj Àngland), Les Français neeoH^
prendraient pas ce genre de ftirces, et le Parisien înl-môme tomberait de son haut s'il lisait surune affiche des Varioles:
« Le dernier Tandevîlle de M. Claîrville n'est pas d'un style très-brillant; il faut même beaucoup de bonne volonté pour découTrir l'esprh des couplets. Heureusement mademoiselle Déjazet a bien voulu sauver les platitudes de l'auteur par son jeu fin et distingué. »
L'affiche annonçait, en outre, que « le parterre avait élé expressément agrandi (tune manière considérable ^omt cette représentation. »
Au bas de Taffiche se détache en gros caractères :
JftEAL STEEL ARMORbsi
Armure de réel aeierlH Déddément l'armure joUe nu grand rôle dans la Perle de VOcéan. On fait miroiter Tarmure aux fgox de John BuU, e omme jadis ou montrait, à la parade du boulevard du Temple, le fameux babil à pail* lettes, dans lequel Léandre serait foudroyé.
Dans les petits théâtres de Londres, à Adelphi surtout, la mise en scène est très-importante ; vous avez eu raison, mon cher Théophile, de déplorer un Jour les misères de décors que m'octroyait le théâtre des Funambules.
Il faut dire crûment la chose : la direotion ne ereyait guère à mon œuvre ; chacune de mes pièces amenait un changement notable dans les recettes; mais ce fait brutal et palpable ne changeait rien à des convictions enracinées.
Il serait peut-être très-long d'expliquer pourquoi une pantomime raisonnée, avec exposition et liaison dans les tableaux, effraye les âmes craintives, qui, au contraire, s'intéressent à un tohu-bohu d'événements, à une action extravagante, où la mythologie se mêle à la vie d'aujourd'hui, où Apollon donne la main à Robert-Macaire.
L'Angleterre ne se soucie guère plus de la raison mimique que la France; mais au moins la mise en scène compenset-elle les singuliers Hbrettos qui servent de cadre aux exercices de Sprith, de Clown et de Pantalone. . Telle est à peu près conçue toute pantomime anglaise. Le prologue est une satire symbolique^ qui rappelle les Revues d'année de nos théâtres français ; puis la fée change les inventeurs, les personnages satiriques en Harlequin, Pantalone et le reste. Alors, depuis le second tableau jusqu'à la fin, c'est une immense mêlée, un roulis de coups de pied, une pluie de soufflets, un déluge de métamorphoses que rien ne nécessite, sinon Toccupation de l'œil.
L'Italie et l'Allemagne ne procèdent pas ainsi ; il faut lire les féeries de Gozzi et il faut voir les farces viennoises, pour se convaincre qu'une œuvre raisonnable n'empêche pas la gaieté et supporte très-bien le secours des décors.
L'ancienne pantomime française, et je ne remonte pas au déluge {Ma mère VOie^ le Bœuf enrage), manq|ie de logique. Il importe d'expliquer que la science doit présider avant tout aux compositions les plus fantastiques.
Le même jour où l'on jouait \z. Perle de l Océan, cette féerie si remarquable par son armure d'acier, Paul Legrand luttait avec les mimes Anglais par Pierrot marié, œuvre très-remarquable, la seule qu'ait donnée M. Jules Yiard au théâtre des Funambules.
Madame Céleste crut devoir piquer la curiosité en annonçant sur l'affiche : « An Italian pantomime » (pantopiime italienne) ; de même, au boulevard du Temple, jadis toute pantomime était « dans le genre anglais. »
Le titre fut un peu changé ; on accola à Pierrot marié le sous titre : « And Polichinello, the Gay Single Felloïc^ » c'est-à-dire Polichinelle, le gai célibataire.
Il est une farce traditionnelle qui date de loin aux Funambules ; la colique, J^iou jj'ççt plus joyeux (\no de voir Pier-
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rot puni par des misères de yenire, d'avoir trop bu et trop mangé. On voit Tacteur s'arrêter tout d'un coup, interroger avec effroi la révolte de ses intestins, se toucher Testomac, frissonner, se tordre, coarir en avant, courir en arrière et prendre enfin la fuite d'une telle sorte que le public comprend à merveille.
Debureau père, qui sauvait les actes les plus grossiers par nn distingué que personne ne retrouvera, Debureau père allait plus loia encore dans la peinture eicacte de cette maladie, appelée par la pudique Angleterre : pain in the domachy peines d'estomac.
Madame Céleste pria Paul Legrand de supprimer toute espèce de colique à l'avenir. « Jamais, lui dit-elle, notre public ne laisserait passer la scène y il vous jetterait les banquettes à la tête. »
Mais ce n'était pas tout ; à la répétition générale, madame Céleste s'aperçut seulement des doctrines shokingl de Pierrot marié. >
Pierrot marié veut dire Pierrot cocu.
A Londres, le cocuage est aussi mal vu (en paroles) que la colique. Il y a bien dans le dictionnaire belly, qui signifie ventre; mais celui-là qui s'en servirait serait plus mal vu que le bourreau. Quanta l'équivalent du cocuage, il n'existe pas à l'état de mot, et on se sert de détours sainte-beuviens pour arriver à exprimer indirectement la cbose.
Le littérateur de l'affiche fut mandé, et il composa, pour expliquer cette indécente situation, un petit morceau de prose, que je traduis mot à mot, afin de donner une idée des terreurs de la direction; mais il est nécessaire d'abord de donner le texte anglais :
Every thing Foreing beingto the purpose with the Public in gênerai, and the Critic$ in particular, kowever German 'o the mattery it is hoped the introduction oftlieancient ami hmorabk Pierrot may pnd favor, ev^ in jaundiced eyes ;
iO
especialfyas hein nearly related to Polichmello (Ahclice Pnneh) that perctmbulatfng Favorite of the streets, and sévère Satirist of the Press, Even the genius of the newest News, imlmed as he i$ with the Cacoethes sgribendi, may notperceive f^ a nuisance » in the gagoethesloquendi, ofthis foreign importation; for being pantomine no hroken accents can jar upon his eff0min<xtely refkied ear, evidently coneeiting that to understand is tobe annoyedf and nod to comprehend the perfection of human delights.
eChaque chose étrangère étant curieuse pour le public en général et les critiques en particulier^ quelque allemand que soit le sujet; nous espérons que Ilntroduction de Tantique et honorable Pierrot pourra trouver fareur devant des yeux attaqués de la jaunisse; spécialement, parce qu'il est allié de fort près à Polichinelle (ANGLICE Punch), ce favori nomade des rues et sévère satirique delà presse. Même le génie des plus nouvelles nouvelles, imbu comme il Festdo cacoethes sGRifil&NDi, peut uc pas apercevoir une grossièreté dans le gagoethes loquendi de cette importation étrangère ; car étant pantomime, nul accent brisé ne peut défavorablement influer sur son oreille efféminément raflflné, concevant évidemment que comprendre, c'est être ennuyé^ et que 'ne pas comprendre, c'est la perfection des délices humaines, »
Cette littérature entortillée veut dire que les yeux attaqués de la jaunisse (les personnes mariées jaunes) rie doivent pas se formaliser d'une grossièreté, puisqu'elle n'est que mimée.
Après ces explications, vient le détail des acteurs : *« Pieh- ROT, Fenfant de la comédie italienne, et proche parent par Arlequin et Colombine de Bergame, cousin de.Brighella et du grave Polichinelle, l'intime aini du Vénitien Pantalon et du vieillard docteur attaché à la famille de Cassandre, allié de Gilles, par lequel il fut supplanté.
Vraiment, à lire celte profusion de titres et cette richesse
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de parenté, on pourrait croire Pierrot on de nos Espagnols de comédie qni déroulent pendant une heure leur noblesse et leur lignage.
La pièce commença; le théâtre était plein. Dès le premier tableau, il arriva un petit malheur à Paul : mlsfiRobins, qui jouait Colombine, sauta au cou de Pierrot et V^embrassa hardiment sur les lèvres.
G'est là ce qui effrayerait notre public parisien/mèmo les habitués des petits théâtres voués au genre grivois. A Paris, on embrasse sur la nuque, et les personnages à bonnes fortunes, les don Juan, les Lovelace, seraient maltraités du public s'ils agissâimt autrement.
PaulLegrandrépondit à cette crue embrassade par un baiser sur le front de la jolie missRobins. Le parterre grogna 1
Dans une autre scène, Pierrot, en l'absence de Colombine, fait TofOice d'une bonne mère. Il berce l'enfant, le déshabille et lui donne de la bouillie. On sait la gourmandise* type de notre Pierrot; à Tordinaire il fait mille ffgaceries à l'enfant, emplit soigneusement la cuiller de bouillie, l'approche de la bouche de l'enfant, et finit par avaler lui-môme la bouillie.
Le parterre grogna plus fort qu'àla scène du baiser.
Paul s'imagina avec raison que John Bull se fâchait contre la boaillie, qui est une maigre nourriture, et il alla dans la coulisse, en rapporta du pain, de la bière, un énorme morceau de jambon, gros aliments fort en honneur chez les habitués du parterre d'Adelphi.
Paul recommença la scène précédente ; il offrit tour à tour le pain, le jambon et la choppe à l'enfant; puis le gourmand Pierrot dévora le tout sans en faire goûter une bribe au baby emmaillotté.
Le parterre regrogna trois fois. Un matelot se leva et prononça une phrase dont le ^ens ne fut pas compris par le Pierrot français : « Dam your €ye$ I » Dieu damne vos
yeux !) Un antre s'écria : « Dam son of a hitchl » (Daniné fils de chienne I)
Madame Céleste était dans la conlisse, près du berceau de l'enfant.
— Paul, dit-elle an mime, ils ne veulent pas ^'on fas^ de la peine à l'enfant; donnez-lui à manger.
Toute la salle criait à Paul : Off! offl (A bas ! retirezvous !)
Alors Pierrot, ayant été chercher de nouvelles provisions, en empiffra Fenfant; ce qui fut le signal d'applaudissements. N
Au fondi la pièce ne marchait que froidement ; elle est remplie de détails très-charmants, qui veulent de fines intelligences pour être compris. •
John Bull attendait cependant patiemment, Tafflche ayant promis :
Magical and dislant vkw of THE HAPPY FAMILY!!!
(Une vue magique et lointaine de l'heureuse famille !! !)
Hélas ! hélas i hélas i ... ce fat le coup de la fin^ quand apparurent une douzaine de petits marmots sang-mèlés, dont la moitié du corps était vêtue en Polichinelle, l'autre moitié en Pierrot; idée très-originale, qui prouvait trop clairement la collaboration du gai célibataire Polichinelle.
C'était crier plus haut que Molière, plus haut que Paul de Kock : « Pierrot, tu es douze fois cocu. »
C'est alors que les cris off! offl offl (à bas !) recommencèrent avec furie-, mais les petits acteurs de bois, issus de l'adultère, ne bougeaient pas et ne se formalisaient pas de ces off! nombreux.
Je ne m'explique pas le cant, là pruderie anglaise encer-
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taiûs endroits; ainsi la colique, le cocuage, ne peuvent être mis en scène, et les actrices embrassent les acteurs sur les lèvres.
Bien mieux, quand Colombine sort de scène^ Uarlequin la salue en lui donnant une tape à^un endroit... innommable (la pruderie me prend à mon tour), et Harlequin ac compagne cette familiarilé de : Good bye, my dcar (adieu^ mon amie).
A partir de ce jour Paul et ses « Pierrotrations » (mot anglais) furent vus d'un mauvais œil. Madame Céleste tenta de supprimer le cocuage de cette infortunée pantomime de fierrol marié; le cocuage reparaissait toujours.
Cependant quelques journalistes anglais, gais d*esprit, essayèrent de soutenir Paul Legrand, et disaient qu'il surpasserait le fameux Grimaldi. L'administration d'Adelphi n'osa plus faire jouer son célèbre mime. Madame Céleste s ^ préparait à emmener Paul et sa troupe dans les provinces an- * glaises, quand arrivèrent à Londres les acteurs du Théâtre- Historique.
On se rappelle quelle violente cabale eurent à essuyer les acteurs français, qui furent forcés de jouer Moiite-Cristo en pantomime, les grognements du parterre étant plus terribles que ceux de tous les animaux de la création.
Paul Legrand fut remarqué dans la salle ; il protestait contre la cabale dont étaient victimes ses compatriotes.
La direction d'Adelpbi fut informée du fait; l'engagement étant résilié à l'amiable, Paul se trouva riche de dix mille francs de dédit. Ceci ne ressemble guère aux Vingt-six infortune^ de Pierrot,