A HENRY MURGER
L'autre soir j'étais au coin du feu à feuilleter des monceaux de papiers, de notes, d'articles non finis, de beaux romans commencés qui n'auront jamais de fîn; et au milieu des quittances de propriétaires (car je les garde précieusem.ent, rien que pour me prouver à moi-même qu'elles sont bien et dûment acquittées), je trouvai un petit cahier étroit et long comme une sculpture du moyen âge.
J'ouvris ce petit cahier couvert en bleu, et qui portait ces mots sur son dos : Livre de compte. Que de souvenirs renferme le petit cahier ! L'heureuse vie que la vie littéraire, mais vue à cinq ou six ans de distance. Le petit cahier m'a empêché de dormir, et je me suis levé pour me décharger de tous ces beaux souvenirs bleus qui me tourbillonnaient par la tête.
Ontrou'^erait le petit cahier, qu'on croirait qu'il a appartenu à une ménagère pauvre et honnête. Tu dois, mon cher ami, avoir oublié le petit cahier; cependant les trois quarts sont de ton écriture ; je vais t'en rappeler l'origine.
Il y a neuf ans, nous demeurions ensemble, et nous possédions à nous deux soixante-dix francs par mois. Pleins de confiance dans l'avenir, nous avions loué, rue de Vaugirard, un petit appartement de trois cents francs. — La jeunesse ne calcule pas. — Tu avais parlé à la portière d un mobilier si somptu(3ux, qu'elle te loua sur ta bonne mine, sans aller aux renseigneme;its. Mais combien cette brave dame tressaillit à l'emménagement I
Ta apportais six assiettes dont trois en porcelaine, un Siiakspeare, les œuvres de Victor Hugo, une commode hors d'âge et un bonnet i^gi^ ; par le plus grand des hasards j'avais deux matelas, cent cinquante volumes, un fauteuil, deux chaises et une table, de plus une tète de mort.
L'idée du divan t'appartient, je le reconnais : cette idée était déplorable. On scia les quatre pieds d'un Ut de sangle, qui, de cette façon, toucha terre. Par suite de ces arrangements, le lit de sangle ne servit plus de rien. La portière eut pitié de nous et nous prêta un second lit de sangle qui meu^ bla ta chambre avec divers ^(mvmbrê pleins de poussière que tu accrochas au mur. C'étaient un gant de femme, un loup de velours, et je ne sais quels objets qui embaumaient l'amour.
Les huit premi^s jours se passèrent de la façon la plus charmante ; on ne sortait pas^ on travaillait, on fumait beaucoup. J'ai retrouvé encore dans mes papiers une feuille sur laquelle est écrite :
BÉATRIX, Drame en cinq actes,
PAR tteitRT MtRGiCR,
Représenté Sur le théâtre de
Le 18.,.
Cette page a été arrachée d'un énorme cahier blanc; car tu avais la mauvaise habitude d'user tout le papier à faire uniquement des titres de drames ; tu mettais sérieusement le fameux mot représenté^ alin de juger de l'effet du titre. Mais, à ce commerce, le papier diminuait trop. Par bonheur, quand il fut usé, lu retrouvas je ne sais quel atlas de géographie, dont le verso était vierge de gravure ; alors nous pûmes nous passer de papetier.
Vinrent les jours de grande disette ; après une longue discussion, nous accablant l'un et Tautre de reproches sur la folle prodigalité que nous apportions en tout, il fut convenu qu*aussitôt la rente de soixante-dix firancs touchée, je tiendrais un compte sévère des dépenses, afin que la mauvaise harmonie ne vint plus troubler notre association, chacun de nous ayant tous les jours le soin de vérifier les comptes.
C'est ce petit livre que j'ai retrouvé, qui est si simple et si touchant, si laconique et si plein de souvenirs. Nous étions d'une grande honnêteté le premier de chaque mois.
Je lis, au 1*' novembre 1843 : « Payé à madame Bastien pour dû de tabac, deux francs. » Nous payons aussi l'épicier, le restaurant (il y a restaurant!) y le charbonnier, etc. Le i""' est un jour d'allégresse ; je lis : « Dépensé au café, trentecinq centimes; » folle dépense qui dut me valoir le soir une série de remontrances. Ce jour-là tu achetas (j'en suis effrayé] pour soixante-cinq centimes de pipes.
Le % novembre, on achète du ruban pour un franc dix centimes; cette énorme quantité de rubans devait servir à constituer définitivement le fameux divan. Le divan est toute une histoire ; il nous rendit de grands services. Mon lit par terre avec un seul matelas et des draps blancs faisait un médiocre effet dans le salon; d'autant plus qu'un restaurateur demeurait dans notre maison et que tu prétendais qu'en lui faisant apportera manger dans le salon, cet homme serait ébloui et ne pourrait pas nous refuser le crédit. J'insistai beaucoup sur la bizarrerie de mon lit, qui n'avait rien de séduisant à l'œil d'un fournisseur; il fut arrêté qu'on étendrait dessus une certaine pièce de soie violette qui provenait on ne sait d'où ; malheureusement la soie se trouva trop étroite et ne put couvrir que les deux tiers du lit ; après de longues réflexions, nous pensâmes à la bibliothèque , les inquarto de Shakspeare, jetés comme négligemment, dissimulèrent létroitesie de la soie et cachèrent le restant des
draps. C'est ainsi que fat constitué le divan; j^ajouterai que le gargotier de VAnge gardien, qui n'avait affaire qu'à des cochers de ûacre et des maçons, se laissa prendre à ces menées innocentes.
Toujours au 3 novembre on donne une forte somm3 à la blanchisseuse — cinq francs ; je passe le pont des Arts comme un membre de Flnstitut, et j'entre fièrement au café Momus. (Nous avions découvert ce bienfaisant établissement qai fournissait une demi-tasse à vingt-cinq centimes; depuis la cherté du pain, le café est monté jusqu'à trente centimes; beaacoup d'habitués, mécontents de cette hscusse, ont quitté brusquement.) Je vais en soirée chez Laurent; sans doute le vertige me tenait... Je perds à Fécarté cinguanfe centimes destinés à acheter des marrons. Ce pauvre Laurent si démocrate^ qui allait chez Béranger, en tête des écoles, est mort depuis! Il faisait des vers trop révolutionnaires.
Le 3 novembre , tu décides que pendant la durée des soixante-dix francs nous ferons nous-mêmes la cuisine. £n conséquence, tu achètes une marmite (quinze sous) , du thym et du laurier ; ta qualité de poète te faisait trop chérir le laurier; la soupe en était constamment affligée. On fait provision de pommes de terre; toujours du tabac, du café et du sucre.
n y eut des grincements de dents et des malédictions quand il s'agit d'inscrire les dépenses du quatrième jouT de novembre. Pourquoi me laissas-tu sorti ries poches si pleines d'argent? Toi, tu étais allé chez Dagneaux dépenser vingtcinq centimes. — Que pouvait fournir Dagneaux pour vingt-cinq centimes? — Ahl combien coûtent les moindres plaisirs ! Sous le prétexte d'aller entendre ^ra(ts un drame d'un habitant de Belleville, je pris deux omnibus, un pour aller, un pour revenir. Deux o nnibus! Je fus bien puni de cette prodigalité : par une poche trouée prirent la clef des champs trois francs soixante-dix centimes. Comment osai-je
rentrer et affronter ta colère? Déjà les deux omnibus valaient une dure adoionestation] mais les trois fraucs soixante-dix... Si je n^avais commencé à te désarmer en te racontant le drame belleviliois/ j'étais perdu..... Et cependant^ le lendemain, sans songer à ces pertes terribles, nous
prêtons à 6 , qui semble réellement nous prendre pour
ses banquiers, la maison Murger et compagnie; il puise sans façon dans notre caisse. Je cbercbe par quels moyens insidieux ce G était parvenu à capter notre confiance, et je
ne trouve que Tlnexpérience d'une folle jeunesse; car enfin, deux jours après^ G..... a l'audace de reparaître et de demander encore une nouvelle sonmie.
Rien de bien nouveau^ excepté soixante-quinze centimes de vin. Cette idée de vin ne peut venir que de toi; non pas que tu t'y sois jamais livré, nous avions une si douce habitude de l'eau, nous en avons tant bu sans nous en dégoûter, que le vin me parait fort extraordinaire. Jusqu'au 8 novembre, on fait exactement l'addition au bas des pages, nous sommes à quarante firancs soixante et un centimes ; là s'arrêtent les additions. Nous ne voulions plus sans doute trem- ^bler à la vue du total; le 10 novembre tuacbètesun dé; sans être un grand observateur, il est facile de s'imaginer l'introduction momentanée d'une femme, quoique cependant quelques hommes aient l'adresse de recoudre leurs bardes daas des moments de loisir.
Tout dernièrement j'entrai chez un marchand littérateur qui fait des Couriers de Paris pleins de rerve et d'esprit, remplis de jolis mots marivaudes; j'avais ouvert la porte si brusquement, qu'il rougit en jetant dans un coin un pantalon. Il avait un dé à son doigt. Ah I bourgeois misérables qui ne donneriez jamais vos filles en mariage à des gens de lettres, vous seriez remplis d'admiration pour eux si vous les voyiez racconunoderleurs bardes i
Le tabac à fumer entrait pour plus d'un tiers dans nos de-
peîrses; il venait trop d*ainig, surtout un célèbre ouvrîerpoête qu^oii nous amena, et qui récita tant de vers que j'allai me coucher.
A la date du 14 novembre, M. Crédit revient. M. Crédit va cliez Vépicier, chez le marchand de tabac, chez le charbonnier. M. Crédit n'est pas trop mal accueilli ; il a même du succès, sous ta forme, auprès de la demoiselle de Tépiciëre. Est-ce qu'au 17 novembre M. Crédit est mort? Je vois écrit à la colonne Avom : « Redingote trois francs. »
Ces trois francs viennent du Mont-de-Piété. Quel être inhumain que ce Mont qu'on devrait appeler le Mont-sans- Pitié f Nous a-t-il assez humiliés par la voix de ses commis ! L'histoire pourrait être longue et terrible, je la ferai courte et simple. Quand Fargent manqua, tu me montras un vieux cachemire qui recouvrait une table. « On n'en donnera rien, dis-je. — Oui, mais en y joignant des panta- Ions, des gflets... » Je ûs immédiatement le paquet, et tu partis pour Tantre de la Croix-Rouge ; mais tu revins un peu triste avec le gros paquet, — Ils sont désagréables lâ-dedans, me dis-tu, va voir à la rue de Condé; les commis, qui ont affaire d'habitude aux étudiants, n y mettent pas tant de façons.
Talîai rue de Condé; les deux pantalons, le fameux châle et les gilets furent examinés à fond, iusque dans les poches.
— On ne peut pas prêter là-dessus, dît remployé en repoussant dédaigneugement tous les habits.
Tu avaisia bonne habitude de ne jamais te désespérer. — Il faut attendre îe soir, dîs-tu, la nuit tous les habits sont neufs. Pour plus de précaution, j'irai au Mont-de-Piété do la rue du Fouare, un Mont de pauvres; là-bas, comme ris ne sont habitues qu'à engager des guenilles, nos habits brilleront comme des étoffes d'Orient. Hélas I le commissionnaire de la rue du Fouare fut aussi cruel que ses confrères.
Ce fut donc le. lendemain qu'en désespoir de cause j'allai engager mon unique redingote, et cela pour prêter la moitié de la somme à l'incessant G..; Efifm, le 19 novembre, nous vendons des livres 1 La fortune nous sourit donc, on mettra la poule au pot avec beaucoup de laurier; mais il ne faut pas croire qu*à cette époque nous ayons quelques relations avec les journaux. Te rappelleras-tu une digne mercière de la rue duFaubourg-Saint- Jacques, près la barrière, qu*on nous avait signalée comme tenant un cabinet de lecture? mais quel cabinet de lecture! des pièces de tbéâtre, trois volumes dépareillés d'Anne Radcliffe! Encore si cette brave dame ne nous avait pas connus I jamais les habitants du faubourg Saint-Jacques n'auraient eu vent des Lettres sur la Mythologie^ du De Profanais, deux livres que j*eus la cruauté de vendre, malgré tous leurs titres à mon respect. Les auteurs sont mes compatriotes, Tun s'appelle Demoustiers, l'autre Alfred Mousse. Arsène Houssaye ne serait peut-être pas content si je lui rappelais un de ses crimes de jeunesse où l'on voyait en frontispice des squelettes — ^beaux temps du romantisme I — qui jouaient à la balle avec des êtes de morts.
Le De Profundis nous permit d*entrer le soir au café Tabourey. Tu vends encore pour quatre francs de livres. Permets-moi de consigner ce fait, ils provenaient de ta bibliothèque ; la mienne est toujours restée dans ses rayons; malgré tes raisons, je ne vendis jamais de livres, à l'exception toutefois de la lamentable histoire d'Alfred Mousse.
M. Crédit continue avec un grand sang-froid d'aller aux provisions. Il se présente partout jusqu'au l" décembre et paye intégralement toutes ses dettes.
Je n'ai qu'un regret, c'est de voir le petit registre s'interrompre brusquement après un mois : rien que le mois de novembre, ce n'est pas assez ! Si je l'avais continué, ce seraient alitaient de jalons pour me rappeler ma vie pa^^e, *
fieattt temps ! où de notre petit balcon nous voyions, de toat le jardin da Laxemboorg, un arbre, et encore il fallait se pencher 1
MADAME rOLICIIINELLR.
C'est aux Funambules qu'il est doux d'être applaudi et qu*il est dur d'être sifflé. On n'y connaît pas la claque. Quand les voyous applaudissent avec leurs grosses mains, noires comme l'aile d'un corbeau, crevassées comme un ravin et solides comme de la corne de bœuf, ça sonne pire qu'un tambour. ^
Mais aussi une fois j'ai failli être sifflé à une première représentation. Le paradis apportait un sérieux de membres dn parlement; avec leurs blouses, les voyous me semblaient en robes rouges, et leurs casquettes étaient des toques de magistrats.
Ordinairement ils écoutent sans rien dire et ne bronchent pas. A la première représentation ils applaudissent peu. Ils ^o^lent en foule sur le boulevard, où une foule inquiète attend le jugement rendu par ce jury populaire.
Dans nne affaire de Cour d'assises, où il s'agit d'une condamnation capitale, je n'ai jamais été aussi impressionné par la demande brève du président : L'accusé est-il coupable? Sur le boulevard, la foule ne pose pas de questions; nais le jury répond à la demande muette des esprits : ^C est rigolo!
Quand les voyous secouent la tète, font la grimace et s*é-
crient en sortant d'im» première repréeentatios: « Ce nat pas rigolo, » tous êtes perdu; rien ne saurait les faire revenir; leur réponse yient d'un sentiment intime qui repose sur des instincts vrais , qu'il n'eat pas possible de faire varier.
Aussi ai-je été pris un soir d'une terreur sans pareille ; aussi ai-je fui sur le boulevard^ la figure en sueur et la bouche sèche.
J'avais mis en pantomine une idée un peu abstraite que le jeu des acteurs ne put parvenir à rendre. Il courut dans la salle comme un brouillard; le gaz me sembla s'éteindre, les violons jouaient faux; un polichinelle en deuil, costume sur lequel j'avais beaucoup compté, sortit tout à coup d'une trappe, mal habillé dans une étoffe de lustrine coupée avec aussi peu de soin qu'un sac. J'entendis une vague rumeur d'étonnement, de surprise désapointée, de colère et d'inquiétude.
Je me sauvai. La pièce n'eut pas de succès; heureusement pour moi la Révolution de février vint couper court à cette pantomime.
Je dois avouer le médiocre succès de cette pantomime, qui se joua seulement quelques jours avant Février 1848. Je pourrais mettre ma chute sur le compte de la révolutictti^ qui arrêta un moment le mouvement des théâtres ; mais l'idée manquait de clarté; et ma plus grande faute fut d'avoir habillé un Polichinelle en noir. Le public fut inquiet de ce deuil qui recouvrait deux bosses à l'ordinaire si gaies. Le public accepte souvent les invraisemblances les plus étranges, les monstruosités qui n'ont pas leur raison d'être; mais sitôt qu'il flaire un peu de littérature dont le sens n'est pas suffisamment éclairci, il dresse le nez. Voici l'argument de la pièce :
MONSIEUR ET MADAME POLICmNELLE, OC LES SOUFFRANCES
d'une AME EN PEINE.
il fut «ncMvali père, mauvais époux ! Cette courts lëf ende nt s*est jamais , ^e je saelie, étalée en lettres noires sur la pierre blancbe d*an tombeaa. Le cimetière du Pète-Lachalse n'est peuplé que de citoyens yertneux, bons pères de famille, estimables négociants, gardes nationaux, qui, de leur vivant, étaient des hommes cousus de yices. — Hais Polichinelle n'est pas mort, Dieu merci ; c'est l'auteur qui lui a jeté à la Ace cette terrible aecusatioD de mauvais père, mauvais époux.
L'auteur n'avait pas tort, qu'on en juge.
Pendant que sa femme est allée au marché, Polichinelle ne soigne pas un instant son enfant. Le pauvre petit fait ses dents ; il souffre. Au lien d'apaiser ses cris, le père dénaturé boit, chante et jette son Hls le nez contre la muraille. Bien plus , il lui fourre une carotte dans la bouche et ailleurs pour Tempècher de crier. L'enrant étouffe forcément. On comprend la colère de madame Polichinelle en rentrant, lorsqu'elle s'aperçoit de l'état de l'enfant.— Ah î mauvais père l ab! vagabond ! ah ) coureur de filles ! s'écrie- t-elle; ivrogne t avaleur de pintes ! sac h vin! boit- sans-soif I Peut-on abîmer ainsi son enfant, son fils chéri, mon unique rejeton, une si douée créature, bonne comme le pain! Ah! je t'en ferai Ces enfiints pour que tu les arranges de la sorte!
Pendant qu'elle est en train de monologuer. Pierrot le valet entre. — Où est ton maître? demande la malheureuse mère. Pierrot n'en sait rien, seulement il a remarqué que Polichinelle a l'habitude tous le$ soirs d*ffler eonter fleurette à Colombine.
Au second tableau, Polichinelle s'est introduit chez Gassandre* boulanger^ sous le frivole prétexte d'acheter des gâteaux; mais il en veut à Colombine, la jolie pâtissière. Cassandre aime mieux perdre un chaland que sa fille, et il met Polichinelle à la porte.
Pierrot, lui aussi, est amoureux de Colombine; comme il lui faut un moyen peur entrer dans la maison, il se présente comme simple garçon boulanger. Mais la manipulation de la p&te lui est complètement étrangère; aussi se conche-t-il très- sérieusement dans le pétrin, croyant que Cassandre (ui montre un lit. Le boulanger se dit à part lui que voilà un garçon bien novice dans le métier; cependant il lui montre le réel usage du pétrin et ki fa^on de s'en servir.
Pierrot, qui a passé plus d'une fois près des caves des boulan-
lai SOGYEHIRS
gen, d'où sorteot la noit les cris au fHmdrê en travail, poasse des harlenieDts terribles en restant les Kras croisés. Pour les pooraoDS, il eo a, janais Cassandre B*a entendu ses ooTriers crier avec autant d'ardeur, et il se félicite d'avoir tronré un garçon qai soufOe coBBM le vent; la p&te stfa sans doute brisée à merveille, et le fain d'une qualité supérieure. Le boulanger va pour s'assurer par ses yeux du travail, lorsqu'il s'aperçoit que les bras de Pierrot sont deux fainéants et que le gosier seul s'^ricbit de leur paresse. De pliiSy Pierrot a jeté méchamment dans la pâte le chat de la maison, ce qui produit un pain miaulant d'une vente difficile.
Cassandre veut se fâcher, mais Pierrot, peu endurant, le jette dans le four. Polichinelle rentre, ainsi que sa femme et Colomfoine. C'est une averse de coups de pied, de coups de bâlton à n'en plus finir. Polichinelle s'est sauvé, et il rôde par les rues, attendant la nuit. 11 a pour suite des violons et des hautbois; lui-même tient la guitare, c'est l'heure des sérénades. La bande se dispose à donner une aubade galante à Colombine, quand Pierrot arrive, lui aussi suivi de musiciens. L'un des musiciens attachés à Polichinelle égratigne par hasard la chanterelle; un autre de la suite de Pierrot souffle à tort dans sa flûte. Les deux bandes sont aux aguets et se cheichent sur la place sans pouvoir se rencontrer.
Quand le silence est revenu, Polichinelle commence à chanter ses tourments, mais Pierrot jaloux y joint des accompagnements qui n'ont jamais existé dans les orchestrations connues; il accompagne en mineur pendant que Polichinelle chante ^n majeur. A ce charivari une patrouille accourt, qui met en déroute basses et clarinettes, flûtes et violons. Polichinelle, qui ne tient pas à avoir de démêlés avec la force armée, escalade le balcon de Colombine ; mais Cassandre, que les déplorables combinaisons de majeur et de mineur ont éveillé, le jette du premier étage ; il est reçu au bas par sa femme, qui ne comprend pas la nécessité de donner des aubades aux belles quand on est marié, et qui lui bat la mesure sur les épaules, non pas en mesure, mais outre mesure.
Polichinelle, le dos et les épaules meurtris, arrive au cabaret, où il boit indignement, en manière de frictions intérieures. Il se grise comme un lambourde la garde nationale, et perd complètement connaissance; c'est \^ que l'attend madame PoUc}iiPcUc, Aid^ç de
Pierrot, elle a changé sa chambre en antre de sorcière, elle en a pris les habits. Pierrot n'a pas grand peine à se changer en fan • tome. Avec des cymbales il est facile d'imiter le tonnerre. Polichinelle effrayé ouvre ses yeux fermés par le vin.
-- Ton àme va s'éteindre, lui dit la fausse sorcière ; quand r&me s'envole du corps de l'homme, il ressemble h une bougie sans mèche. Polichinelle, ton âme retournera sur la terre, mais inquiète et tourmentée. Ta vie, qui autrefois n'était pleine que de nourriture, de filles et de bouteilles de vin, te sera plus amère que l'absiothc. Tu n'entendras plus le chant des cigales, et les rossignols te paraîtront enrhumés.
Polichinelle est anéanti ; il s'enfuit. Pour mieux le tromper, pendant son ivresse, madame Polichinelle l'a complètement habillé de noir. L*homme au joyeux costume, avec des couleurs si crues» ressemble maintenant à un cercueil à bosses.
Il est rencontré dans cet accoutrement par deux saltimbanques, pleins de chagrin d'avoir perdu leurs curiosités, qui sont mortes, entre autres un fameux chien savant, qui périt victime de sa gourmandise, car à la dernière séance, ayant sans doute l'estomac creux, 11 avala la botte de dominos avec lesquels il devait montrer son intelligence au public. Les deux saltimbanques , étonnés de voir un homme si singulièrement habillé, lui proposent de s'associer avec eux; Polichinelle ayant l'air d'hésiter, il est garrotté, mis en cage, et montré en foire. Le plus terrible pour l'ivrogne est de retrouver là sa femme qui danse et fait les yeux doux à Gassandfli^ pendant que Pierrot courtise Golombine ; cependant il réussit à détacher ses liens et à se sauver.
La tète perdue , n'osant regarder son funèbre vêtement, il erre à l'aventure, poursuivi par tous, hué par tous ; il veut revoir les lieux où il fut jadis si heureux. Il entre chez Cassandre et se blottit dans le pétriQ , espérant y demeurer quelques heures tranquille ; mais Pierrot l'y découvre, et cette fois le valet prend sa revanche sur le maître. Polichinelle est trop heureux de devenir le domestique de Pierrot et de Golombine ; mais le nouveau ma ttre est dur et méchant. Polichinelle est obligé, pour échapper à ses fureurs, de se précipiter
par une fenêtre. Il tombe dans un sac de farine qu'on hissait au
grenier.
iê6 SOUVENIRS
Ses malheurs ne sont pas tenninés ; il est dëeoa?eit dans ee sac et battu comne plâtre. Cette prodigieuse quantité de coups de bftton l'a telienent afiaibli, qu'il lonbe privé de sentiment; mais sa femme veille sur lui, elle recommence ses fausses opérations de sorcière; et quand madame Polichinelle croit son mari suffisamment mortifié, elle lui rend son 4me.
Polichinelle est-il guéri du vin, des filles? Je ne le crois pas, et ce serait xalheureux; car il ne faut pas appauvrir une personne si riche en vices.
Gomme innovation, l'apothéose était supprimée. On se met à ta* ble, on boit, et le rideau baisse.
Peu après je partis pour l'Auvergne, fatigué de la vie de Paris, que je u*ayais pasquitté depuis quelques années.
LA LÊOENDE DE SAINT VERNL
C'était une grande fôte pour moi que d* arriver à Issoire. Issoire, c'est laj)atrie des bons vivants, des gros buveurs, des jouisseurs de la vie. Je me figurais une petite ville de Flamands perdue au milieu de TAuvergne ; de temps en temps, du haut de l'impériale, je regardais si je n'apercevais pas une grosse trogne rouge sur la route. Pour moi, l'habitant d'îssoire était un gai compagnon qui passe sou temps entre la femme et la bouteille.
Idées que j'avais emportées de Paris à la lecture d'un proverbe ;
Qui bon Tîn Teut très-biea boire, Faut aller dans Issoirel Qui à belle femme Teut parler, Dans Issoire doit aller.
D'an autre côté, le guide me montrait les habitants d'Issoire sous un côté plus moral : il disait le pays entier occupé à la confection de la cbandroniierie, travaux qui veulent des tètes fraicbes et raisonnables.
La diligence entra dans Issoire. Pas de cbandrcmnier I Le guide mentait. Pas de buveurs à nei rouge! Le proverbe mentait. Pas de belles femmes i
« Qui bon vin veut très-bien boire. » J'entrai dans une auberge pour vérifier le premier vers. La servante apporta une bouteille de vin noir qui pouvait se boire après une matinée de poussière dans une diligence; mais ce vin n'offrait réellement pas matière à proverbe.
Ayant une heure à ma disposition, j'allai à la cathédrale, espérant rencontrer sur mon chemin une de ces belles femmes chantées dans le quatrain. Je traversai la place du marché, où bon nombre de paysannes étaient assemblées. On ne voyait pas de belles femmes. J'arrivai à l'église, qui est un ancien monument fort curieux pour les archéologues, mais d'une tristesse noire comme ses pierres. Ces sortes d'églises, quand on n'a pas la science, sont bientôt vues; la sévérité a chassé la sculpturel, et les tableaux y spnt aussi absents qu'en un temple protestant. Cependant, quelquefois dans les chapelles sont enfouies de vieilles peintures curieuses que la fabrique Jette de côté, n'en voyant pas la valeur.
Je furetai un peu, lorsque, dans une chapelle, j'aperçus une statue de demi grandeur d'homme, tout en or et en argent. Sur le soda je lus : Saint Verni,
Sans être entièrement versé dans la vie des saints et du martyrologe, \\ est tacile de reconnaître un saint d une
iS8 SOUVENIRS
invention récente. Dailleurs son costume Tindiquait assez. Saint Verni est coi^é d'un chapeau auvergnat à forme basse et à larges bords ; sa veste est argentée, sa culotte dorée; d'une main il tient une bêche, de l'autre une énorme grappe de raisin.
Cette sculpture grossièrement coloriée, quoique tout nouvellement, a cependant le bon côté d'être franche et de ne pas s'environner de mystère. Dès la première vue on comprend que saint Verni ne peut être que le patron des vendangeurs et des vignerons.
Je ne connus la légende que dix lieues plus loin, n faut savoir d'abord que l'Auvergne, depuis la Révolution 4e février, a marché dans la voie révolutionnaire.
En même temps la croyance catholique tend à décroître tous les jours. Le pays est encore occupé par l'Église, qui y possède de grands biens, par des congrégations, par des couvents; mais les cérémonies du culte n'amènent plus autant de fidèles que par le passé. Cependant le peuple a conservé, au plus profond de son cœur, des traditions, des légendes catholiques qu'il n'oubliera de longtemps.
Quelque temps après la Révolution de février, les habitants d'Issoire furent réveillés par une troupe d'hommes qui criaient à tue-tête :
— Vive saint Crépin I vive saint Crépin ! Chacun se mit aux fenêtres et reconnut la corporation des bottiers, cordonniers, savetiers, qui marchaient en troupe tumultueuse vers le presbytère. A son tour, le curé fut réveillé par un cri formidable de : « Vive saint Crépin ! » suivi peu après de : « Vive la République! »
En même temps, la corporatiqn frappait à coups redoublés à la porte du curé, qui, ne sachant que penser de ces acclamations, craignit un moment l'emportement des Auvergnats ; il ouvrit sa fenêtre, et fut salué des deux cris : Vive la République et vive saint Crépin ! Le desservant de la ca-
thédralc se perdait en raisonnements sur ce rapprochement de la République et du patron des cordonniers, sur ce mariage spontané de saint Crépin et de la République. Cependant, comme on l'invitait assez brutalement à ouvrir, il s'habilla au plus vite et descendit recevoir ses visiteurs inattendus.
— Vive saint Crépin ! Nous voulons saint Crépin ! R nous iaut saint Crépin ! cria d'une seule voix la corporation.
— Mes amis... dit le curé, qui ne savait ce qu'on lui voulait.
— Vive saint Crépin ! s'écria la corporation des cordonniers.
— Mais, mes amis, répondit le desservant, qui comprit alors le motif de cette matinale députation, vous savez que nous avons enlevé la majeure partie des statues de notre église pour une bonne raison. Elles étaient abîmées, cassées, et il aurait fallu de grands frais de restauration pour les repeindre, les dorer et les arranger d'une façon convenable.
— N'importe, nous voulons notre saint Crépin tel qu'il est!
— Vive saint Crépin t s'écria la foule.
— Mes bons amis, je suis à vos ordres ; vous voulez votre patron, rien n'est plus juste. Laissez-moi prendre la clef de l'endroit où il est renfermé, et nous irons chercher saint Crépin.
Au bout d'une demi-heure , deux délégués de la corporation descendirent des combles, portant, non sans fatigue, une statae peinte de saint Crépin qui avait reçu de notables atteintes du temps.
Le martyr romain avait perdu une jambe; et quoiqu'il * n'entre pas dans les habitudes des cordonniers d'avoir une grande extase pour les boiteux, ils emportèrent en triomphe lenr saint à travers la ville, élevèrent sur la place un petit autel où se voyaient les attributs les plus connus du métier, tels qu'alênes, tire-pieds, etc., et commandèrent à un me-
noisier d'Issoire de refaire une nouvelle Jambe à saint Crépin.
Cette eérénuAie fit merveille dans la Tille, qui n'est pas grande; les cordonniers joyeux allèrent eux-mêmes répandre le bruit de leur expéditicm, et ils arrosaient oette bonne nouvelle de vin noir d'Issoire. Cela valut an curé une nouvelle députation des jardiniers, qui n'auraient pas pensé à leur saint sans l'entreprise des bottiers. Ils allèrent réclamer saint Fiacre, qui apparut bientôt dans un tel état de dégradation, qu'cm comprenait de reste les motifs de son exil ; mais il fut tellement couronné de fleurs, vêtu de feuillage , que la misère de son corps ne parut paa ouvertement.
Le lendemain» voici les cbamms qui s'en viennent au presbytère demander leur saint. A cette d^aiande le curé hésita. Quel était le saint des charrons? 11 n'en savait rien. Dans ce calendrier tout local, ces saints n'avaient rien de bien canonique.
— Cherchez là-haut, mes amis, <?it le curé, vous trouverez sans doute votre patron. D'ailleurs, personne n*y a touché..., il y est bien certainement.
Les charrons trouvèrent une statue qui représentait un h(»nme d'apparences robustes ; cela leur suffisait. Us l'ei^' portèrent en le traînant sur un essieu démonté. Après les charrons vinrent les chaudronniers ; le curé les envoya immédiatement dans la salle où logeaient les saints perclus et détériorés.
Mais toutes ces réjouissances avaient travaillé les tètes des belles femmes d'Issoire, qui devinrent jalouses des hommes. Elles pensèrent que si leurs marisavai^t des patrons, elles devaient avoir aussi des patronnes. Et les dentelières d'aller demander au curé leur sainte; puis, ce furent d'autres exigences. Chaque quartier voulut avoir son saint; ensuite chaque rue.
DES FUNAMBULES. Idi
Le curé redevint aussi inquiet qu*à la première visite des cordonniers, car il finit par vider son garde saints. Ce qui s'en alla de boiteux , d'éclopés, de manchots en bois, fut considérable.
Seulement, le curé se disait qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que chaque propriétaire de maison voulût avoir un saint à sa porte; inévitablement les locataires de chaque maison voudraient aussi leur part dans cette distribution de saints.
Et il n'y en avait plus, la salle qui servait d'hôpital aux saints infirmes était vide. Le curé pensa qu'il n'avait plus qu*à se barricarder dans son presbytère, si de nouveaux amateurs de saints se présentaient.
Effectivement, tout rentra dans l'ordre pendant deux jours; et le sacristain put se reposer de ses nombreuses courses au clocher. Mais le dnnanche, à la sortie de la messe, le curé remarqua sur la place, devant l'église, un groupe qui paraissait avoir des intentions menaçantes.
C'étaient les vignerons, nombreux dans ce paysdevignt^s.
— Saint Verni! s'écriaient les vignerons, nous voulons saint Verni ?
Le curé frissonna; car il connaissait dans le légendaire d'Issoire le nom de saint Verni. 11 se rappelait confusément avoir vu jadis, dans une chapelle, une statue de saint Verni avec les emblèmes des vignerons. Où était passé saint Verni ? Le bedeau vint redoubler les inquiétudes du curé, en \m disant qu'il n'y avait pa^ traces de saint Vomi dans les combles de l'église. Cependant les vignerons criaient toujours sur la place.
— Vous Taures, mes enfants, disait le curé pour gagner du temps.
— Saint Verni ! tout de suite... Il nous faut saint Verni ! Saint Verni doit sahier la République !
— Me^ amis, on cherchera saint Verni , répétait le curé.
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Mais ce fatar n*ëtait pas de nature à calmer les vignerons, qui n'admettaient pas de temporisation.
— Il y a assez longtemps qu'il est à Fombre, notre bon saint Verni, il vent voir le soleil.
Comme la foule répétait son immense cri de Vive saint Yemî , le curé pensa alors avec terreur que le patron des vignerons avait été enlevé par une autre corporation. £t il ne songea plus qu'aie retrouver. Sans communiquer ses doutes à la foule, il rentra dans Téglise et laissa à son bedeau la mission de parlementer le plus longtemps possible. En cbemin, une réflexion pénible se dressa dans l'esprit du curé : «Jamais, se disait-il, la corporation qui s'est emparée de- saint Verni ne voudra le rendre. Gela amènera des luttes dans Issoire; Dieu sait comment la journée se terminera... »
Heureusement le curé rencontra sur la place M. Trélat, qui venait d'arriver à Issoire, et qui jouissait d'une grande considération, en sa qualité de commissaire du gouvernement provisoire. M. Trélat promit qu'il essayerait d'apaiser les vignerons et se rendit à la cathédrale. Pendant ce temps, le curé examinait, sur les places publiques, saint Grépin, saint Fiacre, les patrons des charrons, des chaudronniers, et ne retrouvait pas saint Verni.
De son côté, M. Trélat s'était misa la tête du mouvenfent, afin de le diriger dans des voies plus pacifiques. Quand il arriva à l'église, une des portes du clocher était enfoncée : le bedeau était accusé de complicité avec le curé. La foule, répandue dans les galeries, appelait à tue-tête saint Verni, comme s'il eût [dû répondre à ces acclamations, et M. Trélat, qui savait l'embarras du curé, dirigeait les recherches, faisait fouiller chaque coin, afin qu'on ne pût pas accuser le desservant de cacher le saint, au|cas où il ne serait pas retrouvé.
Tout d'un coup, de la galerie opposée, on entend des cris d'enthousiasme, une des]bandes a découvert saint Verni daus
une salle abaudunnoe, pleine de plairas et de décombres. La joie da curé fut aussi grande que celle de ses paroissiens. Deux tonneaux yides furent apportés à la porte de l'église , sur lesquels on coucha le sainti et on le promena par toute la ville.
A quatre heures, la place était couverte de tables, et,* sur les tables, que de bouteilles, de litres, de brocs, de pintes! M. Trélat fut le président de cette fête bachique, à laquelle assistaient tous les vignerons, vigneronnes et les petits des vignerons. On but à la s^nté de saint Verni. On parlait à saint Verni; on plaignait ce pauvre saint Verni de son emprisonnement ; on lui passait le verre.
Saint Verni, calme et silencieux, restait impassible.*.M. Trélat était obligé de vider les verres auxquels le saint ne touchait pas.
— C'est votre frère, disaient mille voix. Vivent saint Verni et M. Trélat ! — lis ont été tous les deux enfermés dans les cachots sous la monarchie, s^écrîait un orateur auvergnat.
— Vive la République! qui nous rend M. Trélat et saint Verni.
— D faut boire, bon saint Verni; il aie gosier sec, il y a bel âge qu'il n'a pas bu.
Et toujours les pintes revenaient à M. Trélat, qui calculait avec terreur les quantités de vin noir que le saint lui faisait avaler par procuration. Ce ne fut que plus tard que M. Trélat eut l'idée de faire défoncer un tonneau. Pour échapper au danger qui menaçait sa raison, il fit un discours et plongea saint Verni dans le vin.
Au sortir de ce baptême, les vignerons acclamèrent leur patron. Seulement, quand il fut repeint à neuf, doré et argenté, le curé le baptisa plus catholiquement; et aujourd'hui saint Verni reçoit dans sa chapelle les hommages des vignerons.