RÉACTION
A cette époque je comptais beaucoup d'amis en littérature; quand je dis litlérature, j'entends par là le petit journalisme où les jeunes gens s'escriment et attaquent avec une grande facilité tous ceux qui portent un nom dans les arts et dans les lettres; mais la plume est une arme terrible qui tue le plus souvent ceux qui s'en servent. La plupart de tous ces jeunes gens ont disparu aujourd'ui, ne se sentant pas la force de lutter plus longtemps.
Mes succès aux Funambules, tout cbétifs qu'ils fussent, les inquiétaient déjà; on m'attaquait sourdement dans }e journal même où je travaillais, et je retrouve dans la collection un mot assez comique qui montre qu'il n y a si petite gloriole qui ne trouve son détracteur :
« La seconde pantomime de M. Champfleury, le Ponsard des Funambules, ne fait pas dans la petite presse autant de bruit que sa première. Voici l'explication de ce fait étonnant, pour qui ne connaît pas Vamitiè hoslile^ si pratiquée dans la jeune littérature. Pendant Tintervalle qui a séparé les deux premières représentations de Pierrot, valet de la Mort, et de Pierrot pendu, M. Champfleury s'est brouillé avec une portion de ses amis assez influente dans les feuilles publiques de la blague parisienne. Il a même été décidé par le redoutable cénacle qu'on ne parlerait plus de Venntw\
Cette décision, ignorée encore hier par nn des amîs de M. Champfieary,— personne qui vit fort retirée et loyi des petites intrigues de Factualité littéraire , lui a été signifiée en ces termes par un des membres de la coterie : — Eh I d*où sortez-vous, mon cher? On voit bien que vous descendez de la butte Montmartre I Champfleury n'est plus à Tordre du jour parmi nous ; — nous avons décommandé Champfleury. »
bE LA IIANIB DE PARLER DE SOI-MÊME.
Certes, les personnes modestes et humbles, qui préfèrent parler des autres et non d'elles-mêmes, doivent me plaindre en craignant la forte indigestion de je que je me suis préparée. Heureusement, comme toutes les épidémies s'adoucissent à mesure qu'elles reparaissent plus fréquentes, Tépidémie du je est tellement passée dans le sang des écrivains d'aujourd'hui, qu'ils s'en trouvent à peine incommodés. Cette maladie, qui remonte à Montaigne et qui a pri^une puissance considérable au dernier siècle, chacun de nous la porte en soi ; chacun écrit ses mémoires de son vivant, expose sa conduite en plein public, rend compte sans pudeur de ses sensations, de ses impressions, de ses affections, de ses passions.
J'ai voulu montrer la maladie dans toute sa force ; et ceux qui liraient ce livre avec un œil sérieux, ceux-là courraient grand risque de n'avoir pas compris la pensée de l'auteur, qui, au moins une fois dans sa vie, a voulu se donner le plaisir de railler pendant quatre cents pages. La raillerie! ai-je dit : qui peut démêler ce que la raillerie contient de sérieux et de sincérité? Là où l'on croira que l'auteur se moque, il ne se moque pas ; là où i\ ne se moque pas, il se
7i SOUVENIRS
moque. Le roas^^ 4'uq^ n[ioAtre e^X bi^n çon^j^iq^^» ^ rouage 4^ cojps l'es^ dayautage, le rouage # Ve^frj^ ^'^ eucofepluj.
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La caricature est de tous les arts du dessin celui qui renferme ]e plus d'idées ; les auteurs de féeries ignorent quels trésors ils puiseraient dans les cartons du cabinet des estampes. Pourmoi, j'étudiais tout à la fois les idées, le geste, le comique, ebez les vieux fioaltres, et je n'a^ jamais trouvé de matinée mieux employée qu'en cherchant et en analysant le symbole d'une œuvre grotesque en appaienee, telle que V«sl celle de Fieter Brueghel.