‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 11 sur 33 · UA SOUVENIRS · texte numérisé non relu

UA SOUVENIRS

d'une sainte affection ; et lorsque Dieu m'enleva le père de mes enfants , ce fut auprès de lui que j'allai chercher la patience et l'abnégation.

» Nous étions à la fin de 1818 ; son père et sa mère, qu'il avait assistés jusqu'à leur dernière heure, venaient de lui être ravis l'un après l'autre. Eh bien ! quoiqu'il eût épuisé auprès du lit de ses chers malades le peu de forces qui lui restât encore, quoique son pauvre x;œur fût accablé par cette dernière épreuve , il sut trouver dans son inépuisable charité, dans la plénitude de sa foi, d'angéliques paroles qui ramenant la résignation et la paix dans mon âme désolée.

» Comment, mon Dieu, aurais-je pu proférer des plaintes et me laisser aller au désespoir, quand je le voyais, lui qui avait tout perdu, lui dont les nuits, s'écoulaient sans sommeil et dans les souffrances, quand je le voyais, dis-je, montrer une douceur, une sérénité toujours plus pures, toujours plus inaltérables, à mesure même qu'il était plus éprouvé ?

» Les heures que je passai dans sa paisible retraite furent donc pour moi des heures de bienÊûts et de grâce. En l'entendant me dire, me répéter dan»

DB GIITBVI. li&

tùut« la cûttfianoe de sa £3i) que les joans ou son: GiBur tyait été hrisé étfdent ceux où noti^ Dieu lui avait témoigné plus d'anlour ^ je i^Cumllià ^ j'«m<* portai dans mon Ame eonune un trés^^ ie vicités et d'espâraiieesi.« celte parole de Jésus : a Hc^rauK ceux 4ui pleurent^ car ils seront consolés! m. m

» RevaxueàJNimesprèsdemesohersenfantSy j€ leut parlais de notre évangélique ami ; je leur lisais ses ]patemelles et instructives lettres, leui* proMet-* tant pour récompense de lent docilité et de leurs bonnes actions de les conduire tin jour en Suisse ai^irès de celui dont il m'était si doùjc de leur ra« conter la bienfaisance et les veitus^

» Ce tnmnent si désiré vint , hélas ! plus tôt q[uè nous ne Tespérions. Ayant appris pai'sa famille que notre digne pasteur souffrait plus que jamais, et qu il avait même épi«ouvé une ctise si violente qu'on la croyait mortelle, je paftis seule en toute hftte avec mon fils fttné pour revoir encore Taitti , lé guide de noa jeunesse et de tduté ma vie. Gràcè à Dieu , nos craintes ne se réalisèrent paS.^. Kôuë le trouvâmes, il est vrai^ à nôtre arrivée, languissant, abattu, ëU proie h utte fièvre ehronique; mais il avait enfin abaAdoâûé la eharge dé T^lisê de HoUé , dont les

116 SOUVENIM

fatigues avaient achevé de miner sa santé, et il Dons restait f espoir qu'un repos absolu de corps et d'esprit la rétablirait peu k peu.

» Je n'essaierai pas de vous exprimer les joies pures et saintes que nous venons de goûter sous le toit hospitalier de ce digne ministre du saint Evan« gile : ce sont là d'ineffiiUes plaisirs qui élèvent l'âme, l'agrandissent , et lui font ^itrevoir ici-bas les béatitudes du paradis. Oh ! monsieur , quelles grâces n'ai-je pas à rendre k Dieu d'avoir pu mettre sous les yeux de mon en&nt un exemple.si parfait de toutes les vertus chrétiennes ! exemple , j*ien suis certaine, qui ne peut manquer d'exercer une salutaire influence sur toutes les actions de sa vie.

, )) Quelle mine inépuisable d'instructions variées, d'observations fines et lumineuses, n'avons-nous pas rencontrée dans l'esprit si richement cultivé et dans l'imagination si poétique de cet honune de Dieu, à qui Jésus semble avoir appris à parler des choses du ciel et de la terre; de cet homme que son éloignement du monde et ses propres souffrances n'empêchent pas de suivre, de juger avec une supériorité peu commune les développements de l'intelligence humaine! Que de charme, que

d'améttité, que de dâicièux abandon dans ses conversations, où abondent tour à tour des sentiments de foi, de piété, d'amour, et de graves et profondes pensées, fruits des plus hautes méditations !

» Et pourtant avec quelle sollicitude , quelle attention constante ne soigne-t-il pas ses hôtes et ne prévoit-il pas jusqu'à leurs moindres désirs ! Comme tout est bien r^lé dans sa modeste maison, où régnent l'ordre et l'aisance même, malgré la modicité de ses revenus ! Cest que son besoin de perfection s'étend jusqu'au plus petit détail, et qu*il trouve, soit dans les privaticms qu'il s'impose à lui-même , soit dans la sage économie de son ingénieuse charité , les moyens de faire d'abondantes aumônes et de répandre autour de lui un bienêtre dont on jouit d'autant plus qu'il jM^end sa source dans le pieux amour de celui qui en est l'auteur.

» Mais c^est surtout de son tendre cœur que découlaient pour nous les plus suaves jouissances ; de son cœur tout en Dieu , et dont je ne puis mieux vous faire connaître l'inaltérable bonté e^ l'angéMque dévouement qu'en vous rapportant ces douces paroles que sa bouche prononce avec tant d'onction,

IIR^ iOUVENIBS

ot qu il no ceitê de mottre m pntà^fMf pour le Ijonheur et Tédificatioii de ses «emblaUes t Jimet, bénir,*» e'^êt h cieL

)) Jefdéiiro vivement pcmr vous, inonn0ur,ni0 dit imidfim^ C^M terminant son intéreasant récit, qye voua pui«£â« voos uieoir un jour au foyer du parteur Gônthier» rt vous tn reviêndrex oomme moi ému, persuadé quil n'y a que la foi et IV mour pour notre divin Sauveur qui puiw^nt cban^ ^ef ainsi une vie de souffrances ^d'épreuves œ une vie de coutinuelles actions de grào$s, en nne vie entièi^ment et toujours eonsaerée k la fôlicité et au salut des autres» ^

TowcW jusqu'aux larmes de ce que je venais d'entendre , j'ai prooûs à madame C*^t en la quittant pour tûe rendre dans une ville de la Franche- Coicnté où habite une personne qui m'est désormais bien chère, j'ai promis , dis-je , et je tiendrai parole» de me présenter avant peu de sa part k Vyon ch^le ministre du saint Évangile. £Ue a souri avec bonté, en me disant : « Puisse Dieu vou^ wçonUr c^tte gréç0*t.,. »

* tin voyage dans le tnidi de ta France que le paiteur Conthier eaU'eftfk un eeits épwfoe m'cmpéchâ dt mettra à exétnttiiii

un projet <yie j'avaii li fort à coeur â« réaliser avant de quitter la Suisse. Je n eus donc point alors le bonheur d'arriver jusqu'à lui. Dix ans plus tard , quelque temps après mon retour des prisons d'Autriche , je m'informai du pasteur de Nyon , et j'appris d'abord quil était à toute extrémité, puisqu'il était mort

comme il avait vécu bénissant Dieu , et plein d'espoir dans

sa miséricorde ! Le regret que j'éprouvai alors de n'avoir pas connu personnellement cet homme de bien fut senti jusqu'au fond du cœur; mais il devint plus vif encore en lisant la notice que ses neveux ont fait paraître sur sa vie et ses ouvrages. C'est dans ce livre , plein d'intérêt et de vérité , qu'on peut apprendre à connaître complètement les souffrances et les vertus de celui dont madame G*** m'avait parlé avec tant de reconnaissance et de vénération.

Page 1