CHAPITRE X
coBrriBruATiON du journal.
YoyAgt à Njron afto Bnoamttib ^^Qt^îik^pm oinMiitduMCf 4/b m TÎe racontées |iar lui-même.
10 mai.
Buonarotti^ dont la prodigieuse persévérance sait tréer de nouvelles ressources à mesure que le parti libéral éprouve de nc^veaut échecs; Buonarotti., dont la vigueur d'esprit et la résolution de cœur seitiUait» en oppositicm avec les autres hommes , croître avec les années; Buonarotti me dit^ il y a peu de jours :
^-«- JTaumis besoin, poQr le bien de notrecause, que ta m'accompagnaâses dans les environs de Nyon; le pomtas-tu ?
Je répondis affirmativement et sans hésiter^ parce quo notre excur^on ne devait durer qu'un jour, et que j'étais d'ailleurs charmé de me trouver ainsi des heures wtières seul à seul avec cet hcminie.
àasint la (Conversation abonde en faits intéressants et en observations aussi neuves que profondes quand on parvient à l'arracher à ses préoccupations po* litiques.
Avant-hier, en terminant notre leçon, il me prévint que nous nous mettrions en route le lend^:iiain, à trois heures du matin. Quel était le but de notre voyage?.... Je l'ignorais encore en montant en voi- , ture, et ce n'est qu'à quelques lieues de Genève qu'il m'apprit que nous allions à une réunion des principaux c}iefs des fédérés du département du Jura, réunion que lui, Buonarotti, avait provoquée, et. à laquelle il attachait la plus grande importance.
n faisait à peine jour quand nous partîmes seuls. dans un char de côté pour nous rendre à Nyon, et de là vers un hameau de la montagne, où notre rendez-vous était assigné. Buonarotti se montrait sombre et silencieux comme dans* une journée d'hiver; moi, je me sentais gai et causeur, conune les jeunes oiseaux qui, joyeux du printemps, du soldl et de la rosée, gazouillaient sur les arbres à notre passage : tout paraissait en deuil dans son âme attristée par de récents revers, tandis
que dans mon cœur, surabondait; d'espérance et d'amour, tout était joie, tout était fête!
J'essayai pendant quelque temps de Tarraeher à ses ténébreuses pensées , en le reportant sur quelques-unes des époques les plus saillantes de son aventureuse vie; mais aucun des aûdens souvenirs de prédilection que j'invoquai à dessein pour attirer son attention et exciter son intérêt ne fit impression sur son esprit : sa tête soucieuse resta penchée sur sa poitrine ; on Feut dit absorbé pour toujours dans une seule idée.
Désespérant alors de vaincre sa taciturnité, et gagné moi-même par sa contagieuse mélancolie, je ne vis bientôt plus ni les fleurs de la prairie, ni les oiseaux, ni le beau lac et les grands monts; mes images enchantées s'évanouirent, mes chants cessèrent, et nous i:oulâmes doucement, muets et sombres comme dans un char funèbre, pendant que les cieux et la terre étalaient sous nos yeux leurs sublimes et ravissantes beautés.
Parvenus au lieu indiqué après six heures de marche, nous nous informâmes si quelques-uns des nôtres étaient arrivés; mais nul d'entre eux n'avait paru« Vainement attendimes-nous jusqu'au milieu
cltt jourdgps h.m^im^ 4çsigpéç? perst^^e «f yiô^. -^Allons au-devairt d'eux, me ditBuoparptti, doftt la pjrtifiicç lîonïmei^ït k ^ l^mff ;.
JN^Qua sortîmes dv\ hiinie^u^ pt, cbejwpaflÇ >vff U rpute par laquelle ils devaient amyer, »oysprêtip)is rpifeilk, PQus regarçUftas.o, et , copqinij^ la wew Anpe, iipps n^ voyions riea vepir,
r^ YoiJà Jnw les J'raaçaisl,.,., séçra le vieillard avec l'accent d'une profonde tri^tçjsse^, proîftet^ taflit tput et ^'i^quiétaipit peu de maoquer à leur parole ! ... Pourquoi faut-il, b^la^j que felfg^feté, h vanité et riuqpn^tance, paralysent çh^m^M^oâ de généreu;^ peuçhaatfil.M Que de patriotes zélé» , qui in'ayaiept paru d'abord, pleiu^ d'entbousiasiiie et d# dévouepieut, uow put al^audonnéç eusuit# par i»^ aouciance, par avarice pu par ambition! «t. Coaibieo en coniptop$»uou9 qui aiwt persévéré daw ïem» opiuiow , ft qui soient restés^ fidèles k leur dra- B«iu?,.,t Que d« d^ptiom n'aiirje p«is éprpuyée^I que de manques de fpi ! que de trahipon^l.M, ]So^,$ tu ne coKipretadraSijaniaii, jeune bonune, de combien d'amertunae m>n omv^ a été ate'euvé depuis ta«nt(EKl«ii» ^m qwe- j« trftyaiUe an gra»d«VYPjd« krégén^tipn ^cialeS-tM
DEGKWÈVK. ipi
«- Vows aye» apporté, jl est vrai , lien de? tpwrlUOiits Qt des misères !•.,.
-- Et qu*estH3e qii» la misère et ki lourmentft?,.v. on les supporte sans murmure, ecmmie autant de sacrifices &its à son opinic»i; mais ce qui £iit mal, c'est la petitesse des hommes , c'est leur oi^ueâ , ce sont leurs misérables jalousies dans des entrepriges et pour mie cause où Ton ne devrait r^ieon«trdr qu'union et fraternité.
— Arrêtons-nous ici, me dit-il ensuite, après avoir vainement cherché à découvrir dans la montagne ceux que nous attendions avec tant d'impatience; asseyons-nous aux pieds de ces arbres d'où l'on plane sur une partie du canton de Vaud, Genève, Nyon, Bâle, le lac, le Valais et les Alpes.... Quand on est dégoûté de l'espèce humaine , c'est sur les beautés de la nature qu'il faut reporter les yeux pour rafraîchir son àme et croire encore à Tordre immuable et éternel.
Puis , revenant tout à coup à son idée première , il ajouta :
— Nul ne peut devenir bon dtpyen qu'en s' efforçant d'être modeste dans ses goût^ , §^re dans ses
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désirs, et au-dessus de tous les besoins factices d'une société corrompue.... Le véritable ami du peuple » ne l'oublie jamais, mon fik, doit travailler tous les jours de sa vie à vaincre les faiblesses de soa cœtir et les séductions sans cesse renaissantes de l'intérêt personnel et de l'amour-propre.... Ce n'est qu'à ce prix qu'on peut acquérir une volonté ferme et qu'on marche droit son chemin et constamment à son but sans craindre les tergiversations ou les apostasies : la tempérance, le désintéressement, l'amour de la justice , sont ou devraient être les premières bases d'une éducation politique, et c'est malheureusement ce à quoi l'on pense le moins dans la persuasion où l'on est généralement que les vertus civiques et morales g^ment et mûrissent dans le cœur de l'homme sans qu'il soit besoin de les cultiver.
Buonarotti , après ces mots , contempla dans un religieux silence toutes les grandeurs de la nature , depuis les pins élégants et sveltes qui ombrageaient
nos têtes jusqu'au Mont-Blanc, le roi des Alpes
Et moi , dont les yeux se reposaient aussi avec dé- Uces sur le magnifique tableau qui se déroulait à nos pieds, je ne pus m'empêcher, en arrêtant mes re-r gards sur N^on, tranquille demeure du pasteur
Gonthier, de comparer rabnégation et le dévouement du sectateur de la liberté , à Fabnégation et au dévouement du pieux ministre de TEvangile !
Tous deux, sous l'influence d'une conviction profonde, travaillent avec une admirable constance a ce qu'ils croient devoir faire le bonheur de l'humanité^.. Mais l'un, ne marchant à son évangéli|{ue but que par la persuasion et la tolérance, se sert de ses croyances religieuses pour assurer la félicité et le salut de tous en gagnant le cœur de chacun , tandis que l'autre, peu soucieux des individus dont il fait abstraction , se sert de ses semblables pour le triomphe de ses principes, et , ne considérant que le soi-disant bien-être des masses , tranche et brise tout ce qui s'oppose à ses patriotiques desseins...
Telle est la différence entre l'apostolat de ces hommes de foi , me dis-je , en songeant aux épreuves qu'ils avaient soutenues ; différence essentielle qui rend la mission du pacifique serviteur de Jésus- Christ aussi supérieure , aussi préférable à la mission du républicain passionné , que la loi de l'Évangile , loi d'amour et de charité , l'est à la loi ancienne... loi de justice, il est vrai , mais plus encore d'intimidation et de rigueur.