‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 22 sur 33 · M6 SOUVENIRS · texte numérisé non relu

M6 SOUVENIRS

personnages à vues égoïstes et étroites , de braves et dignes jeunes gens dont la loyauté et le dévouement me rendirent confiance dans l'avenir de la FVance.

Cest en m'entretaiant avec ces sympathiques compagnons d'âge , de cosur et d'idées, dont les plus remarquables et les plus remplis dWenir me parurent être un jeune crffcior nonuné Armand Cartel

%t le fila de notre courageux député M. de G ,

^tie je conçus l'espoir qu'il sortirait du creuset des sociétés secrètes des caractères fcnrts et énei^ques , des esprits supérieurs , habitués à traiter les ques-* tions les plus graves , et destinés y même en conservant les Bourbons, à faire triompher les institutions libérales.

Alors, je repris courage en me disant, à leur exemple , que la persévérance est le premier devoir de tout bon citoyen , et qu'il n'y a de révdutions durables çt salutaires que celles qui sont le résultat du développement progressif des idées, des habi« tudes et des convictions politiques et sociales.

De Lyon je me rendis par eau à Chàlons en côtoyant pour la troisième fois les bords charmants de la Saône, qu'on ne saurait tr(^ admirer; puis me

D6 GEIiÇVE. m

laissant séduire par les charmes du repos et du voyage, je remontai jusqu'à Dijon pour me rabattre ensuite sur la Franche-G)mté où je revis la pai^^ madame de V Hélas ! que je la trouvai triste encore! et comme j- appris bien en Técoutant parler de sa fille, que le cœur d'unes mère , dans la joie comme dans la douleur, est une source inépuisable d'actions de grâces sans cesse renaissantes, ou de regrets toujours niouveaux.

Rien ne me pressant de retourner à Genève que Lucy avait du quitter pour faire le tour du lac, je résolus d'aller visiter le bon cvné du Jui|iqui m'avait invité avec tant d^instances, lors de mon premier voyage à Lyon , d'aller passer quelques jours à son presbytère.

Mon bon ange me suggéra sans doute cette pensée, car il ne me souvient pas d'avoir passé des heures plus douces, plus sereines, plus profitables que celles qui s'écoulèrent sous le. toit hospitalier de cet homme de Dieu.

m socmmiM

ÉETxàE A mk SCteVR.

Tu. te'ecnanricii^i^ lan» dbotrif un di^aieduir^ èm Jnra ^ dcmt je* lai parlée je cn^âs^ k Focfcmon cTune eourse ea Fmacbe^Gomté ? tiiiL^UDaftpaè oilblié nsb jplmr Fimtkaûoa <]li'il m'oyait fiiifte d'aller le vow dans son village? Je me le suis m^pelëy et aprèâ BDentoirellé dscuEsion^n Bomig^f^piç etea Fmidie^ • Gomté f je SUIS piirti de JDéie ptpù ite nsniâre aui^

jM^delufv. %

Bagagerar réjouie et bàtoa à k inafai ^ je qait^ k gmfide routQ à> cpeèi^tioq Ibues de Po%iiy^ pour prendre un sentier qu'un paysan m'avait inique et qui deirait , disaît^il^ me ocmduise^ en moina d'une heure^ à unt» iqakoai ^ Fp^t M'eiMeignendt rxmk ch^mîn^ Je me semis dooG en iharche* avec uâe drdeur lurarr^He , tatltât grin^pemi de» montagnes couvertes de bruyères, tantôt desœifdaiatl rapidEN* ment dans de fraîches vallées où Ton voudrait se fixer pour toujours, tant il semble que la vie doit y être calme et douce.

L'heure s'était écoulée sans que j'aperçusse aucune

habîlftlion^ ImfsqàB en&A je ééCDUvriid ftu Pfùd d- uh joli yaHôô /bn^ oabàné $i bien accdéis dirsc |)àrotô d'Uft knttKîM» rocher i KjwiVm eût dit uû Âi4 dliiWfrdelles. En quelques minutes, je fus à la port:e dfeèettc pittoiesque cfcôtittiièfg, grise et hiièattte atec son toit dé bods et ^és cloisôhs i^ s&pin. Lèr bonheur voulut que j'y trotiVasse une bontie femrtie avec sa fiUede doaiie ofu treize âtts, qui n*étaient descendues de la montagne, ttté dîtent-^es, tjùe parce qu« rt^ns ê^ûB eu Bafiièdl , Veilîe de rôctave de la Fête-Dieu.

— Y $ t-tt loin ettc6i*e d^ici ati village? dericiandaijeà la jeun^ffllë qui était sortie du sètiîléesapôîte poUr vok le béâu ïhon^iëur , tandis que sa tûkve rdâtait à coudre Une jupe blanche , destinée èans dtote à h fête du lendéihaili.

Uenfiint me r^ardait safas rëpotidle

— Mais ne sois dbûc pas hofitfeusé, luî cria la paysanne; parlé donc à ce monsieur. — Chei ijui que vous allez dans le Vilîagé, sâùé tt^ôÇ de curiosité?* parce que Feitdroit est long, Vbyez-Vous.

— ^ JeVâïS.che4 môiiisiôtif le curé.

— Chez monsieur le curé ! répéta -t - efle .... Dis donc, LisubWh, t^êsi ittdttsieûi^é tuté I Sèyéz-vôus

aiO SOUVENIRS

donc, mcmsi^ur, seyez-vous; cette petite vous y conduira pour ne pas vous perdre... Ma fille, va donc chercher à boire, tu vois comme ce pauvre monsieur a chaud.

La mère parlait encore qu^Lisabeth revint avec une énorme jatte de lait de chèvre que je ttouvai délicieux à la grande joie de la bonne fenune.

— Vous allez donc chez monsieur le curé ?... Ah ! queu brave homme que nous avons là !

— Est-ce que vous êtes de sa paroisse? lui dis-je.

— Dame, oui! et j'en rendons bien grâces à Dieu!....Lisabeth, mets vite tes souliers.

La petite fut prête en un clin d'œil ; sa fraîche figure rayonnait d'aise Aller conduire un monsieur chez M. le curé , quel bonheur! ElUe marchait à dix pas devant mpi, l^ère et preste comme Tun de ses chevreaux, et si vite que je pouvais à peine, malgré mes longues enjambées, r^er ma marche sur la sienne. Parfois elle se retournait pour voir si je la suivais, et la malicieuse souriait de me trouver si haletant, lorsqu'elle s'apercevait à peine de la rapidité de la course. ^

Je l'appelai ; elle s'arrêta d'un air timide :

— Monsieur le curé est donc bien bon ? lui dis-je.

— Ah î monsieur, s il est bcmlt.j Et la |^tite »ii ce nom révéré, Ue rapprocha de nioi, confiante et joyeuse, coiiime un agneau k la ytm d^samèi^eé

— Y a-t-il longtemps qu'il est dans la paitHfiSçP

— Ah ! bien longtemps , monsieur.

— L'aime-t-on bien , dans le pays?

— Si on Fâifnë ! .... âh ! oui ! c'est lui ^uî nous a hâWllés ïati passe pdUr là préitiièrè feomfîîuîiiofi ; quand trion père a été malade c'(^t lui qui îa soigné; et pôUrtaîit il y a lôiii de chez nôUs au prës-

bytètfe.

•=— Et Votf e pêi^e est sans douté rfecôrinaissatit ^ '

Lisabeth më regattk d'titl 9ir aus^i ét^ntié que si je lui Msse detnandé si die kim^i le bofl I^u.

— • Vient=il benneoUp de monde k l'émisé , le di* imtndie?

^^ Ëllë a été longtenlp» trop petite ; nuns M. le curé ïà fait rebAtir^ et tout le inonde y tient à pré^ sent, ei^cepté les jours de grandes fête6. Vous ôtes biepi heureux darrivet* ce soir^ ajoiita-t^elle avec une petite mine d'orgueil enfantin ^ ear M. le curé a acheté un orgue 5 et c'est demain qu'on en joiJera pour la j^r^mière foîs.<.i« Ça sera^triJi beau ! et la pro- II. 16

cession !.... c'est ça qu'est magnifique! Dimanche

dernier, il y avait deux l'eposoirs, mais demain il y eXi ayra trois , parce que la tante de M. le curé en fera un. Ça sera-t-il beau, mon Dieu! ça sera-t-il beau!

— Et vous y serez , Lisabeth ?

— G)mment , si j'y serai ! vous n'avez donc pas vu la belle jupe que ma mère me fait? c'est nous qui sommes les premières à la procession, les filles de la sainte Vierge, toutes celles qui ont fait leur

première communion Dame! les plus sages,

voyez-vous ! et puis nous dînons chez M. le curé.

C'est ainsi que j'appris, tout en cheminant, par les r^onses naïves de cette jeune fille , candide enùiut de la boilne Vierge, quel était le pasteur chez lequel j'allais réclamer l'hospitalité ; comnie il était aimé dans sa paroisse, quel bien il avait dû y faire, et quelle piété il avait su inspirer à ses ouailles.

Le soleil disparaissait derrière les montagnes, que nous marchions encore; enfin, après une demiheure de montées et de descentes continuelles, nous arrivâmes sur une petite esplanade de laquelle on apercevait, sur la croupe d'une montagne plus haute

qu^ celle où nous étions, l'église et le presbytère, entourés de quelques chaumières: 1

— Tenez, tenez, me dit Lisabeth, voyez-vcnis relise? il n'y a plus qu'à descendre.

— Pour remonter encore une fois, petite espiègle! mais au moins ce sera la dernière.

Mes yeux tombèrent alors sur un groupe de maisons assez considérables que l'on voyait dans la vallée , rangées sur les bords du ruisseau : ~ Qu'est-ce que ces maisons^là , Lisabeth ?

— Ce sont des sciries de planches. Mais , monsieur, vous trouverez bien votre chemin à présent, n'est-ce pas?

— Quoi ! chère petite , vous ne voulez pas dire un bonsoir à M. le curé?

— Non , car il nous dit souvent comme ça qu'il ne faut pas perdre de temps ; et ma mère a besoin de moi.

^— Et M. le curé ne vous a-t-il pas enseigné aussi que chaque peine mérite sa récompense ? reprisje en lui mettant dans la main quelques pièces de monnaie

L'enfant fit une révérence en baissant les yeux quelle releva ensuite .vei-s moi avec surprise; lors-

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qu'elle eut aperçu des pièces bbncheui au lieu de gros sous c était à ne pas croire; le monsieur devait s'être troiiipé , il fallait les lui rendre«.o« Le joli tisage disait tout cela.

— Ceci^hii dis^je alors, eu prenant Tune des pièces de vingt sous, c'est pour vous , mon enfant; le reste est pour le lait que votre mère nt'a donné* Adi|u , Xîsabeth , à demain.

La; jolie petite me fit une seconde révérence accompagnée de l'innocent sourire d'un confiant bonheur, et jpartlt comme un trait*««% en deux minutes elle arvaitdisiparu.^t^r. Abl que VenÊince ^ une fraîche fleur !

. Quelques minutes me suffirent pour atteindre le presbytère ; j'y frappai quoique la pçŒte fût pntr'ouverte ; ifilpfic bonne dame y de cinquante k scdxante ans, vint l'ouvrir tout à lait.

— M. le curé est-il chez lui ?

— Entrez, monsieur^ entres;; U est Ui , j^t.à se mettre à table.

La pensée mi'en vint un peu tard, mais je t'avoue qu'il me prit tout k coup, au moment de franchir le seuil ^ une telle appréhension de.comnn^re une indiscrétion en venant ainsi déranger on. pauvre

DE GENÈVE. Hi

prêtre <{ue J'avais à {>éiM vu , que je fus sur fe point de retourner sur mes pas et d'aller chercher gtte dans quelque ehaumière des envircms : présentona^ nous toujours, peusai^-je ensuite ; si l'aecueii est bon ^ je resterai; sinon ^ je partirai ee lioir même.

Pendant que j'hésitais ainsi , le bon curé voyant que Vétranger n'entrait pas, s'était levé- pour le recevoir, et venait'sur sa porte la serviette à la main : alors je m'avançai , et lui dis en le saluant :

— * Monsieur ne reconnaît peut-^re pas son conk" pagnon d'il j a quatre mois , dans la diligence de Lyon?

•-««^ Si, vraiment, mon eher monsieur, se faàta-4-il de répondre en me tendant la main.... s<y^e2 le bienvenu <hns nos montagnes! voilk ce qui s'appelle tenir sa parole ! mais entres donc, de grâce.... Ma tante, c'est le jeune monsieur qui m'allàit si Inen au coeur, et dont je vous ai tant parlé au retour de mon dentier voyage.

Deux paysans assis h la table du pasteur se levèrent à mon approche : ~* Restez, restez, mes amis, leur dit-il.

— N<m , monsieur le curé, j'allons vous laisser à vos afbires.

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