‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 25 sur 33 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

35* SQUVEIIIRS

Et de modeste» linea^ des pas vifs et légers se faisaient entioidre*

— Prudence! m'écriai-je en m^éîancant hors de mon Ht; Prudence, vous aurez les images dads cinq minutes.

En moins de temps que je n'en mettais naguère à lx)ucler mes cheveux, j'avais fait ma toilette, j'avais ouvert ma fenêtre et jeté des regards surpris, enchantés, sur le ravissant speqtacle qui se déroulait à mes yeux.

Au loin» k VhonzffUL , une chaîne de montagnes écbdontiée& co^iinie lea gradins d'un amplptithéàti'e : les unes owvertes d'une t&adte verduve sur laquelle glissaient les rayons encore obliques du soleil levant; le» autres nues et jaunâtres, seméesde queues pins et d'énormes rochers dont les parois roœilleijises épatpiUaiailla lomière ou la ccttic^itraient ccmime daM un foyer ardent.

Plus près, au premier plan, la vaUée que j'avais traversée la vmlle cornée de son ruisseau, de ses beaux arbres qui croissaient abrités du vent, de ses maisons qui, vues d'en haut et à distance, semblaient être de ces maisonnettes de bois qu'on

doniie aux en&nts^ et dont ils fornicut à leur gré^ dans leurs jeux, des rufe^ et des TiUagea.

Sous mes yexaj une troupe de jeunes filles vêtues de blanc couraient dans le jardin, cueillaient à jdeines mains les fleurs que j'avais retirées le soir» en remplissaient des corbeilles, en faisaioot des guirlandes, des couronnes, tout ea mâant à cette moisson parfumée kurs voix enfantines > auasi fraîches que fes roses qu elles ^effemUaient.... Il fallut les accents tant amt peu nasillards de Prudence et les coups qu'elle frappait à ma poite pour m'arra-. cher de la fenêtre.

— Les cinq minutes en valent Uien dix, me dit-dle... Bonjour, monsieur ; nous venons dépouil^ 1er votre chambre, mais c'est pour le bon Dieu.

Je décrochai moi-même les gravures.

— Et monsieur le curé est-il levé? comment va-t-il?

— Levé!... il y a beau temps, vraiment; il est à Féglise depuis quatre heures du matin, le cher homme !

— Voulez-vous, Prudence, que je vous aide à portgjr ces tableaux ?

— Dites-moi plutôt, monsieur, si vous avez faim, et ce que vous voulez a déjeûner?

— Mais j'ai à peine les yeux ouverts...

— Eh bien! eh bien! ce sera quand vous voudrez : mam'zelle est en bas; je vais porter cela aux reposoîrs.

Si tu as jamais rêvé , ma sœur, que de grandes ailes te soutenaient dans les airs, où tu te balançais légère comme les oiseaux du ciel et joyeuse comme eux, rappelle-toi alors, l'inexprimable sensation de bien-être , de fraîcheur et de vie qu'on éprouve en se laissant ainsi flotter mollement au gré des vents; et tu auras une idée de la joie sans mélange dont mon àme était inondée en me sentant si pur de pensées, si plein de jeunesse etderiantsprésages!... Pourquoi faut-il, hélas ! que ces moments d'innocente ivresse, où Texistence est si douce à porter, où tout votre être vit , palpite et respire comme une création nouvelle , passent et s'altèrent aussi vite que des échappées de soleil dans une brumeuse journée d'automne?

Aussi gai, aussi léger que ces blanches enfants dont les voix argentines montaient jusqu'à moi et me faisaient chanter, je descendis de ma cellule.

saluant, en passant , la bonne tante , qui eut à peine le temps de me souhaiter le bonjour, tant ses idées se heurtaient dans sa tête pour la solennité de la fête, les arrangements du reposoir et l'apprêt du dîner. Delà j'allai près des jeunes filles, oùje retrouvai ma jolie conductrice de la veille, parée de sa jupe blanche et de son voile plus éblouissant encore,

— Bonjour, Lisabeth....

Les yeux baissés, et me saluant, elle répondit:

— Bonjour, monsieur.

— Tiens!... chuchotèrent ses compagnes, Lisabeth connaît le monsieur !

Cependant la cloche ne cessait de tinter pour appeler les fidèles qu'on voyait arriver de loin dans toutes les directions , par tous les sentiers , peuplant ainsi la solitude des montagnes , qui retentissaient des accents des voix humaines mêlées aux sons plaintifs et prolongés de la cloche. Nul et surtout les femmes, ne venait les mains vides : des fleurs, de verts rameaux, de blanches pièces de toile, montraient leur empressement pour embellir la fête. Quelques-unes entonnaient le chant des montagnards, que d'autres compagnes continuaient, se

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