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heuYoyant ainsi d'une coHîne k Tâutre les dil^t^nts couplets.
Comnie les autres, je voulus ttavaîUer aux repô^ àôirs : j'aurais, dans l'ardeur de mon'tèle^ aidé jusqu'à Prudence, qui se hâtait pour que mon déjeuner fût prêt, mais plus encore pour que son diner ne l'empêchât pas d'assister à l'office. Sous la direction suprême de la bonne demoiselle, tout marcha, tout fut paré pour recevoir dignement le saint-sacrement sous le superbe reposoir que l'on * vait adosse contre la porte charretière du presbytère.
Des tintements plus précipités nous appelèrent à l'église, que la foule remplissait et dont les poites restèrent ouvertes , pour que ceux qui ne pouvaient y trouver place ehttodissent la messe du lieu où ik étaient restCs. Une telle affluence dans Vune dé nos églises des envirohs de Paris n'aurait pas eu iiëu saîis quelque bruit, quelque désordi-e; mais id elle ne faisait que redoubler la dévotion et le recueillement des fidèles. En passant au milieu d'eux poui* me rendre dans lechœur, où le curé m'avait fait réseN ver une place, nul ne leva les yeux, nul n'interlt)mpit sa prière pOur me montrer k son voisin : Oti eut dit qu il n'y avait qu'une ftme pieuse et priante dans
BE 6BNGTE. Ut
cette nombreuse âsaeniUée^ dont Tair de fèteshar» méniait à metreiUe avec kes fleurs et les luitiières qui ornaient TégUsc.
Des chantres^avec de tich^ chapes^ des enfiintsdd diœur aVee leurs soutanes roiigés et leurs surplis d*uti Idanc de neige^ un maitre^utel paré de grands flam* beaux d'argent entremêlés de superbes yasesde fleursy des taUeàux ^ une assomption de la Vierge ^ patrone de la paroisse, des bannières^ des croix^ des encen<^ soirs d'argent, justifiaient complètement les paroles . de la vieille Prudence : que M. le curé se dépouillaii pour son église* L'orgue établi nouvellement dani^ une galerie pratiquée au-dessus de la porte princi^ pale, acbcvait de décorer cette simple église de vit* làge, mieux tenue que la plupart de celles de nos
villes.
La procession allait sortir, lorsque Forgue pour la première Sois fit ret^itir la maisoil du Seigneur de ses sons pleins et majestueux. Tous levèrent involontairement la tête en regardant avec des yeux de surprise et d'admiration ce que beaucoup d'entre eux ne connaissaient que de nom. Jamais Torchestre du Conservatoire ne produisit sur son auditoire un effet semblable à celui qu éprouvèrent cies braves
gens.... Ils en oubliaient jusqu'à la procession que le bedeau tentait vainement de mettre en marche^ Enfin, les jeunes filles 4e la Viei^e ralliées autour de leur bannière que l'une d'elles portait , tandis que les autres en tenaient les rubans, ouvrirent le cortège. Les garçons de Saint-Nicojas vinrent ensuite, suivis des chantres dont les derniers précédaient de quelques pas le dais devant lequel marchaient de jeunes enfants couronnés de roses , portant des encensoirs et des corbeilles de fleurs.
; Saint Jean , le disciple chéri du Seigneur, ne devait pas avoir une figure plus douce , plus rayonnante de piété et d'amour quand il contemplait son divin maître , que celle du curé portant le Saint-Sacrement sur lequel il attachait parfois des regards de béatitude... Les notables de la paroisse portaient le dais, d'autres en tenaient les cordons, et derrière eux se rangea , des cierges en main , toute la foulç jûeuse , au milieu de laquelle je marchais moiinême dévotement.
Les cantiques des jeunes filles qui succédaient par intervalles aux psaumes plus graves des chantres, la clochette aux sons clairs , les accords longs et sonores de l'orgue qui , en se prolongeant hors de
l'église, se mêlaient aux tintements de la cloche^ et se perdaient au loin dans les montagnes , formaient à mon oreille un concert si touchant d'hommages et d'adorations, qu ils réveillèrent dans mon âme émue des souvenirs d'en&nce depuis longtemps assoupis... Aussi lorsque nous fumes arrivés au premier reposoir, lorsqu'aux sons répétés de la cloche, la voix douce et pénétrante du digne curé prononça, au moment de la bénédiction, YÀdjU'torium nostrum in nomine Domim...y je tombai comme alors sur mes genoux , et des larmes coulèrent de mes yeux... Au mouvement intérieur de mon âme , à son émotion , à ses élans religieux , je sentis , comme autrefois, qu'il devait y avoir là une émanation de Dieu même, un rayon de sa gloire, une preuve de sa présence !
Le pieux cortège rq)rit sa marche dans l'ordre le plus parfait, se dirigeant vers la vallée par le chemin que j'avais pris la veille. La seconde station était au moulin où l'on avait, disait Prudence , élevé un superbe reposoir , mais pourtant pas si beau que le nôtre , ajoutait-elle !
Vois-tu d'ici, ma sœur, cette longue file de jeunes vierges, d'enfants de chœur, de chantres, des-
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cendânt lentem^it la HKintagne j soûs un ciel pxxvp fSif un soleil .resplendissant qui semblait se réjouir^ dansFéclat de ëa lumière, des hommages que œs oœurs simples r^idaient à leur créateur l...» Les entends4u chanter ees hymnes si pieinesde magnifique poésie : Lauda Sion , Pànge Ungaa..é tendis qu« du fond de la vallée , où Ton apercevait prèsr du moulin un groupe nominaux de ftlMes ^ montaient des sons, des voix^ des paroles, qui semaient comme des élans d'adoration aux chants de la pn>cessionl
Jamais mes yeux n'avaient été réjouis d'un ta«* Ueau qui pariât, en même temps^ d'une manière aussi imposante, aussi nouvelle, au cœur et aux sens« Cette ceinture de montagnes qui, bornant l'ho* rizon, n'offrait aux regards de l'homme rien qui put le distraire » rien qui détournât ses yeux de la voûte céleste ; ces énormes rochers qui , suspendus âa sommet des monts, semblaient être autant d'autels impérissables élevés par la nature pour célébrer son créateur, cette cascade qui, de plus en plus bruyante à mesure que nous nous rapprochions de la vallée, mariait aux chants dea hommes les sons cadencés de ses otides, comme si dans ce beau jour
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tout ce qui avait une voix devdit Félever |Knir adorer le Séigneiir../tout cet eû&anb]e enfiti d'une nature pittoresque et forte ^ d'une population prospère et pieuse ^ d'iin ciel de lumière et d'une terre de jme, me causait une telle extase , que la priè^v s'élevait de mon âme ^ comme à mes jours d'innocence &t de pureté!.... Oh! ma sœuri ma sœur! de tds élans rdigieux ne saàrai^t venir d'un cœur qui n'aime pas la vertu*
B^à nous étioné arrivés au reposoir du moulin qu'entouraient des vieillards^ des femmes avec leurs petits enfants ^ tous ceux enfin qui n'avaient pu monter jusqu'à l'église et attendaient là l'exposition du saint-sacrement pour l'adorer. Tout ce que les habitants de Id vallée avaient pu ta^emblcr de plus beau^ avait été prodigué pour orner le reposoir élevé sous des arbres touffus qui formaient comme ^un baldaquin de verdure au-dessus de l'autel. Les chants cessèrent; les assistants^ rangés en cercle^ plièrent les genoux^ et le prêtre récitant Yoremus avec onction au milieu d'un silence religieux qu'in* terrompait seulement le Induit de la cascade, prononça de nouveau les paroles sublitnés...» Dans ce moment; des femmes portant dés enfants tout pe*
tits, s'approchèrent du curé pour qu'il posât le saint-sacrement sur leurs têtes innocentes...* pieux usage ! touchante foi de ces pauvres mèi^es qui mettent sous la protection d'un Dieu bon leurs chers nouveau-nés, espérant qu'ainsi sanctifiés par ce divin contact ils croîtront et vivront pleins de santé, de vertus et de prospérité.
L'exposition du saint>^sacremént touchait à peine à sa fin, que déjà les filles de la Vierge remontaient vars l'église par un chemin plus court et plus rapide que celui par lequel nous venions de descendre : c'était une pittoresque ascension , une vivante image de cette échelle de Jacob où les anges du ciel montaient et descendaient, les ims touchant encore de l'aile le front du patriarche, tandis que les derniers se perdaient dans les nues. Notre marche était lente : souvent les cantiques se taisaient et l'on faisait halte pour reprendre en- «suite, avec une ferveur nouvelle , les hymnes et les chants. Enfin , nous arrivâmes à la station dernière, au fameux reposoir , cette œuvre de tant de soins ^ de tant de fatigues, de tant d'innocente ambition.... Mademoiselle Béatrix et Prudence, au milieu des anciens pour qui la descente eût été trop difficile ,
nous reçurent dans le plus grand i^ecueillement ; mais qu il était facile de lire dans les yeux, sur la physionomie des deux bonnes vieilles filles , cette satisfaction, cette joie naïve d'un orgu^ plus naïf encore, qui semble vous dire : N'est-ce pas que c'est plus beau que tout ce que vous avez vu ?
C'était à bon droit, il fiiut le dire, quelles jouissaient de leur triomphe , car les tapis étendus devant le reposoir étaient jonchés de fleurs ; et l'autd, couvert d'une belle nappe de dentelle, se mcHitrait tout surchai^ de riches flambeaux et de vases r^nplis des roses les plus belles. L'on avait aussi entouré de guirlandes, enrichi de tableaux, oe sanctuaire d'un moment, pour l'ornement duquel la bonne fille travaillait si longtemps et pour lequel, en ce grand jour seulement, elle sortait de ses armoires tout son linge le plus fin, tous ses bijoux, tous ses trésors.
n semblait que chacun reconnaissait la prééminence de la dernière station , car on y jeta plus de fleurs, on brûla plus d'encens, et il y avait encore, s'il est possible, plus de piété , plus de recueillement, plus de solennité qu'aux deux premières. La voix même du curé me parut plus sonote, sa figure plus
iTO SÔUYBNiaS
radieuse en i»t>iioiiçant le^ paroles sacfées^ en éler vaut dan$ ses ohnstes loainsle soleil d'afg^it, sur lequel Fastre brillant dont il est l'emfalèaie dar^ diiit alors tous êen rayons, c<mima pour eélâver, par des flots de lumière, le mystère de la présence d'un Dieu mort sur la oroix.
La grosse cloche sonnait k toutes vdkéés, Toi^ue élevait de nouveau ses sons larges et soutenus, quand ncHis rentrâmes à Téglise. L'himmiage qu on venait de rendre à Dieu sous la voûte du ciel, avait élevé les âmes et r^npli les ccBurs d all^çrease en même temps qu'il les disposait à assister jius Aèvc^Umeùt k la messe : c étaient des enfants qui rentraient dans la maison de leur père hîen*aimé, pour le raneecier plus tendrenfient que jamais des bia:iiàits qu'il avait répandus sur eux.
Je ne saurais exprimer avec qudle simplicité digne et quelle onction le digne curé célébrait la messe : la oonviction^ la fcn qui se manifestaient dans le meindre geste, dans la plus légère inflexion de sa voix, vous pénétrai^ik^t si doucenshait le oqbiju?, qu'on se sentait ému, même avant de l'avdir entendu annoncer la parole de Dieu.
Telle était k disposition de moa àme et sa»s
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doute orile de tout son auditoire quand il monta en chaire pour faire le prône. Lorsqu'il eut prié pour les trépassëft, il lut TÉvangile du père de hmille f qui) ajant préparé un grand festin ^ auquel tous les conviés s'excusèrent de venir sous le prétexte de leurs afibires^ envoya son serviteur dan» les places et les carrefours pour amener indistinctement il sa tabkf les boiteux, les aveugles et tous ceux qu il rencontrerait.
» Mes frères, dit le curé après avoir promené sur ses paroissiens des regards paternels où se lisait la jme la plus pure qu'un âtre humain puisse éprouver ici'^bas.*.. mes chers frères , rq»rit41 avec attendrisamnenty que le saint nom de Dieu soit à jamais . béni! lui qui, dans sa miséricorde in&iie, a daigné exaucer les vœux ardents de son serviteur en ramenant par sa voix dans sa maison, ea reconduisant à aa table sainte tant de conviés qui, si longtemps, hélas! étaient restés sourds à ses paternelles invita* tions!..4. De quelle jme pure mon àme ne se sentelle pas inondée, ô mes chers frère»*, quand je contemple tous mes aifants assemblés pour ador^ le Tout--Puissant, et que je compare ce temple, si rempli aujourd'hui qu'il ne peut répcNodre k l'em*
pressenient d^ fidèles^ a Véglise déserte au miUeu de laquelle je me trouvais seul, délaissé, quand Dieu me fit la grâce de m'envoyer vers vous!
Ce Dieu clément , dont vous aviez méconnu la voix, ce Père tendre et miséricordieux, dont vous dédaigniez alors la sainte demeure et les célestes festins, ne vous avait pourtant point abandonnés, mes cliers enfants , comme le père de famille, dont parle TÉvangile, abandonna ses premiers conviés !.•. ]Non, il eut pitié de vous, ce divin maître, et, dans sa grâce infinie , il donna à son humble serviteur la patience et la persuasion pour vaincre votre aveuglement!... la patience, mes très-chers frères, pour aller, comme le bon pasteur, rechercher, une à une, les brebis ^rées ; la persuasion , pour toucher vos coeurs et vous convaincre que ce n'est qu'en servant Dieu qu'on obtient ici-bas le bonheur pur et sans mélange , qui n est qu'un avant-goût de la béatitude céleste.
Souvenez -vous, mes enfants, de ce que vous étiez il y arsi peu d'années encore, des maux qui vous affligeaient y de la misère dans laquelle vous gémissiez f des dangers qui vous menaçaient sans cesse; et dites, en voyant votre tranquillité, votre
aisance, votre sécurité présentes , si les enfants que Dieu rappdle dans sa maison ne sont pas les élus de sa miséricorde et les heureux convies de son ineffable bonté!... Ah! rendons-lui de profondes actions de grâces à ce divin Sauveur ! Que nos cœui% et nos voix s'unissent pour chapter ses louanges et célébrer ses Wenfaits!... Demandons-lui surtout de l'aimer jusqu'à notre dernière heure , et de nous soumettre toujours à sa volonté sainte ! »
L'émotion, l'attendrissement du prédicateur s'étaient communiqués à l'assemblée des fidèles..... Nous pleurions tous!... les bons paroissiens, par le sentiment de reconnaissance qui remplissait leur cœur, et moi par l'impression profonde que tant d'onction jointe à tant d'humilité avait faite
sur mon âme ! Alors je me souvins de mon lieu
de prédilection , de notre pauvre village de Coye , privé de pasteur depuis si longtemps, et je lui souhaitai un prêtre comme celui dont je venais d'entendre la vivifiante parole I
La procession et la tnesse avaient duré trois heures, mais aucun des assistants ne s'en était aperçu.
Rentrés au presbytère, nous y trouvâaies la taMc déjà mise sous le berceau du jardin : vingt cou- H. 18
au SOUVENIRS-
verts U.. te n'était pag petite besogne, comme disait Prudence) qui se hâtait de i^Fvir le dtner.pour le mBm&Ekt eu M. le euré reviendrait de T^lise.
Mademoiadle Béatrix se comjJaisait^ se mirait dam la UancHeur de son linge y objet, de tous sei scôns y s'épanouissait aux compliments que je lui adressais sur Todëur de roses qu'il exhalait , lorsque M« le curé arriva escorté des jeunes filles et des jeu* nés garçons qui avaient le bonheur de dîner au presbytère ; il vint h moi et me tendit aôbctueusenient la main en disant :
— r- y air do nos moqtagnes vous est^il salutaire ^ mon cher monsieup ?
■^r^ AutMt que le serait pour moi l'air natal , lui r^ndi^je en serrant avec amitié la main qu'il me présentait,. tM Mais vous dévea être bien Ëitigué, monsieur le curé?
-T- Non 9 pas trop : quand le cœur est contention ne pef]|se guère k la fatigue...,. Dieu m'a donné en ce jour tant de consolations I
— Eitles plus douces , les plus pures , lui dis-je, qu'il sifi^t donné k un homme d'éprouver sur cette teivcK-- J^gnaisi dans aucun lieu, dans aucune égUpe» je n'ai vu autant de reeueillemept ; jamais je
n'ai senti mon àme aussi émue , aussi édifiée qu'au mlUet; de vos pardlssiens, dont la joie et Tair de bon* heur ranimemient le cœur le |^8 flétri et con^ vjiincraientle plus sceptic[ue.
Le bonoujEé me sourit doucement......
-^^ Allons, enfimts, à taUe, dit«il miii jeunes gêna; vos appétits de quinxe ans doivent être ouverts à cette heure. Merci , ma tante, de toute la peine que vous aves prise pour le r^osoir, qui était vraiment très-beau.
Avant de se mettre à table , les entants dirent le Benedicite; puis chacun prit sa place. Le rqpas, abondant et bien sei^i, grâce aux soins de Prudence et de-plusieurs des fisnmies les plus recommanda- Mes de la paroisse, fut plein d'abandon et de gaieté.
«--Choisies par leurs compagnes elles-mêmes, (^Gonme les plus sages et les plus vertueuses, ces jeunes filles, me dit le bienfaisant curé, se rappelleront tpute leur vie la récompense qu elles reçoivent aujourd'hui , et la justifieront à l'avenir par leur conduite : il ne &ut souvent dans toute une existence qu'une approbation méritée , qu^ une distinction donnée et reçue dans une occasion solenndie^ pour que la route pavcourue par ceux qui en ont été
l'objet soit à jamais exempte de traverses et d'erreurs! C'est comme une marque ijt^e Dieu imprime h Bes enfants , et qu'ils ne méconnaissent plus dans aucun momenf de leur vie. ^
La joie brillait sur les physionomies franches et ouvefles 'des jeunes lîonvives , et lorsque leur pasteur leur dit : -^N'est-ce pas, jnes chers enfants, que vous vous souviendrez «de cette journée ? n'est - ce pas que TOUS mériterez qu'on dise de vous, dans vos vieux jours, que votre vie et votre fin ont été dignes du commencement?.... ils levèrent sur lui des regards si beaux de candeur et de reconnaissance, que nulle parole, nul serment n'auraient valu le <c Oui, monsieur le curé, » qu ils prononcèrent tous avec la plus touchante expression.
— Dans quelques années, ce sera aussi leur tour d'aller en pèlerinage, dit la bonne Prudence, en. déposant sur la table un énorme gâteau... C'est à vêpres, tout à l'heure, que M. le curé va nommer les nouveaux mariés qui doivent l'accompagner.
J'allais demander au digne pasteur Texplication ^ de ces paroles, lorsqu'il me prévint en me contant qu'il désignait chaque année ceux des jeunes ménages qui avaient été les plus laborieux^ les plus éco-.
nomes 9 }es plus religieux ^ pour aller ay^ lui en pèlerinage à la Vierge de... — C'est une faveur que tous recherchent, ajouta-t-il, et que presque tous, Dieu merci, méritent désormais.
Quand on éiit bien dîné, bien causé, on se leva, on fit silence pour écouter les grâces, et Ton quitta la table pour se prcMiiener dans le jardin jusqu au moment des vêpres, que la doche sonna bientôt.
Même afiluence à T^lise que le matin, même recueillement. Mais cependant, lorsque le curé monta en chaire, on vit sur toutes les figures une expression d'attente et de curiosité : Ma fille en serat-elle?... pensait une mère. Mon garçon aura-t-il ce bonheur?.... se disait un vieillard. Serons-nous désignées?... se demandaient les jeunes fenunes.
Les noms privil^iés furent enfin prononcés , et la joie éclaira tous les regards qui s'élevaient avec une filiale soumission vers le juste et impartial dispensateur de cette faveur innocente et si enviée!... Puis on chanta le salut avec une nouvelle ferveur.
De retour au presbytère, j'y attendais M. le curé pour aller avec lui faire une promenade dans les montagnes; mais Prudence m'avertit qu'il resterait
encore quelque temps à Féglisé pour y ehanler les v^res de la Vierge.
-^Les vêpres de la Vierge ! «.. lui dii^je avec étonnement.
— Eh! oui, sans doute, M. le curé ne veut pas que les petits enfants viennent aux grandes vépi^s, parce qu ils font trop' de bruit; mais il dit pour eux , et pour les mères qui sont obligées de les garder, les vêpres de la sainte Vierge. Il aime tous les enfants, ce digne homme!... et ces chers petits Taiment bien aussi !
•—Eh! qui ne Taimeraît pas,* ma bonne Prudence ?...
— C'est vrai, c'est bien vrai... ajouta la pauvre vieille. Mais c'est que c'est un saint honune, voyezvous? un ange que notre curé!
— Adieu, Prudence, j'irai donc me promener seul : dans une demi-heure je serai de retour.
— Allez, allet, monsieur; prenez seulement garde de vous perdre.
Je pris alors le premier sentier qui se présenta. Le jour hissait ; l'air doux et balsamique aveit pourtant cette tivififtute ftaîchettr qu'on tie respire que dans les moiitagnes, et qui semble donnera cdui qui les
DSOENBTE. * ÎTf
paitîoiirl une vigueur^ une élaàlieité ncmtdte* Je m'en allais peiisant à Tédififanle journée ^fïe je veilais de passer, et à Thoaime de Dieu^ j^revldeneè Yilrante de ces bons nicmtagnards qui tous bénissaient son nom et ses bienfiiits! A Tun il atait donné les premiers écuâ pour s'adheter dm chëtàitt ou une Tache ) à Fautre il avait avancé des fonds pour former un petit commerce : celui-ci lui devait la yie de son premier-né sauté par s^ soins ; eelui^ là, l'heureux mariage de sa fille*.. Tous ceux que je rencontrais, que j'interrogeais, étaient éloquents pour faire son éloge ^ parce qu'ils parlaient du cœur, et que la reconnaissance ^ quand elle est' Vraie, trouve toujours pour s'épancher les mots les plus justes et les plus expressifs.
Tout en les écoutant, je vins à comparer la carrière de cet homme de bien avec la mienne... Alors mon inutilité en ce monde retomba de nouveau sur mon cœur avec regret et amertume !.... Je me demandai ce que c'était qu'une vie manquée, tme vie qui, malgré les dispositions les meilleures ^ les facultés Icsr plus heureuses, ne laisse après elle aucune trace d'u* tihté.^.fit je répondis avec doideur^ avec effroi, que t'était celle, si je mourais maintenant, qui cothme
la mienne se serait écoulée à toujours voir ce qu'il, y a de bien k faire, et & toujours agir en opposition aveô les lumières de la raison et tes inspirations du coeur!... Triste confession qui m'aurait accablé si le repentir même dont elle était accompagnée ne m'eût rendu quelque espoir, en m'oflvant l'avenir comme réparation du passé... Oui , ma sœur, je veux être bon, je veux être sage dans toutes mes actions, parce que dans la bonté , dans la ^essé, se trouvent le bonheur et k tranquillité.
L'exemple de ce saint homme, dont chaque jour n'est qu'une auite de bonnes et pieuses actions, rer viendra souvent à ma mémoire pour m'avertir qu'il n'est position si modeste, ni sphère d'action si resserrée, qui ne s'agrandisse aux yeux de Dieu et des âmes d'élite par la charité , le dévouement et l'amour vrai de ses semblables.
Quand je rentrai , la pauvre Prudence , qui tombait de fatigue et de sommeil , m'accueillit par un — Ah! c'est là ce que vous appelez une demiheure — qui me prouva que mes rêveries m'avaient conduit plus loin que je ne le pensais. M. le curé était couclié, mademoiselle aussi; la pauvre Prudence avait veillé pour nVattendre : j'en demandai pardon à
la digne servante, qîû me donna, en marmottant, le bonsoir de la réconciliation. J'enti'ai dans ma chamlH*e, où je m'endormis bientôt, en pensant encore au bien incalculable que peut faire un seul homme éclairé quand il est animé de Tardent et pieux amour de son procihain, et en enviant la destinée de celui dont la journée avait été si belle, dont le sommeil devait être si calme !
DèsTaube du jour, le bon curé vint frapper a ma porte. — Dans une heure, ajirès avoir dit ma messe , je viendrai vous prendre, me dit-il, pour aller faire un tour dans nos montagnes.
J'acceptai avec empressement ; conduit par lui , je jouissais de toute la beauté du pays , de la variété de ses sites , du pittoresque de ses paysages ; mais , ce qui valait mieux encore pour moi que les beauté de la nature , c'est la conversation simple , édifiante et instructive de mon guide : en l'écoutant, j'appris ce que peut une volonté qui s'appuie sur la foi , un cœur qui met sa force et son espoir dans sa confiance en Dieu!
Plus d'une fois, en le voyant reçu par ses paroissiens chez lesquels nous nous arrêtions, avec ce respect et ce bonheur que des enfants éprouvent en
recevaQt un père bien-ftimé^ je me surprenais à désirer de passer près de lui qudlques mois^ quelques annéeSé.... Si je restais ici 5 me <lisais-je^ si j'apprenais de ce fidèle ministre de rÉvaùgile à être bon, vertueux, religieux L..* si je Fimitais, si je deveiiais prêtre!..*..
Où peut nous conduire Timagination ^ quand le cœur est touché ! Il souriait en m*éedutant lui dire que je demeurerais volontiers dans sa pàroi^séi....
— Et nos sept mois dhivet , ^ noâ neiges et notre solitude, comment ks supporteriéz^- vous ? Votre place est dans le monde, où ïoa peut faire autant de .bien, en y 'donnant de bons exemples^ que dans la retraite et au village ; chacun sa vocation...^, le Seigneur nous le dit : il y a eu des saints dans tous les états ^ dans tous les rangs de la société. X^ que Dieu demande dé nous^ c est de r^Bplir les devoirs de notre position selon nos facultés et nos forces.
lie peu de bien que j'ai &it ici, vingt autres auraient pu le faire comme moi; une fois que j'eus piacé la charrue dans le champ que la Providence confiait à mes soins, je n'ai plus ref^rdé en arrière*... voilà tout* ftCe que tu fais, fais^lebien» dit I'EiG'
De GENÈVE. »I3
désiaite, et tu eti schi* récbhtpetisé «m (jette tié et ditlâ l'autre..».»» Ûèêite que je prêche chàîjuë jOW à mes cherë paroissiens, qui jouissent eh paix aujouiV tf hui des fruite d'uu tt&vail assidu et des sages sjpéculations qu'ils ont entreprises.
Notre tbuf hée Ait longue ^ maift je ni'ititéressais tëllëmeut à tbut ce que j'entendais , à tout ce que je voyais , qu'il me semblait qu'il y avait à peine une heure que ûous étions eh t*6Ute , quoique le soleil fût bien haut sur l'horlion. Nous fûmes grondés par la bonnie tante et Prudence , pt*ès desquelles je restai pendant la chaleur dû joutj tandis que M. le curé vac^uait à ses devoirs religieux.
Le lendemain i le cœur plein de recojunaissatice 0t de regrets , je pris Cdngé de mes chet« hôtes ^ que je remerciai vitigt fois avec effusion du toiichant accueil qu'ils avaient bien voulu faire II un éttanget.*..
— Qui ne l'est plus pour ilousj se hâta de dire avec bonté mademoiselle Béatri:3t..i.
— Et qui nous reviendra , n'^lH^e pas? dit à s0n tour la vieille Prudence
L'excellent curé, ayant un malade qui" réclamait ses soins , ne put m'accompagner jusqu'à la grande it)ute ; mais , avant de nous séparer, je le priai de me
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conduire à Téglise pour y déposer mon offrande dans le tronc des pauvres : là, je jpci'agenouillai comoie lui , et mon cœur s'éleva vers Dieu pour le remercier du bbnheur que j^avais prouvé dans 4a société de son digne mimstre.
— Puisse le Seigneur , dans sa grâce infinie , me dit-il en me quittant , répandre sur vous toutes ses bénédictions en vous accordant sa foi!... Cest le vœu le plus sincère de votre ami du Jura.
Nous nous embrassâmes , et je m'éloignai Vâme aussi triste que si j'eusse quitté mon pèreî
En passant devant la chaumière de la mère de Lisabeth, j'appelai vainement personne ne répondit à ma voix ; sans doute elles étaient retournées garder leur$ chèvres sur la montagne. Enfin , après une Êitigante journée, j'arrivai le même soir à Genève , où j'éprouvai de nouveau que l'isplement est toujours pénible à supporter chaque fois qu'on en est sorti , et qu'on a rencontré d'autres âmes qui sympathisaient avec la vôtre.