CHAPITRE XlII
FRAGMENTS DU JOURNAL. — LETTRE A MA SOEt'R.
Découragement politique. — Départ de Lucy. — Sacrifice imposé par rhonneur. — Giacomo se rend en Grèce. — Lutzi Texilé.
8 ju91ci.
En rendant compte a Buonarotti de tout ce qui s'est passé à Lyon, je hii ai dit que j'étais découragé, mécontent, et que je renonçais désormais à prendre part à aucune des menées politiques qui n'ont d'autre but, en dernière analyse , que la satisfaction des intérêts personnels et non le bien du pays.
— Tu te décourages trop vite.... m'a-t-il répondu ; les hommes sont de mauvais instruments dont il faut se servir pour arriver à une bonne fin : l'expérience te l'apprendra chaque jour davantage.
Les paix)les de Buonarotti ne m'ont pas cx)nvaincu ; ce n est pas en perdant mon temps à as-
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sister à des conciliabules de sociétés secrètes, ou à tramer des complots, que je parviendrai au but que je me sai$ propo^é.^. |ja sdiencé et la sagesse né sont pas filles de Tîgitation et des hasards*.
LKTTBC A MA SŒU^
Genève, i6 juillet. •
Laisse-moi , ma sœur, me mettre a genoux devant toi, et, une main dans les tiennes, te faire la confession d'un pauvre eœur tout déchiré qui se repent d'avoir tardé si longtemps à s'épancher d^na celui qui fut toujours son refuge dans ses écarts, comme sa consolation dans ^s misères !.»>
Jamais, jusqu'à présent , je n'avais osé te parler que légèrement de cqtte charmante Anglaise, Lucy, qui s'est trouvée sur mon chemin conmie l'ange de l'Ecriture sur celui du fils de Tobie,.. C'était une lumière qui devait éclairer mon âme sans^ la troubler, sans l'enflammer. Je le croyais d'abord,., mais elle était trop séduisante, hélas! pour n'être pour moi que cç que fut Béatrix pour Dantç. . . un objet idéal de cultç et d'inspiration l L'anciour
que j'ai pour elle «'est glis»é dons mon cœur sans que nul désir vînt en altérer la pureté; je la trouvais sensible, spirituelle, aimable sans affectation, sans pruderie... Je la vis, je l'écoutai avec délices : bientôt ses entretiens me devinrent nécessaires; je ne travaillais pas bien quand je ne l'avais pas vue... c'était un jour sans soleil... Séduisante habitude qui m'a trouvé sans courage quand il a fallu y renoncer tout h coup, parce qu'elle m'a laissé un vide de cœur que rien maintenant ne saurait combler.
Ce fut hier, ep nous promenant en bateau sup le lac avec ses sœurs et quelques ^mis, quelle m'annonça son nouveau départ de Genève, où elle était arrivée la veille.
— Je n'y reviendrai plus, ajouta-t^oUe... Peutêtre mon mari , après notre voyage des bords du Rhin et de l'Allemagne, reviendra-4fil se fixer près de ma mère , qui doit habiter le canlon de Yaud.
— Votre mari !,.. mais il est donc revenu d'Angleterre?... j'aurais presque dit revenu de l'autre monde , tant son absence prolongée m'avait habitué à le ccmsidérer comme ne devant plus reparaître.
— Il est arrivé il y a quelques jours, me répondit Lucy.
— Ainsi , vous allez partir ! ..". ainsi , je vais vous perdre !•.. A,h !... Lucy !..• Lucy!.,. — c'était la première fois que j'osais l'appeler ainsi — que vais-je devenir quand vous n'y serez plus ?
— Vous travaillerez.
— Travailler, moi!... lorsque, chaque soir, je n'aurai plus pour récompense un de ces sourires si doux, qu'ils rendraient la sérénité du ciel à Tàme qui en aurait été bannie... Non , Lucy, ne le pensez pas!... Sans vous, mon intelligence va cesser de se développer, mon imagination ne prendra plus d'essor, mon âme n'aura plus d'inspirations... l'étincelle de poésie que vous aviez allumée en moi s'éteindra ; je ne serai plus qu'un pauvre abandonné pour qui la Tie sera sans but et l'avenir sans des jours de lumière.... Je grandissais près de vous; je retomberai quand je vous aurai perdue!
— Au nom du ciel! taisez-vous... vous me faites mal... Si l'on vous^ entendait! me dit-elle à voix basse... ne voyez-vous pas qu'on nous écoute?... Calmez-vous, je le veux... peut-être nêtes-vous pas le seul à souffrir...
DE GBNÈVE. K, 289
Je ine calmai, je restai silencieux tout le temps de la promenade, répétant avec bonheur, avec ivi'esse : Peul'^tre n'êtes^i^ouspas^ le seul à souf^
Jrir!.., Les ténèbres de mon àme s'étaient éclaipcies : les yeux fixés sur jelle, suivant chacun des nM>uvements de son corps gracieux, épiant, mak> en vain , un seid de ses regards ponir y lire la pen-
; sée intime de son ^œur, tantôt je me laisseds aller au balancement de la baixjue , comme si le sillon qu'elle traçait sur les ondes ne devait jamais finir, oomme si le soleil qui se cachait si radieux dut éclairer le lendemain le plus beau jour de ma vie... .tantôt aussi , subitement fraj^ par la poignante idée que ce bien précieux allait m'être enlevé, il me prenait une infernale envie de faire chavirer notre léger bateau, de sauver Lucy,
. elle seule... afin que la reconnaissance qu'elle me devrait me donnât près d'clk et de sa famille les droits d'un ami qui peut vous suivre en tous lieux, et auquel la maison est toujmirs cwverte...
Mais cette pensée funeste n'était qu'un rapide éclair que k foudi*e ne suivait pas!... et qu'un Yayou d'une lumière plus pure, qu'une douce 11. il)
no SOUVENIRS
lueur d'espoir venait bientôt remplacer!... J'étais aficore plongé dans une de ces heureuses rêveries dont ces mots : elle m'aime!... formaient l'harmonieux refrain , quand notre barque toucha le bord et qu'il fallut descendre... alors je me réveillai de mon songe; je retombai dans la triste réalité qui flfie disait que cette femme ai belle, si supérieure , à laquelle je ne pouvais pas même prononcer un seul mot de tendres adieux pour ^ndier mon àme, partait demrâi!... Demain, mon Dieu!...
avec un honune qui apjnrécie l'ange aux formes divines que le ciel lui a donné pour femme, autant à peine qu'un de ses chevaux de course, ou qu'un de ses limiers £ivoris!... Non, m'écriai-je, une union si monstrueuse ne peut durer... je la suivrai partout , je la délivrerai du joug grossier de ce chasseur de renards... Elle m'aime! je l'ai lu dans s(Hi regard... eUe ne résistera pa& à mes prières; die s'abandonnara à moi pour que je la conduise dans une riante r^raite où toute ma joie sera de la servir et de l'adorer...
La aoirée, une partie de la nuit, se passèrent dans eette agitation cruelle!... Ce matin, j'étais le^é avec le jour, marchant dans la ville , sur ks
remparts, pom* revenir aboutir sans ces^ à la maison qu'elle habitait. Cest un tourment d'enfer qu'uae sen4)lable attentel... Edfin Theure de pouvoir se présenter étant arrivée, je me. rendis chea elle.
— Madame ne reçoit pas encore , me ditton , elle ne sera visible qu à cinq heures.
Je pars de nouveau; je me fatigue; je harasse le corps pour dompter fesprit : j'entre à la société de lecture; j'y parcours, sans les comprendre, vingt journaux, vingt brochures, jusqu^à ce qu'enfin fhorlc^e sonnât îheure si désirée !... En peu d*instants je fus à sa porte.
— Il y a deux heures que madame est montée en voiture , me dît une brave femme que je voyais quelquefois en allant chez la mère de Lucy.
Pas une parole ne s^échappa de ma bouche... Une main de fer m'étreignait le ccenrl... Jem'âoignai fspidement; je coaru» vcvs la porte de la ville qui conduit à LaiMttnne, et j'y arrivai k l'instant même où mie toitufe en Mrtait> Redoublant de TÎtease j'attesgBÎa ûeMe vmturey vm» ce n'était pa^ elle!... Alors une douleur violente me contraignit k m'arréter^ k m'wmtm sur le bc»d de la route, à
metti'e ma tête brûlante entre mes mains!... Oh! que je souffris longtemps avant de pouvoir nî'écrier en pleurant : Lucy ! Lucy !... est-ce aina que vous deviez me quitter ! ^
Puis la pensée de suivre ses pas vint calmer l'horrible désespoir dans lequel j'étais tombé : demain , je me mettrai en route; demain je l'aurai rejointe... C'était la tout ce que je pouvais penser, c'était une invocation dans la souffrance.
Soutenu par cette résolution, j'accourus de nouveau chez moi pour les préparatifs du départ; j'y trouvai Giacomo, qui m'attendait pour m'entretenir d'une douleur nouvelle! Giacomo, ce pauvre orphelin, qui n'a plus sur terre ni patrie ni famille!... Giacomo qui m'aime, et qui, se jetant k mon cou , me dit en sanglotant :
Ce n'était pas assez pour moi de l'inséparable
perte de ma mère, il faut encore que l'on me soupçonne d'avoir fait des bassesses en Piémont pour échapper à la surveillance de la police !
— Qui t'accuse de cette infamie? lui dis-je avec feu.
— Si je le savais, me répondit-il, cehii-là l'eut
payé cher! Mais on le dit, mais on en parle, et c'est une calomnie qui me ronge le cœur !
— Nous la démentirons, Giacomo, sois-en sûr, nous en découvrirons les infâmes auteurs : tu peux compter sur moi... Pleure en paix ta pauvre mère, ton ami ne fabendonneni pas ! Reviens demain , nous causerons d'un projet que j'ai pom» toi.
Giacomo, trop agité lui-même pour s'apercevoir de mon trouble , me dit adieu en répétant : k demain!...
Et Lùcy?.... et mon départ?.... Insensé que je suis! pensais -je alors. L'obstacle momentané que Giacomo vient d'y mettre , n'est-il pas un avertissement du ciel!... Oui, ma résolution de suivre cette femme angélique était une coupable pensée, une aberration complète de ma raison!
Et pour que cet éclair de sagesse^ en s'éteignant, ne me laissât pas retomber dans les angoisses de l'incertitude, j'ai voulu me mettre sous ton égide, ma sœur, te promettre, te Jurer de respecter le repos deLucy, de ne point partir, de résister à ce besoin si pressant de m'attacher à ses pas... Reçois donc ma parole , elle sera pour moi un engage-
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ment sacré qui , si j'y manquais , m^avilirait à mes propres yeux.
Il hfurti diitolr.
JTai retrouvé un peu de calme : la chaîne que je m'impose est lourde , mais ie ne la romprai {ms. Ma résolution est invariabte.... Quelque doul^^xieux que soit le sacrifice ^ il s'accomplira.
5 heures du matin.
La Duit s'est passée sans sommeil ; à Taube du jour seulement j'ai pu fermer les yeux. Hélas I je
ne croyais pas l'aimer tant! Pour me donner
des forces j'interroge ma conscience , et elle me répond qu'en me conduisant ainsi , j'agis en honnête homme. Mon cœur même, malgré ses regrets, me dit qu'en résistant au désir de la suivre je lui donne la plus grande preuve d'attachement et de respect qu'un homme puisse manifester à celle qu'il aime : tu m'approuveras aussi? tu me diras : Cest bien , je suis contente. Allons , je le vois , Taccomplissement d'un devoir est un baume salutaire , j'en sens déjà les heureux effets... Et puis mes livres sont là , je vais m'y cramponner , m'y ensevelir.. J'étudierai pour elle, je travaillerai puis-
qu'elle le veut t Mais héas ! mon DimH quand k reverrai*je ?
to heurts.
Je finis cette lettre , je la finis en terépétant^ iMa sœur, que je suis sûr de moi, que je m'appuie sur 1^ confession que je viens de te faire, conmie sur
une ancre de salut! Briser la destinée d'une
femme, en Tarrachant à ses devoirs 9 en la plaçant aux yeux du monde dans une position fâcheuse » en l'exposant à rougir et à cacher sa honte f serait une action indigne d'un homme d'honnwr^ indigne de la confiance quelle m'a tânoignée, de l'estime dont elle m'a donné des preuves... En évitant de recevoir mes adieux, ne m'a*t*èlle pas tracé ma ligne de conduite?... Je la suivrai: l'honneur et la vertu ne peuvent plus être désormais pour moi des mots vides de sens et d'efiet* Adieu , ma soeur, prends un peu pitié de celui qui soufire tant!
PRA6MBNTS DU JOUIINAL.
30 juillet.
Lavé de tout soupçon , de toute tache , Giacomo va partir p(yir la Grèce où il rejoindra Giorgio; c'est
une dÎTerskin à sa douleur. Les dânarciies, les soins que j'ai pris pour mettre sa rëpulxition dans son vrai jour et faire les préparatifs de son voyage, ont siervi à éloigner.de moi l'idée fixe de mes pensées ; mais pourtant elle vit toujours là au fond de mon âme !
aa Jaillei.
Jai accompagné mon pauvre Giacomo jusqu'à quelques lieues de la ville ; je me suis séparé de lui avec regret, . avec doideur ! Son cœur est si confiant, si fiaïf dans sa candide probité, qa'il faut l'aimer comnie on aime un beau jour, une onde limpide, une musique simple et mélodieuse. Les peines de l'exil n'auraient pas su l'atteindre sans la
p0rte de sa mère! Bon et courageux jeune
Iiomn;ie , comment oserai-je me plaindre en pensant à ta déploi^able destinée! Le jour où nous nous reverrons sera compté comme un des plus beaux dans le journal de ma vie.
a aoiit.
Les réfugiés italiens sont plus nombreux que jamais à Genève : vivant au milieu d'eux , prenant part à tout ce qtii les intéresse , ils me parlent de eur belle patrie comme si j'en avais
DE GÇNÈVE. 297
touché le sol, respiré Tair, admiré le i>eau eiel, contemplé le» ruines..,.
Plus je les écoute,et plus je sens croître en moi le désir de connaître enfin cette Italie que Toppression étrangère revêt à mes yeux de tout cet attrait, de tout ce mystère, qui entourent une beauté gémissante sous les verroux de quelque impitoyaUe tyran. Ce désir s'est même tellement développé dans mon esprit, qu'il est bien prêt à se changer en résolution de partir pour Florence à la fin de l'automne, si rien ne demande ma présence en France , si nul événement ne vient y mettre obstacle. Je caresse ce projet , j'en fais le thème de mes rêveries , la toile sur laquelle j'étends les couleurs de mon imagination tableaux ravissants,
d'où se détache toujours une figure unique , une tête de vierge dont les cheveux, les traits, le contour, la pause, sont tous deLucy!.... Qui sait si ce n'est pas sous le beau ciel de Naples que nous sommes destinés à nous rencontrer comme Oswald rencontra Corinne. i.. Laissons à l'horizon de mes pensées , de mes espérances, ce point lumineux qui réclaire sans l'embraser!.... c'est une consolation permise à celui qui a été plus fort que son cœur.
2M SOUYEiriRS
Parmi les exilés italiens ^ il en est un qui m'a particulièrement frappé; c est Lniziy eK-aeerétaire de la junte d'Alexandrie : d'une taille haute et imposante^ d'une figure régulière , mais quefenca* dcement d'une forêt de cheveux bouclés et nàm rendrait dure et bizarre^ si l'empreinta. d'une pso^ fonde mélancolie ne lui donnait quelque chose d'intéressant qui vous attache ; Lutzi , promenant ainsi ses sombres pensées de ville en ville , de pays en pays 9 est pour moi l'emUème le plus triste i le plus digne de pitié et le plus respectable de cette douleur de l'exil dont Dante avait bu tout le fid, et qu'il caractérise si adniirablement dans ces vers :
Tu lascerai ogni cosa diletta
Più caratnente , c qoesto ê quello strale
Che Tarco deir tsilio prit saetta.
Tu proverai si corne sa di sale
Lo pane altrui , e com' è duro càlle
Ld Âceadere e' 1 ulir per l'akrui caile *.
Jamais aucun sourire ne vient éclairer sa pensive figure; jamais un mot d'espoir pour des jours
* Ta aiNindolitterat les plus oherf dEgell de ton amotir» et j c^ett laie premier trait que décoche l'arc de Texil... Tu éprouveras combien le pain d'antrili est amer , et combien il est dur ' de toucher le senil de Fétranger.
DE ÇBNETE. * SM
meilleure ne BO?t de sa boudie: il vit, il penae seul» et rien ne rairache à sa tacitumité ^e le9 mani-' , festations de haine contre le^ Autrichiens.. « Alors. sa physionomie s'anime ^ ses yeux étincellent , dea paroles trêves , énei^ques , foodnoyantes, d^|)ordent de Mil cœur qu'elles soulagent un ins^t* Homme instruit et d'un caractère plçin d'énergie» * Loitzi est le repentant de cette hourgeoisie édUii» rée qui , en Piémont c(Hnme en Lombardie, oflfeait de si grandes garanties pour l'étafaUssament ^ la conservation de sages in^itutions libérales.
Si les succès éphémèjes de la ôonsûtution de» cortès lui causèrent une de ces )'oies qu'ion n'éprouve qu'une fois en sa vie, jamais aussi triom* phe ne fut suivi de plus amers regrets pour cette liberté d'un iour qu'il avait saluée avec tant d'en*thousiasme !| c'est un homme frappé au cœur, que la douleur ronge , que l'ëloignemeiit de sa patrie et de la femme qui lui est chère portera bientôt k . quelque action funeste , car il aime, l'infortuné, de cet amour exdusif , de cet amour d'homme fait que Byron peint ^ avec tant de vérité dans son Corsaire. Ses seuls jours d'existence sont ceux où il reçoit les lettres delta sua donna. Si le courrier
300 • SOUYElIflBS
estexact^ ildevientcommuniGatif; il parle, il repi^eiid pour im nionient Fâaergie du vouloir et les illusions de Fespérance ;,sila poste arrive sans lettres pour lui , il se renferme dans sa chaudbre ou pOTte ses |>as dans le» montagnes , ou se jette dans une bil^e y passant le jour «t la nuit méniqjisur le lac , k gémir, à pleurer!... Douleurs mortelles que je comprends, que j'écoute, que je plains e& que je* cherche à calmer en portant sa pensée vers un avenir meilleur v^. Quelquefois il m'écoute -et s^anime encoA:€^ pour retomber bientôt dans son abattement.... C'est un bel arbre, dont \e ver de l'exil a rongé le cœur et que nous verrons tomber quelque jour au moindre coup de vent , quoique l'écorcesoit lisse et que son feuillage reste vert et toufiu *.
Ahl mes livres, mes chers livres, que je vous bénis! vous ête^ mes consolateurs et mes sagas conseillers... Ce que j'ai promis à ma sœur, Jje l'ai tenu : je suis resté à Genève, j'ai travaillé , je tra-
* Les tristes prévisions que j'avais cosçues sur l'avenir de Tinfot^tnnë LuUi no se sont que trop réalisées : succombant aux peines de l'exiK il mit fia à ses jours quelque temps après mou départ de Genève. *
vaille chaque jour avec une ardeur nouvelle , pen- ^ sant à Lucy..*. la regrettant, il est vrai, comme le malheureux tout à coup frappé d'une complète cécité regrette la lumière., .maisheureux par le témoignage de ma conscience et de Tapprobation de celle qui n'a jamais tiiinsigé avec la vérité et les sacrifices qu'im- . pose l'honneur. Je lui ai fait part, à cette seconde mèi€ , de mon projet d'aller en Italie , en lui disant - que le penchant qui m'entraîne vers ce beau pays •st irrésistible : là , sans interi'ompre mes graves études , je compléterai mon éducation musicale , j*admirerai les antiquités, je m'initierai aux^rts et recueillerai des souvenirs capables d'enrichir mon imagination de ces vives couleurs qui jettent leur éclat et leur poésie sur tout le reste de la vie.... «Quand on n'a vu que son pays, l'univers est un livre dont on n'a lu que la première page », dit je ne sais plus quel auteur : feuilletons-le donc ce livre, pour arriver comme lui à trouver que la page qi|î nous est échue n'est pas la plus mauvaise de l'ouvrage.