CHAPITRE XIV
FRAGBlfiNTS DU JOt'IlNAL.
Hefiis à de nouTelles propositions de Buonarotti.— Espoir déçu pour lainrer les lergenU de U Rochelle. «-> Départ de Genève. — Adieux k tout ce que j*y ai aimé.
6 açàt.
— Tu t'occupes sans cesse des États^-Unis, me disait il y a peu de jours Buomrotti * tu fais de profondes études sur les institutions de cette répu- Uique fédérative : c est bien ; ces études peuvent t'étre utiles un jour, j'en conviens.... mais c'eit de la pratique qu'il nous faut désormais^ et non de la théorie.
— Eh quoi ! lui rcpondis-je , songerait-on aicore, après tant de tentatives échouées , ~à qudque trame nouvelle?
— Plus que jamais ) et j'espère bien que tu nous aideras h la mettre à exécution , que tu quitteras te$ livres pour servir activement k cause... ^|
— Moi! quitter de nouveau mes livres!... n'y comptez pas. Bien d'autres, sans moi , sÔnt prêts à répondre à cet appel... J'en ai assez vu et assez fait , j'abandonne la partie.
Buonarotti me regarda fixement et sourit de pitié.
— Voila bien la jeunesse du jour, reprit-il en prenant un des volumes qui se trouvaient sur ma table : elle croit avoir tout fait quand elle a feuilleté quelques volumes Ce nest pas en lisant
des in-folio que les patriotes de gS ont fait triompher la république.
— La république! m'écriai-je.... qui donc aujourd'hui pourrait désirer la rétablir en France ? Qui donc pourrait de bonne foi y travailler avec quelque espoir de succès?
— Moi!... répondit l'invariable descendant de Michel-Ange.... Oui , moi et une foule de braves gens qui savent bien qu il n'y a de salut pour ton pays et "Jîour l'humanité entière que dans la république une et indivisible.
^— Les éléments vous manquent , i*épliquai-je en prenant à mon tour un volume de l'Histoire de Washington, parMaix^hal; les mœurs, les usages,
les iastitutioûs premières des x\mëricaias, dont j'étudie la glorieuse et sage révolution, les avaient mûris pour de laides libertés; mais chez nous il en est tout autrement. Ce sei*ait folie Jespéi^er qu'un peuple, si jeune encore dans la possession, de ses droits politiques que Test le peuple français , si peu avancé dans la connaissance et la pratique de ces mêmes droits , et qui a si peu de suite dans ses idées, si peu de constance dans ses affections, si peu de consciei^ce dans l'accomplissement des devoirs de citoyen, jointe à tant d'insouciance pour les intérêts publics, pût tout à coup, par le fait même d'une révolution nouvelle, avoir assez de sagesse , de persévéraoce et de probité politique, pourjouir tranquillement des bienfaits d'un gouvernement libre et fort, de ce gouvernement républicain pour lequel l'égQïsme et la démoralisation des individus est une cause immédiate de bouleversement et de ruine. Notre éducation constitutionnelle est encore trop peu avancée, et c'est au temps...
— Au temps ! répliqua Buonarotti en élevant la voix C'est donc à dire que le système actuel te
semble acceptable ?