‹ Souvenirs de Genève: complément des "Mémoires d'un prisonnier d'Etat"Chapitre 3 sur 33 · II · texte numérisé non relu

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84 SOUYEÀIRS

-^ EUe était donc bien vieille ? dit Frauz...

— . Point du tout... point du tout..* absolument de mon âge ; et de plus > elle était comtesse ; et c'est là le ËU^faeux, car sa famille, m'accusantdes^ duc^ion, me persécuta si cruellement, qu'il me fallut déguerpir, nonnseulement d' Ancône , mais même de ritalk.

a Je m'embarquai donc sur une méchante felou^ que qui . manqua chavirer dix fois en traversant l'Adbiatique. Arrivé k*Scutari, je voulus donner un concat et une improvisation... Les bailiares !... les ours des^ montagnes auraient eu plus d'oreilles ! »

— C'est^i-dire , que tu as improvisé devant les banquettes, se hâta de dire Giorgio.

>-*^ Non pas , non pas... chambrée complète. Le lendemain, en désespoir de cause (il fallait bien vivre), j'oflfris mes services au directeur d'un mau-* vais petit théâtre italien qui végétait à Scutari ; il "me prit pour chef d'orchestre , poète , décorateur et costumier ; je faisais tout enfin , nous partagions, et l'on vivait. Mais le pacha fut changé, ist son successeur nous congédia sans perdre de temps. Grand fut ftlok^ l'embarras de la troupe : plus heureux que moi, mes camarades pouvaient rentrer en Italie...

DEÛENSVE. u

Ub y retourn&fent en effet , et votre «erviteur, oon*doit par un honnête Turc , s'en fut offiti- ses aer* vices au fameux Ali , pacha de Janina.

« C'était un fier hcnnme que le vieil Ali! un connaiâieur!«i. Sur ma bonne mine, il m'engegea comme médecm !... »

— Médecin!,..

— Et pourquoi pas ?.•. J'avais étudié quelqot peu'la médecine à Vuniversité de Bologne, je sa* vais saigner, et je ne manquais pas d'audace..^ Que lâut-il de plus avec ces fatalistes de Musulmans ?

«Bref, je plus si fort à ce damné d'Ali, que je gagnai bientôt toute sa confiance et que je devins son favori; il voulut même que je traitasse les femmes de son sérail. C'était un grand honneur, un peu scabreux, à la vérité} mais qui peut parvenir à la fortune sans rien risqua?... Les sequins pleuvaient, c'était l'important; et un an ou deux de ce train-là, j'étais riche à tout jamais*

» Un déplorable accident démngea toute.... Les femmes !..i. Il est écrit lâchant que je périrai pour elles.... Les femmes, quand elles sont belles , font un tel efiet sur mon système oi:ganique, que mon sang bouillonne à leur aspect.... et le sérail d^Ali

n'en manquait pas! L'uoe d'elles vint à être itia<lade; on m'appela : c était nne jeune Grecque dont les bras auraient fait honte à ceux de la Vénus de Médieis.... bras d'albâtre que je pressai dans mes deux mains quand je lui tàtai le pouls.... et ce fut là le pis ; car ce bras si beau me donna fenvie de voir le visage de la malade, et* je dis en langue franque à Teuiiuque qui m'accompagnait que le cas était grave , qu'il fallait absolument que j'examinasse la langue de la patiente; et tout aussitôt, sans attendre la réponse du Maure, j'écartai le voile qui couvrait la céleste fijgure de la favorite. »

— La &vorite?...» répéta Giorgio d'un air de doute.

— Eh ! ne t'ai-je pas dit que c'était elle ? reprit Fioravini. Si c'eût été toute autre, peut-être que eet enragé d'Ali se serait montré moins irrité de mon admiration pour sa divine houri.... Qui dia- Ue, aussi, se serait imaginé que ce vieux tigre se serait formalisé à ce point d'une semblable vétiUe, rapportée Umtreusement par ce coquin d'eunuque ?

*(( L'aflaire devint sérieuse, et sans un fidèle Al^

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banais à qui j'avais sauvé la vie en le saignant à propos, le ciel sait ce qu'il serait advenu de naoi.

» — ^Vous aveas joué gros jeu, me dit-il ; le premier eunuque a fait un rapport terrible contre vous ; il a été appuyé par ses autres affic^, qui vous haïssent. AU est furieux, et votre mort....

» -—Santa Mtfria, m'écriai-je, ma mortl....

» Je n avais plus une goutte de sang dans les veines....

» — Votre mort était certaine, continua mon brave ami, si le pacha n'eût tout à coup changé d'idée : — ^h! il aime les belles femmes, dit-il k ses favoris; eh bien! il les verra tout à son aise, il les gardera même, sans nul danger pour moi ni pour elles...

» Je n'ai pas besoin de vous dire que je me tins pour bien averti, ajouta Fioravini.... Mon S tradi" varius sous le bras, je délogeai sans plus attendre : grâce à mes jambes, et avec l'aide de Dieu, je gagnai sans danger la mer, et puis Corfbu , d'où je m^embarquai quelque temps après pour Constantinople.

» Que le diable mette ses cornes dans le ventre du maudit Anglais qui m'y envoya!... Il m'avait

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]^omi&(le8 lëç(ms d'italien et de musique che% les riégocianta do Péra*,.. Dio Santal.,., quelle racç que em bi?aVes geïHhlà ! ... aussi secs que lea piastres qu'il* U€ cessent de compter, • » Je «er^iis mort de faim dans cette ville de pest^ si mon bon ange ne m'mit envoyé un compagnon , un 2mï fidèle dans le pauvre Fido, que j'avais tant de fois admiré sur la place de Scutari, luttant d'adresse et d'agilité avec son mattre Maorovntz, Dalmate de naissance, et médecin , physicien , prestidigitateur de profession C'était un homme,

çelui*l^! un homme dont je devins l'ami et l'o- Jiligé pour une feule de secrets et d'expériences qu'a me fi^ générausement connaître. Je l'avais laissé à Scutari avec Fido , faisant fort bien ses petites aflàires. Mais l'ambition perd les hommes ! je ne sais qui lui mit en tête de quitter l'Albanie, où il débitait ftwce ordonnances , pour s'en aller chercher fortune au loin..., il ne me l'a pas dit en mourant, k malheureux !„. Quoi qu'il en soit, il se crut appelé- à gagner des trésors, et il partit, lui , son chien et ses drogues , pour feire un long tour dans les îles Ioniennes, la Grèce, Gonstantinople et la Russie.

» La recette n alla pas mal dans les îles Ioniennes; mais en Grèce, pays d'astuce et de rapine» il fut dévalisé.,.. » -

Gioigio lança sur Fioravini un regard fou-»

droyant qui força l'imprudent narrateur à se itH prendre aussitôt :

a Dévalisé par les Turcs, cela va sans direo*. il n'y sauva que sa vie et son chien..*

}) A Constantinople, il fut saisi par la fièvre ; là, seul et sans aucune ressource, il n'eut pour soutien que le bravissime Fido, qui s'en allait, un petit sac au cou, mendier quelques morceaux de pain et 4e viande pour son pauvre maître, que la faina dévorait plus encore que le n^l. Ce fut pendant une de ces quêtes que je le rencontraio.. /e l'avais trop admiré pour ne pas le reconnaître , ^ je criai ; Fido!...Fido!,..

» H accourut vers moi, hurlant de joie, sauta, mê lécha ; puis il se mit à marcher, en se retournant à chaque instant avec anxiété, pour voir si je le suivais.... Po^^ero Fido! qui ne t'aurait pa» comi»*is?....

» Maorowitz doit être ici , me disais-je en avan^ çant; mais que peut-il y faire?

» Hélas! je ne sus que trop vite ce quHl y était venu faire, l'infortuné!... Couché sur la paille, et presque nu, je le trouvai avec une fièvre ardente , luttant contre la mort, que son fidèle Fido avait seul retardée !

» — Prends soin de ce pauvre animal, me dit-il quelques minutes avant d'expirer... Je te le donne, ami ; c'est un trésor que ce chien-là !

» Malgré nos soins, continua Fioravini d'une voix attendrie, Maorowitz mourut au bout de trois jours... Je le pleurai comme un frère... — Fido!... qui le lui avait fait comprendre?... — Je l'ignore... mais il se mit à hurler d'une manière lamentable dès que commença l'agonie de son maître, dont il léchait sans relâche la figure et les mains... Quand le moment fatal fut venu , ses gémissements redoublèrent... Ah! les cris de ce chien m'ont plus touché que les lamentations de bien des chrétiens sur la mort de leurs proches!

î) Aidé d'une vieille femme gi*ecque, j'allai déposer au cimetière des Francs la dépouille dernière de l'infortuné Dahnate, Fido fut longtemps inconsolable de la perte de son premier maître; mais enfin il s'attacha à moi , et nous partîmes de Constanti-

nople , quelq[ues semaines après la mort de Maorowitz, pour aller à Bucharest, muni de lettres de recommandation .

» Un riche négociant franc , auquel on m'avait adressé, me reçut bien et me prit pour donner des leçons de musique et d'italien à ses filles : j'avais de bons appointements, je donnais des leçons en ville, j'étaiis aimé de la famille et recherché de tous , ainsi que Fido, qui devenait plus intelligent que jamais... La fortune me souriait enfin , et je me trouvais aussi heureux qu'on peut l'être hors de son pays,..»

— E deir arnica y et de son amie, n est-il pas vrai , Fioravini dit Giorgio, en affectant un grand sérieux...

— Delt arnica , sij signor... Son souvenir était l'épine toujours cachée sous les fleurs que m'accordait ma destinée !

» Le calme dont nous jouissions fut de courte durée... A peine étais-je remis de mes fatigues et commençais-je à mettre quelque's sequins en réserve , que l'insurrection valaque éclata; les coquins d' Arnautes s'emparèrent de Bucharest, et, sous prétexte que mon patron était partisan des Turcs, ils le pillèrent et voulurent le pendre , lui et les siens.

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