I SOUVENIRS
nève ne brillaient pa», il est vrai, par la beauté, ni par les arts d'agrément y mais ' qu'elles aviiîetfC , ce qui vaut mieux sans doute, les qualités du cœur et les douces vertus dont Tbeureuse influence fait le bonheur de chaque jour et de toute la vie.
Tel n était pas l'avis du petit maître de danse que je rencontrai le lendemain au café Pappon.
— Ah! monsieur, s'écria -t- il en m'abordant, comme si nous eussions été de vieilles connaissances, que vous avee dû souffrir hier à la Redoute, vous dont un seul pas pourrait suffire pour faire reconnaître la belle école des Vestris etdesBaupré, mes anciens compagnons à FOpéra ! Figurez-vous donc, monsieur, quelles "sont les tribulations d'un artiste dans un pays comme celui-ci et avec de semblaMes élèves! Que de fatigues inutiles! Depuis trente ans que j'y végète , je serais mort cent fois d'ennui et de découragement, si je n'avais eu, de temps k autre , le bonheur de danser avec quel^liesunes de vos belles compatriotes, et surtout avec une femme dont le souvenir vivra toujours dans ma mémoire. .. une femme qui réunissait en eUe la grâce, la légèreté, la souplesse et l'aplomb enfin
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la Teq>skbore dc>s sak>iis du bon ton > avec madame Récamier, monsieur !.«•;.
En prononçant ce nom, le petit homme se grandissait d'un pied. •
— Vous la connaissez , sans doute, cette femme admirable? ajoutart-il d*un air tri(xnphant.
— Qui n'a pas entendu parler de la belle noadame Récamier, lui répondis-je , qui n'a pas adnûré ses portraits si séduisants ?
•— Eh bien , monsieur, j'ai eu l'honneur de danser
la gavotte avec elle C'était là qu'il allait la
voir !••••• et qui plus est, monsieur, c'est que cette gavotte fut dansée à Coppey, sous les jeux de madame de Staël dont j'avais le bonheur d'être le voisin Elle y était alors, cette délicieuse madame
Récamier, befle et blanche comme un ange des I deux, car elle s'est, ditron, vouée au blanc, l'aimaUe femme
Un jour donc que j'avais l'insigne honneur de me trouver au château de Ck^ey, madame de Staël , qui se mourait d'envie de voir danser cette gavotte dan^ laquelle madame Récamieâr était ravissante, me pria •.. quel excès de bonté!... mepi^a, moi Morand, de hû set*vir de cavalier.». Ah! mon-
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que de laisser-aller, que dé dÀifétice dills choaitl de !iês tnouir^ttietits et dab» mi pas si grildmiil.ii Celait à en perdre la tête! Aussi me satjMisMii*J6; Vedtfis lui-tnéme n'aurait pm mknut daMé que je ne le fis!... Madame de Staël ratie embrassa > dans Éùn transport, sa diarmiinte anrie, et s'écria i Bravo, Morand !
Un bravo de madame Staël ^ monsieur l... oela volait pour moi une salve dapplaildiésemmta de toute h salle de rOpéra..< Ah! Ce fut un beau jour, le plus beau de ma vie peut-^re!... un véritaMe antidote contre les fastidieuses et ingrates leçons que je mis condamné à donner dans ce pays où l6s joimuves des hommes e€ des femmes ne semblent pas fidtês pour ]dier. Je m'en plaignais soovetit ii madame de Staâ en me promenant «tec elle dana «on para de Coppey. Vous viendrez m'y voir, mcmsieur ; je veiis ferai visiter ]» château où j'ai mes entfées ) vous ferrée le salon dans lequel j'ai dansé k gavotte avec Fincomparable madame ftéeamier; puiti je vous conduirai dans cet endroit du parc o le célèbre autant de Corinne me disait : Ami Morand, c'est par lé goût des Btiè qu'on perfectionne la civilisation :
ne perdez donc pas courage! donnez aux Genevoises la grâce du corps ; je me chaîne y moi y de Timagination... Cest une rude tâche; mais la danse et la poésie réunies ont quelquefois accompli de plus grands miracles.
Je l'entends encore , cette admirable femme , qui eût réuni toutes les perfections, si elle avait su danser comme madame Récamier ; mais elle laissait à désirer pour les formes... N'importe... c'était un incomparable génie ! Quand vous viendrez à Coppey
nous en parlerons, mon cher monsieur, nous en parlerons , et si vous voulez, même, nous danserons ensemble , cela me rafraîchira les pas.
Ces derniers mots étaient à peine prononcés, qu'il était déjà loin, courant et sautillant comme un zéphyr de l'Opéra, tant le souvenir de sa fameuse gavotte l'avait électrisé.