‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 20 sur 35 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

La réforme et le calhoticîsmo. — Baonarotti.— Une fiérre

ardente*

Cenève, nS jàhntt 1821.

E2a voyant festime et Fadmiration toujours croit»santes que je vous exprime sur l'instruction , les bonnes mœursy la philantliropie et Vesprit de patriotisme des Genevois y vous craignez , mon cher maitre> que je n'en attribue exclusivement la cause à la religion réformée /et que je me laisse enfin séduire paî* les ai^undents captieux de quelque habile pasteur protestant; pour prévenir une si grande erreur, vous me priez instamment d'éviter toute dissertation théolc^ique qui ne saurait être qu intempestive, en raison de mon peu de savoir en matières religieuses, et vous me recommandez surtout de me défier de la fiicilité de mon caractère à adopter les opinions de ceux que je préfère et que je crois devoir admii*er.

Rassurez-vous y ami bien cher... quel que soit renthousia^ipe que j'^rouvjB pqur. tout ce qui me parait bon et vertueux*,!' ne saurait pourtant me faire oublier qu on ii# olianga pfts da voligion comme on change de modes , et je ne suis ps homme , pour parler comme notre Montaigne, a troquer mon vin vieux pour du vin nouveau , sans l'avoir préalablement goûté et regoûté.

Xavoue que le protostantisme a des attraits pour moi» parce quil n'admot d'autre autorité que celle de la raison , tandis que TEgUse catholique, çn no\\^ imposant ses dogpes et son culte, xv)us fait courber la tête, fermer les yeu^, et noi^s dit : C^es^,»* Jç ne nierai pas non plus que j'ai du penchant ppur 1^ reli-* gion réformée , parce qu elle semble s'aUier nii^ux avec le» libertés et le bonheur des peuples; témoin ceux qui l'ont embrassée , et dont les institutions et les mœurs sont généralement bien autrement libérale» , bien autrement pures que celles dés nations catholiques; maïs il ne s'ensuit pas de là que cette préférence, qui est loin d'être encore une conviction raisonnée, me fesçe reconnaître et accepter la. foi protestante comme seule vraie, et seule soutenable, par le fait qii'il en est résulté au seizièn^iç eulècle des

DE GEMÈVB. . 1»!

reiretmftamts cTabus et une aorte de régénénition aMîale. rfon , il n'en ert pa» aîaci» et quelque peu veraé que Ton soit dans f hiatoire mixlenie , quelque sufKïrficielleiTicNQt qu'on ait eKamintf les questions religieuses qui s*y i^ttackent » il «st facile de se convainof^ que les développemoats Intellectuels et les améliorations morales ont eu d'autres causes que les modifications introduites par les réfomatem^du «tholiciMDe.

Sa Fesprit d'axtftnen qui fut la conséquence des protestations dé Luther contre le scandale des in«dulgenees e» las eicès du deii^ ne s était pas étendu du ^iritud au temporel > si lés pbrtisana de cette réforme n avaient pas attaqué les droits di«» vins des rois et le pouvoir des princes après avoir contesté et rejeté l'infaillibilité du pape et la supré>» matie de TÉglise , il est bien certain que l'influence. du protestantisme n aurait été que de courte durée; mais la douUe lutte que les adhérents de la religion nouvelle eurent si longtemps à soutenir contre les puissants de la terre et la cour de Rooia^ en les tenant continuellement en haleine, les fokrça^ pour leur salut, à travailler incessamment à la droondr aion du ccaur comme à l'éauutcipation des eqprite.

Que serait eii efllêt devenue la répubKque de Genève si la réforme s'y fôt étaUie sans de rudes combats, et si elle n'avait pas eu h conquérir et k défendre son ittdépendance , d'abord contre les évéquesy puis contre lés ducs de Savoie? N'e^-il pas probable que les mœurs au lieu de s'amender, auraient continué à être aussi relâchées que par le passé, et que l'ignorance, cette plaie des peuples engourdis dans le repos et la sécurité , aurait r^né longtemps encore parmi les fils de Calvin ? Mais il leur fiillait être sans cesse sur la brèche , soit pour faire triompher leur profession de foi dans les^ arènes théologiques , soit pour repousser les agrès* sions réitérées de leurs anciens maîtres; de Ik, leurs profondes études , de là , les vertus civiques et les constants sacrifices pour sauver leur chère patrie, de là enfin, la supériorité de lumières et l'influence universelle qui ont mérité à Genève , si peu in^ortante par sa population , le titre de métropole du protestantisme.

Ces observations, bien imparfaites sans doute, pourront vous prouver cependant , mon cher maître , que je sais faire la part des circonstances qu<ind il s'agit d'appiécier lé bien moral résultant de la

réibmie : si nous ajoutons à ces considérations celles bien plus significatives encoi*e des changements successifs adoptés dans les articles de foi du calvinisme depuis sa fondation , nous pourrons en conclure ensefaible qu'on peut et doit douter de l'immuaUe writé d'une croyance soumise dès son origine à tant de variatioiis, et grandie, prc^agée, sous des auspices et par des moyens purement hu-« mains.

JS'étes-vous pas alors complètement rassuré sur les dangers que mon catholicisme pourrait courir à Genève , et dois-je vous àive encore qu'il suf* firaity pour me tenir en garde contre le protestantisme , de songer, un instant, aux dissidences religieuses existant aujourd'hui même parmi les pasteurs calvinistes; dissidences telles, que les uns maintiennent et les autres rejettent la divinité de Jésus- ' Christ , abandonnant ainsi la révélation pour tomber dans le simple déisme.

. Maintenant , mon digne ami, je sui^bien sûr que vous nji' entendrez à l'avenir louer avec effusion les vertus vraiment chrétiennes des dames genevoises, sans appréhender de ma part l'apparence d'unes abjuration ? Du reste, iLfaul le dire, l'esprit du dix^ I. 13

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