‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 21 sur 35 · IM SOUVENIRS · texte numérisé non relu

IM SOUVENIRS

huitième .siècle y en passant sur Gienève^ a semé panni les Lommes le doute et Fincrédulité... On va encore au temple , <^n y écoute même avec recueillement les paroles de TEvangUe, mais la foi reste tiède, et ceux qui en sont animés se livrent trop au mysticisme et aux arguties de la controverse , pour convertir les coeurs •*— et le mien est du nomhre-^dont la l'eligion et le culte consistent ckns les bonnes œuvres.

70 février.

Ce matin , à Toccasion du congrès de laybach et des affaires de Naples qui préoccupent tant les esprits f Buonarotti , qui sait tout , m'a donné à entendre quun événement important, décisif même, viendrait dans peu de jours mettre le ccnntifaie aux espérances des partisans de l'indépendance italienne» Quel peut être cet événement?;.. C'est inutilement que je Fai supplié de me le faire connaître. -^ Quand donc cessera-t«il de me parler ainsi par énigmes ?.^. Je crois en vérité qu'il me fait suhîr

un nofvicîat avant de m'accorder sa confiance, car Tautre jour, entrant cheï moi avant neuf heures, et me voyant manger de grand appétit un morceau de pain sec , il s*écria :

— C'est là ton déjeûner !... à merveille , ajoutat-il en me prenant la main ; c'est comme cela qu'on devient bon à quelque chose. Tu as quitté la riche table de ton père , tu te fais sobre, pauvre , studieux, sans besoins, tu es un homme!... Moi aussi, j'ai laissé jadis à Florence une existence lai^e et bril-» lante , quoique le grand-duc Léopold voulût me retenir; mais il fallait que je vécusse libre, et j'abandonnai tout , plutôt que de faiblir dans mes principes... Depuis ce moment je n'ai jamais varié ; et l'auraifrjepu si j'eusse conservé des besoins?

Buonarotti se tut après ces mots, et me quitta pour aller donner ses leçons : il y a dans cet homme une admirable persévérance !

Les Autrichiens marcheront-ils sur Naples? La constitution des cortès triomphera-t-elle des attaques de la Sainte-Alliance et des dissensions intérieures? Voilà l'unique sujet de toutes les couver-

sîitions, voilù ce qui nous cigitc nous autres enfants du siècle qui voulons le succès des institutions i^ouvelles ; voilà ce qui me tient dans Fanxiété, moi pauvre étudiant qui me suis pris d'une passion si vive pour le divin pays doi^e il si^ si parla.

Ces Napolitains qui parlent si haut se battrontils > ou lâcheront-ils pied, comme rux temps de Championnet et de Murât?...

Le général Chastel et ses amis , prétendent qu il en sera ainsi , tandis que le vieux conventionnel Forestier et ses fidèles soutiennent au contraire que lamour de la liberté retrempera leur courage*. « Que Dieu le veuille!... mais j'y compte peu. En attendant^ mes études sont interrompues. Quelques heures seulement sont employées à des lectures , et quelles lectures !••• rien n'^n reste : à chaque instant on frappe à ma porte , on entre , on tient conseil sur ces maudites affaires dltaHe : tantôt c'est Buonarotti avec d'autres patriotes de sa couleur, tantôt ce sont les officiers à demi-solde de Ferney et de la Savoie, venant chercher des nouvelles à Genève, et qui, n'ayant pas de domicile, s'établissent chez moi pour parler, fumer, politiqucr... 11 semble que le génie des révolutions ait

soufflé Tagitation dans toutes les têtes. Plusieurs d'entre eux annoncent des mouvements en France ; on les a , disent-ils, avertis de se tenir prêts... Enfin chacun est dans l'attente. Peut^tre ce sera-t-il mons parturiens mus , la montagne accouchant d'une souris... Ce qui est certain ^ c'est que tout cela me tourmente , m'obsède parfois , quand à la fin du jow je n'ai rien fait> rien lu, rien appris.

s mars.

Buonarotti est venu pour me donner ma leçon , mais je souffrais et je n'ai pu la prendre. — Les choses marchent , m'a-t-il dit , dans peu de jours tu sauras du nouveau,... puis il est sorti , sans vouloir ajouter un mot. Toutes ces réticences m'impatientent; ma tête est lourde, embarrassée... Soit l'effet du printemps ou par suite d'un travail trop assidu , je ne puis lire un quart-d'heure, la promenade même m'est difficile : je veux écrire et mes idées ne sont pas nettes... il faut me mettre au lit... Si j'allais être malade.... seul, sans une main- amie, et dans un pareil moment!... quand d'un jour à l'autre je puis être appelé à prendre part aux événements !..

198 SOUVENIRS DE 6ENËTE.

La Huit a été mauvaise , payais la fièvre y j'ai fait appeler un médecin. Madame Metton, pauvre chère femme, me soigne avec un zèle touchant; j'ai rêvé» me dit*«lle , de batailles , d'Italie , de Napolitains... «-« Jai voulu quitter mon Ut , mais, je le sens, il faut céder au ntial 1 J'ai écrit à mes chers parents, et madame Metton, qui vient d'entrer, me gronde d'avoir écrit , d'écrire encore...

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