‹ Souvenirs de Genève: complément des mémoirs d'un prisonnier d'étatChapitre 22 sur 35 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

UTTEK A MA 8011711*

Rérolutions de Naples et de Piémont.

Genève, 1 8 avril 183 1.

Mes lettres ne te donnent pas toute sécurité i tu doutes enoore, vm sœur, tu cmins «pie je ne sois malade, que je ne vous cache k tous mon véritable état, tu veux pour te rassurer une longue causerie bien détaillée, bien sincère surtout «... quêta volonté soit faite I

Le peu de lignes que je t'écrivis le 9 mars te di^ saient que j'étais au lit avec un peu de fiièvre.... il faut bien t'avouer maintenant qu elle devint de jour en jour plus forte et jdus inquiétante, si bien qu'un soir en me réveillant d'un long assoupissement qui avait succédé à l'agitation d'un violent accès, je crus en entendant la jeune fille de madame Metton lire è son père, 4:omme elle le fait chaque soir, quel* ques chapitres de l'Évabgile ^ d'une ;¥oix douce et

accentuée, je crus, dis-je, qu on lisait pour moi les prières des agonisants..* Ce ne fut qpe peu à peu que je pai*vins à' distinguer les paroles et le sens de cette pieuse lecture.... janitiis plus doux accents n avaient flatté mon oreille... Elle lisait, cette candide enfant , le discours de Jésus à ses disciples , dans Tévangile de saint Jean : Aimez'vous les uns les autres , afin que l& monde sache que vous VC' nez de moi.

' J'écoutais!... Les saintes paroles pénétraient jusqu'à mon cœur; j'étais ému!., il me semblait que c*était la première fois que j'entendais ce divin langage et que la Religion et TEvangile m'étaient révélés l.i j'appelai, je demandai que la jeune fille vint prëa de mon lit achever sa lecture ; mais madame Metton , interposant son autorité de garde-malade , me renfonça dans mon lit en s'écriant : Le docteur n a-t-il pas défendu que personne vînt pailer à monsieur?., et pour plus de sûreté, elle se planta à mon chevet jusqu'à ce que son mari et sa fille fussent endormis. Le mal allait alternativement par hausse et par baisse : j'écrivis à l'un ou à l'autre de vous quelques lignes par intervalles, puis la lettre partait au grand chagrin de mon hôtesse ; mais que deve^

BE 6ENBYE. dOi

uait*elle, lorsque des importuns , des coeurs durs, comme elle les appelait^ venaient savoir de mes nouvelles y entraient malgré sa défense et ne ces«saient de causer et de fatiguer son pauvre malade. C'est en vain que je^faâsurais que j'étais mieux, que ces conversations me servaient de distractions ; elle a'en croyait rien^ rexcellente femipel Le général Chastel avec savoix perçante, et Buonarotti avec son air sombre, lui étaient tous deux antipathiques : -^ de vrais bavards qui agitent ce cher monsieur, disaitelle en soupirant,... de vrais trouble-cervelle pour un pauvre fiévreux .... mais que viennesit-ils faire ici? répétait^elle vingt fois le jour.....

Ce que je ne lui ai pas dit, je vais te le confier à toi , ma sœur : — Naples et sa révolution, son parlement , son vieux roi , ses armées , le congrès , F Autriche et ses troujpes marchant contre les Napolitains, étaient et devaient être la pâture des esprits re^ muants, la toile sur laquelle brodaient les imaginations, le phare sur lequel se portaient tous les regards. Dans le succès de la révolution de Naples reposaient, suivant nous, lé destin de Fltalie,... que dis-je ! celui des institutions libérales de toute l'Europe.'

BH SOUYBNIRS

Ces conjectures étant admises, les moindres bruits, les nouvelles les plus hasardées servaient de texte à d'interminables conunentaires.... on attendait,... les uns debout et bien portants, moi gisant dans mon lit. »*- Buonarotti venait chaque jour pour me donner quelques mots d*espoir ou quejtques démentis aux bruits sinistres qui commen*çaient k circuler sur les désastres des Napolitains. Le 1 4 mars il entre , les joues colorées , les yeux brillants, exhalant la joie par tous les pores...

--^La constitution des certes a été proclamée le 12 k Turin, me dit-il; Yictor^Emmanuel est détrôné, Carignan accepte la régence, ..« les troupes sont pleines d'enthousiasme ; je te l'avais bien dit, les Autrichiens vont être pris entre deux feux«

Et déjà il me quittait.

— Un instant , lui disje , en m'effm^nt de me lever ; qui vous a donné cette importante nouvelle ? est-*ce bien la vérité ?

— La vérité? répéta-'t^il avec chaleur,... croi84u donc, jeune homme , que je sois d'âge et de nature k me laisser prendre à dès on dit!... Cela est posi*tif , croifr^moi.

— Voilà , m'écriai-je, le meilleur de tous les fé*

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brifuges qu'on pouvait m'àdniinistrer ; je ne saurais tester sous mes couvertures.

— Mon Dieu ! miséricorde ! cria d'une voix lamentable madame Metton qui arrivait*, une tasse de tisane à la main. Monsieur hors de son lit ! y a-t*il de la raison ? Laissez en paix ce bon jeune homme y '^t*«eUe à Buonarotti , laissez--le guérir , vous voulez donc le tuer ? -^ Cela disant , elle me fit remonter sur mon baldaquin , m'administra mon breuvage , et congédia du geste et de fœil l'impassible Buo* narotti.

La révolution de Piémont se confirma, et ma santé se rétablit à vue d'œil. Daiis la crainte d'encourir tes reproches , j'aurais bien grande envie de terminer là mon récit en ajoutant seulement que bientôt je fus sur pied , firais et dispos comme avant de tomber malade... Mais tu devinerais que je te cache quelque chose. Il faut donc, ainsi que le dit le proverbe allemand , verser tout le vin et le verser pur.

L'ancien ordre de choses était renversé en Piémont en même temps que la constitution des cortès y fiit proclamée. Mais tout en détruisant , il jfallait maintenir et consolider le nouveau système, qui sans

aucun doute allait être combattu par la Suinte- Alliance , comme Tétait celui de Naples. On avait donc besoin de baïonnettes et non pas de négociations... Rien d'étonnant alors que ceux qui portèrent Tépée sous l'Empire pensassent à offrir aussitôt leurs services au gouvernement de Turin. On s'aboucha dès le 1 5 mars , on s'édiauffii , on s'enthousiasma , on parla de départ inmiédiat , mais on convint pourtant, avant tout, qu'on enverrait daxiander au gouvernement du Piémont si les services seraient agréés , et à quelles conditions. Cette mesure sage fut rejetée par plusieurs , tandis que les plus expérimentés en faisaient une condition sine quâ non , ne pouvant , disaient-ils » risquer leur position militaire y leurs grades dans l'armée française , sans être certains préalablement du sort qui leur était réservé en Piémont.

Les événements ne tardèrent pas à justifier cette prudence; de toutes parts on apprenait les revers des Napolitains , leur triste défense et le triomphe ^ des Autrichiens; et ce n'était pas toutl... la discorde éclatait en Piémont , le parti royaliste loin d'être vaincu , avait encore des troupes qui tenaient pour lui, et le prince de Carignan venait d'abandonner les

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rênes de Tétat, tandis que le général Bubna s'avan-* çait, disait-on, sur Navarre. On nous assurait, il est vrai, d'un autre côté, que Tarmée piémontaise se recrutait, qu'elle était pleine d'enthousiasme!..* on alla même jusqu'à nous affirmer que l'avant** garde piémontaise venait d'entrer à Milan, à la grande joie de ses habitants*

Mais à quoi servaient ces espérances contre la triste vérité... Bientôt tout fut connu et il ne nous resta plus ^e le regret de n'avoir pu tirer Tépée pour une si belle cause!...

Voilà , ma sœur, tout ce qui s'est passé et ce que j'ai senti : indulgence pour moi , ne me fais aucun de ces reproches de mère, qui m'iraient au cœur !... Pouvais-je entendre retentir le bruit des armes, l'appel d'un peuple qui se lève pour conquérir ses libertés, sans m'émouvoir et désirer de marcher dans ses rangs?. .* Non, c'était impossible! et puis, tu connais mon faible pour cette Italie que j'ai toujours aimée! enfant, je lisais l'histoire de la vieille Rome, et je me passionnais pour ses fiers citoyens, ses soldats, ses héros ; plus tard , j'admirai les chefs-d'œuvre que nos armées avaient enlevés, et j'appelai sur la patrie des Raphaël et des Michel-

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Ange la liberté et le bonheur! Maintenant , que je la connais mieux > cette pauvre Italie , que je sais ce quelle a souffert , ce quelle est, ce qu'elle pour-^ ^it devenir hi ses destinées étaient libres , je m'as^ socie à son sort l j'aurais voulu oombattre pour elW, çt je pleure i^ur ses malheurs L.. heureux , si jamais je puis contribuer à son indépendance!

Aujourd'hui que tout est consommé , vous pouvez tous être en paix sur moi...* Je retourne à mes livres , k mes chères études «qui vont être reprises avec une nouvelle ardeur, car nulle trace n'est restée de ma demièi« maladie.

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