CHAPITRE XIX
F1IAGMEIVT8 DE JOLRNAL.
Promenade ttir k montagne. — Rencontre d*ttn proflcriC piëiBQntaia.*-Hi8toire de Giacomo C*
Gepèvc, iwmaû
Jour de soleil , jour rare par sa chaleur : glorious da/j comme disent les Anglais. Pour en jouir , j'ai quitté mon obscur réduit, j'ai marché sans but, k raventure, vers le Salève , ma montagne de prédis lection ; j'avais besoin de l'air vif et pur qu'on respire à sa cime 9 je voulais un vaste horizon... Ma pensée franchissait les monts y je voyais l'Italie et ses plaines fertiles. Les inmiortelles campagnes de Napoléon , Lodi, Aréole, Marengo, passaient rapidement dans mon souvenir... Les promesses du général républicain, les grands mots du premier consul et les décrets de l'empereur , tout se croisait dans mon esprit et je plaignais ce beau pays!... mais bien plus encore celui qui seul pouvait le replacer au rang des grandes nations et qui s'est privé, en ne le
voulant pas, d'un de ses plus beaux titres de gloire.
Arrivé devant la maison du loyal Sismondi, je m'arrêtai comme pour rendre liommage à l'écrivain généreux dont la voix s'éleva toujours en faveur des opprimés contre leurs oppresseurs , à cet homnie dont j'entendais vanter chaque jour la bienfaisance et leâ rares vertus... Alors, les pensées que m'avaient inspirées les hauts faits et les fautes du conquérant, cédèrent à celles plus douces, plus consolantes, que faisaient naître en mon esprit les utiles travaux de l'historien consciencieux ; de cet ami des peuples qui^ remplissant sans bruit et sans ostentation, sa pacifique tâche, sa libérale mission, dote le monde des fruits de sa sagesse !
Après être resté pendant quelques minutes à la grille de son jardin dans l'espoir de l'apercevoir, je traversai rapidement le village de Ghénes,. et ne tardai pas à me trouver au pied de la montagne. J'y montai lentement, m'arrétant souvent pour mieux jouir des accroissements successifs de l'hori-^ zon, et me sentant, à mesure que je gravissais les hauteurs, plus léger, plus intellectuel, meilleur; tant la solitude et la grandeur de la nature nous dégagent des misères du monde!
Sans suivre aucun sentier battu ^ j avançais toujours et j'approchais du sommet ; Timmense pano^ niina que j'y cmitemplerais devait être ma récompense..« Déjà j'avais touché la cime , déjà mes re^ gards pkMigeaient sur toutes les beautés , toutes les richesses que le Créateur des mondes étale dans ces lieux ayec tant de ma^ficence, lorsqu'une voix donce , articulant quelques paroles françaises avec l'accent étranger ^ me tira de mon extase en me de« mandant quel âait le chennn pour aller à Genève.
Je me retoiunai rapidement , et je vis devant moi un jeune homme venu jusque-là par l'autre versant de k montagne , beauccmp moins rajnde que celui que je venais de gravir» Sa taille était moyenne et bien prise, et quoique sa mise fut grossière et peu soignée, comme celle d'un habitant des campagnes , il était cependant facile de reconnaître à l'él^noe de sa tournure que ce n'était point là son costume habituel. Appuyé sur un bâton noueux, il semblait harassé de fiitigue ; mais à peine lui eiis-je dit que nous étions fort près de Genève et sur le territoire suisse, que la joie se peignit sur sa figure, et qu'il s éciîa ; Dh sia benedetto !... Que Dieu soit béni!
ilO SOUYENIHS
-^M^msieur est Piémontais? c^ me semble , repmje alors.
Ce9 motey prononcés en tuMefa^ cotisèrent d'abord une sorte d'efiroi à mon pauvre étranger ; mais lor»i|ue j'eus ajouté qu'il n'ayait rien k onaindre et que j'étais prêt à lui servir de guide pour aller à Genève , il me piît la main a^ec tous les signes de la eonfiançe et de la satisfiiotioo , en s écriant : Ed io nûfido di Im. Et moi, je me fie à vous.
. ^-** Venez, lui diBije^ en contimiant de lui parier dans sa langue, nous entrerons ensemble k Gîcnève, et nous éviterons ainsi toute demande et toute inspection ; maia avanut tout ^ n'avezrrotis pas besoin de prendre un peu de repoa ou qodique nourriture? oar vous ayes encore deux lieues jusqu'à la ville ^ et pétant plus ici sur le territoire piémontais^ nous pouvons nous arrêter sans nul inconvéndent dans la cabane que vous vojes là4)as.
•*-*N«»i^ non, all(Hia plus loin, me répondit-^ aussitôt, nous serons bien mieux au bas de la montagne.
nous descendîmes donc lestement, et bientôt j'eus le plaisir de voir mon jeune Italien tnen res* taure, bien reposé , prendre avec moi la route de la
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ville. Tout tes cfcrniîiiniit» je lui âp^Hris que beaucoup de. ses oompalriotes éMdent déjà pas^ pdr Genève , que quek}U0t4ii» dont je lui ckfiâ h» noéissy trtru- Valeot encbi»» que la-ppUee le$ toléjraiit, Surtout qteod iU jGbBHeni leur fléfûbr dMs les euviitmsr; fiA'il n'y avilit donr iiul dBIlg^r dfextiiadttioti à ti^ douter^ mm i^'il^it pDe^ble qM les piiiâsatiëes, et surtout le Piémont , engeniient bieiitdt- que les réfugié» ifidieva .9 efoigoalaBeat de k Sliisfte.
Jeitfms towdeuk, noos MOtimis de là i^pfnpatliib Tun pour Neutre. Béuit piostsrit; moî, j'ûlnMii^ 9ti CM9e , je padiis sa langue* Gomment hi ^Joufiance ne se seraitoille |mis Inoortôt étaUieeiiIref <icM ? Qud ^t YexiU 'qui u'éprouvémit une douce émbtion , une coQSàbtkMDi proÊmde^efer emaendânt sortir é^ lèvres d'im infonnn Tidiome de sa ^âfère psittie ?... M'est^De pas pour lia me aortb de ioompati4eiâsiii^, un préssge favdteble ^ toi gsge de bmi aeioueili^ Aussi jUGus ii'Byiiài8(.pâs enqore ^igné la vflle que défi Gôiicomo^Cj* me omiaitsesmaftteurs... Vlàaimré du «tel tn^ 8nD]dé et trbp toochanlië poftfrqiie je né la rapporte pu icii ' ^
a IKovione est ma (Àtrie , me dit^^l; ma fnère resta veuve jeune encore, et n'eut que moi d'enfiint.
âl2 SOUVENIRS
Pkin (Tacdeur et d'enthousiasme pour le gouverneluent oonstitutioniiel 9 je quittai Fiuiiversité \ot^ . d^^ {M^aûenB mouvements du Piémont , et me joiguis au, bmvflB j«»« g^m qui «««rhèrent d'Alexandiie sur Tuxin. Voué comme eux à la noMe cause de la liberté, j'autiais dcmné mes biens et ma vie pour la voir triompher;.. Le danger était à la fiontiène, nous y courûmes.
» Verp cette frcmtière était Noyare... Novare,oû ma pauvre mène pl^unît mon ahseliee et gémissait sur moi!... Cnaignant. ses larmes et ses prières ^ je m'ét^ promis de ne|)as la revoir; mais elle était pi tendre^ si seule et si aflUgée, cette bonne mère, que je n'y pus résister!..* J'y allai donc* Elle pleurai la digne fenune, en me conjurant k genoux de ne pas «Kposer mes jours^ de ne pas i^ronter de si graiida dangers... Je n'ai que tc^» m^ disait-«lle; si tu nie {quittes^* si je te perds, sdi I mon fila, je mourrai aussi... La cause pour laqudk tu veux combattae^ elle eA perchie, làsm eaéant ! Tu disque c!?st la boi^ne^ que c'est celle de rbomieur et de la liberté... Je le veux bien; niais ma ca^se^ à moi, c'est ta pon^rvatidnl.».. Quitte tes compagnons, ijïon Cà^coxjL}^..* VQiis.p^ârQZ tous l Les : troupes. du
BEOE99ÈTE. âÏ3
ïoi et les iistndiiens vont toml^r sur tous:.. pnendb pitié de ta înère!
)i Malgré ses prières et aeslaranesv jfe suivis itnon ârapeaii et mes firèrés cTormes ; nous nom battîmes? oemniie des braves !.«. Mais que pouvirnishnona contre le nombre? Il fiiUut donc isongei^ à notre aalui; plnaîeuiis se mirent en* rôutie pour la Sui^e, et je les aunâs suivis si la peattée de ma mère n'était venue m'arréter : elle ignorait mon sort y elle devait eraiiidm pdur pies joiHiS). pauvre fenàmeL.. C'était lusses pour la piettre au tomJbeaii^. Alors je revinsi sur SMS pas 9 je masçhai la nuit , et Dieu nate prolé^' gea dans cotte route périlleusey car je pus rentrer sans malheur à Novare au jour tombant.
» J'allais frapper à la maison paternelle, lorsque la porte s^'ouvirU ^t qu'il en sortit :^t» çffieièr autrichien... Dio rfîà$ ! tout, môu sang se relira - v^éx& le cour en peo^nt k mamère!... Yin^iîoiË^je voulus lôv^ le martea^j et vii^gt.fois je tetiinila mam*.. La cruelle pensée d'être arrêté sous ses yeux .me. glaçait h sang^ i^tje.i^as prèis d^jfigpanltswaJtk voir, pour lui épargner . cfette :b9f?^)e:4fe)uleur!..^ Aii^ mon cher monsieur^ ajqu^t^ jGrf^flpiipdp mi^Vf^ti^ èw nooî aes beaux yeux. noirs, tout voilés d^ ttfigrets et
âu aotryniK.
de tendr^fiae , qudk poi9[iaiite înccttifcudel... Mon Dieu ! mon Dieu ! prends pitié de nous..» TA était W cri d0 moû âme*.. Il fiitttid»Mhi sans douta, car tout à ooup» fiaos kéflitCB pllis longtcmpâ , je fimp* pfa«M Les battenifiiits de tnon àsur n^unient jaàat été aussi forta pour matolier aa âupplioe*
» Ott rint ouvrît la porta : o'était la sentante, la bonne Gtutjta» qui poussa Un cri en n» wMoliaid» aant.
M ^r4 Chut! kii di^^e à vaim busse, et Ini mécUMOt la main sur la botteiie««« Ma mère, où est-elle? Sommesi^nous aeuls ? N'y â-tnil pas d'Autriolneus ?
V *^ Pas en ee ipoment, ligûor; la mamma est. là-haut y dans sa chambit.
« -m^Esl^dle <HMidiée?
>» -^ Non, signor...j9ia/i^é^ Telle pUrare!
)> Je m'ëkinçsi pour aller pfès d^elle. ^
Il •^Ghitta^Jui dis^e en m'ar^thini toiA b coup , va la prévenir doucement ^ ma vue suUte b tue* rait,
» Ghitta aUdit mV^ir, quand lemarteau irëtentit Vîolen»aiént..< lia pauvM^Bé Ait tellement eAràyéa qu'ellii eu laissa tombel» ^ lumière...
)ii^ Ah t imadanna t les voilà t|ui rentrent tous ^
BU OBfV£!Ve. Ml
me ditF^l0..« et il y en a porioiM l cbiqu» ^hmiliiit de la maison en est pleine; il n'y a que oelle de n[mdwnhe*«<
» Les coups yedonblaient de plus en pltii^...
» — Va leur ouvrir, Ghitta...
» Et sans faire le moindre bruit , je gagnai Tap'» parlement de ma mère... je Ventr ouvris doucement d'abord pour quelFe ne s'alarmât pas... Pauvre mère ! elle était en prières !
» Au bruit que fit la porte en s'ouvrant , à celui de mes pas , elle tourna légèrement la tête...
» — Giacomo ! Giacomo ! s'ecria-t-elle avec le délire de la joie, en s'efforçant de se relever, et ei| m'attirant dans ses bras... Giacomo! mon fils bienaimé !
» Je m'étais précipité vers elle...
» *— Silence! silence ! ma mère... Ils spnt là !
» Tout le danger de notre position se présenta alors à sa pensée...
» — Malheureux en&ntl qulai^tu fait?
% Puis , de dégageant de mes bras avec la légèreté d'une femme de vingt ans ^ elle courut h la porte ^ k ferma » écouta , revint vera moi i m'entrsAna dans
ftl€ SQfUVENIWS
une partie de Tappartement où Ton ne pouvait être vu,..
» — Reste là, Giacomo, me dit-elle à voix basse..* Que le saint nom de Dieu soit loué 1 il ne t'aurait pas rendu à ta mère pour te faire périr sous ses yeux !
)) Pendant qu elle prononçait ces mots , nous entendions les lourdes bottes des ofiiciers autrichiens résonner sur les dalles du corridor... Ma mère me couvrait, me cachait de son corps; sa main était sur ma bouche; elle ne se troublait pas, la pauvre femme... elle ne se troublait pas! Son amour maternel la soutenait; elle m'eût défendu contre vingt hommes !
» Enfin les portes se refermèrent une à une, le silence se rétablit : ma mère, dont les yeux étaient restés fixés sur la porte , les abaissa alors vers moi , et me serrant dans ses bras, elle se mit à fondre en larmes.
» — Giacomo, Giacomo, disait- elle d'une voix étouffée, pourquoi es-tu revenu?
» — Pour vous rassurer sur mon sort , pour calmer votre inquiâ;ude, essuyer vos larmes !..•
» •^- Ah ! mon fils ! mon fils ! que Dieu te pardonne
IMS OENEVR HIT
et qu'il te bénisse !.«. il a eu pitié de moi !... jeu serais 'imiite , mon Giacomo !
» Je vis alors combien ma pauvre mère éteit cban-» gée, souffinmte; Téneiigie du moment fit pkee à la fiiiblesBe; elle s'évanomt... je la portai sur son lit, où bientôt elle ouvrit les yeux.
» — Et nM>i, dit-elle en se rivant, moi qui oublie que tu dois avoir &im!... je vais appelei* Gbitta... Mais non!... miséricorde divine, fiiut-il donc que mon pauvre enfant se cache pour manger du pain dans la maison de ses pères!... Laisse^noi aller, won fils , je suis mieux... éloigne^toi de cette porte, ne bouge pas!...
» Fuis elle tourna la clef sans bruit, ouvrit, fit quelques pas dans le corridor où la bonne Ghitta était d^à en s^itinelle , munie de provisions qu'elle remit à ma mère, et tout cela sans échanger une porche, sans oser se faire un signe, tant était grande leur frayeur!... Dieu de bonté! quels regrets nayais-je pas au cœur d'avoic ainsi détruit la tranquillité de celle qui m était si cbère.et si précieuse!... était-ce ainsi quelle devait me mvoir... pour qu elle treiiiblàt dans sa maison , et qu'elle y , fût réduite à marcher, à agir comme celui qui médite furtive-
»«8 90UVENIBB
ment une mauvaise aotion ?... Ah ! tfùB je ni*eti toulais de mon imprudence ! et je pleuniis <]ttaBd elle reviùt près de moi*
» — Mange, mange^ mon Giaoomo^ sèche tes hr« mes ! • . . ne &is pas de bniit surtout. . .lia sainte Vierge veille sur toi !» ' .
«^ Hélas! mon eber moasieur, dit le pAuvrejeune homme, easarrêtauteioherdiantà me^ri^rune larme qui coulait sur sa joue, ils fuient bien dou-louroux les nioineitts ^e je passai ainsi auprès de mon infortunée mèrel... Je la voyais sans œâse pleurer, tremUer, s efforcer der sourire, et sans qu'un reproche sortît jamais de sa bouche!... Tant de bonté me déchirait le cœur! l\>ûjours nous parlions bas, et cette précaution indispensable a qudque choM dfi si pénible, de « poignant lo«q»e le ««ir «« plein et qu'il a besoin de s'épancher, que je ne orois pas qu'il y ait au monde une soufivanoe morale plus accablante que odle-là l
K Une telle sitiiation ne pouvait durer; il faUait s'él<Mgiier, partir... Ma pauvre mère ne le savait que trop : dès le lendemain il fat convenu que kr mari de Ghitta viendrait me prendre le soir pour m'ac-^ «ompegner et me guider par des chemiite détournés }
Wt OBWEPTE. ftl»
maia qiMi/de tantHÊasy que Hw^^imes juaquetlà!
31 Ma nlère Bétiàt dite malade^ •€( restait du. litq iduvent las c^^cmbib autriolnmia s^MMBieut devant sk porte el dixBandaiaat de aes uouycilèB;- L'un •dam: plua*luaidi^ ^ croyant «slteif GUttaidaB^ IftdMV»». h», ifaukit abiDliHmkt Ty fittivre.J« Crik^i aa èê^ fiiiidaitv<naàf^i^6ËHDe?..t Ma n^àremie fil signe de venir .auprès d'aile, drestnarldana^eti ittitiienselit... Hélas! comme elle tremblait!... Le mapdk Autri^ édtm poBia. ia' tâte! daab: la; poste entrouverte et deipaiida^ en madivaia-italien, desi manrelle^ de sa âanté^ puis jl seietÉa de sake es riant de œ s^rod rire dont les Allemands sont ftefoisoepàblfs.
» Jpnttb aaiifépàrk SfsnSin^ plutôt^ipie rféiposer nia BiièDa:pbai lobgtempilàiiecbviblBirlei aecounetàw La nuit vint, le mari de GlMIaffiit. eiaot au toUh
» LanloinBviifiital annifé^ il^faUutae aapavaiti.wiGe 8o«i^liair. aeuL déabire moa cmsD L .« Ma-< mère ^ meû a&gétiquenèrfe vaieeAiUa.tmil sQUiobuiage:^ étoipflli iea sanglote, et ttieierraai lûraoïi'ctaur^ePetnediK saitc«-f-^a9aMHi emùmit^ paasl^ eensee^eUonnnle de Dieuel le aOovenîrde te nfèveLv; Pnist die* me couvmt de bamrB eb repvefaaii e^Mte \ Mou Oia*<
coma, mon seul bien en ce aKmde... Nmi^ nmi^ pa&d'attendrissemaît) pet defiiibkfifies... Im|doit>ns kgrAce du Tout«>Piàa8Mttt , mettons^nous ious sa protection ; il ne nous abattdcnineni pas, mon fik, sr nous le prions bien I Prends cette Imitaiion de Jésiu-'Chrisi j elle me vient de ma mète €pn Tavail reçue de la sienne; eUe a consolé laen des cœurs afiHgés !».* EUe te oonsôleni aussi, naton Giaoosno , si tu lis avec piétél u
En prononçant ces paroks, le bon Gîaoomo tira de sa poche un petit livre usé k Ibsee d'étne lu , et le porta religieusement à ses lèvres^., puis il se tut pendant quelques instants,
-^ Que vous dirai-je? rq>rtl41 ; après cette pieuse pause... je reçus la faénétbçtion de ma mène, je m!arrachaideses<biii8!..« -
Grâce à mon brave guide , je traversai sans accî^ dent une partie du Piémont; jeune et n^Miste, la &tigue* ne m*effi*ajait pas; je fus souvent obligé de prendre de long» détours, de marokcr la nuit , de vivre de pain et de kit; mais* k Providenoe avait exaucé ks prières de ma pauvre asère, et j'en ai reçu k plus doiloeprei»veiaujou?d'bui, puisqu'elle ni a fait l^nçoutrer> au terme de mes ti^veraes , un
homhie dont Taccueil bon et sensible adoucit pour moi les premières amertumes de Yexii.
Giacomo me tendit la main en finissant ces mots , et nous nous embrassâmes tendrement.
CHAPITEE XX.
FRAGMENTS DU JOtll]\AL.
Inépuisable dëvouemetit de Sismondi pour les réfugié» Ualicn». — Je lui suis présenté. — Camille Jordan et son ainie.
5 mû.
Giacomo, après être resDé qMtre jdih^ k Genève , â esl décidé k suivre me» conseil» et à se fixer momentanémoit dans le canton de Vatid/
Je n ai jamais rencontré créature plus franche , {duscoûfiante, meîHeure enfin que ce jeune honame. Je l'ai vu s éloigner avec r^ret^ et en nous quittant nous avons mutuellement senti que nom ne pou-^ vions pins être désormais étrangers Ton à Fautre. Toutes les douleurs sont expansives quand on y cetnpntit; elles nous portent k ouvrir notre ftme, àf aimer œux qni^ plenrant aviec nous, chercbent ii adoucir nos souffrances ; mais la douleur de Fexil estplus que toute autre^peut^étre, senaiiJeanbemne dune donee et pvévenante coinpassîo», peiKse que
risolemeiit et rabandon d'un exilé sont presque toujours plus complets que ceux qui entourent les autres infortunes, et qu'ejipérant moins des étrangers au milieu desquels le sort Ta jeté tout à coup , il n en est que plus touché de l'intérêt qu'on lui témoigne.
C'est sans doute a cette triste cause , autant qu'au caractèra national, qu'il faut attribuer le cordial laisser-aller et la facilité à se lier que je remarque chez presque tous les réfugiés italiens ; cette manière d'être tout en dehors, qui va si bien à mon caractère, tranche singulièrement avec la réserve et la froideur des Genevois. Du reste , chactin ici leur montre une bienveillance fdSectueuse , et quoique le gouvernement ne les tolère qu'avec une sorte d'in« quiétude , ils ne peuvent cependant que se louer de l'hospitalité qui leur est accordée dans cette ville.
Mais celui qui , plus que tous , est leur aim , leur protecteur, c est M. de Sismondi : rien ne l'arrête , rien ne lui coûte pour les aider, pour les produire ; il semble se multiplier avec leurs besoins, et, laissant de côté ses intéressants travaux, ne s'occuper uniquement que de ces pauvres exilés qui chaqtie joiir aixivent ici en plus grand nombre , et qui tous
B£ GENÈVE. 2â5
trouvent en lui secours, accuml et oonsolatioas... Aussi son nom est-il sans cesse sur leurs lèvres et toujours accompagné de Jbénédktions.
Défloroiais ce digne homme me devient cher et vénérable par son dévouement et sa générosité : on peut bien analyser, bien composer, bien écrire; mais bien agir, mais mettre en pratique les préceptes qui coulent si facilement de la plume, est un mérite plus rare encore , un mérite qui vous gagne le cœur, tandis que celui de Técrivain ne parle ordinairement qu'à Tesprit et à Timagination.
Un autre encore accueille les malheureux réfugiés et travaille pour eux... Cest Buonarotti, que rien n'émeut, que rien n'abat... Buonarotti, leProcida de nos jours, qui pourrait prendre pour devise une digue à moitié faite, renversée par la mer, avec ces mots : Recommençons.
A toute heure du jour et de la nuit, il est à leur
disposition, les reçoit, les encourage, les rallie autour
de lui... Son dernier sou, son dernier morceau de
pain est pour ceux qui en manquent : ses modiques
économies, amassées k la sueur de son front, il les
prodigue, il s'en dépouille... et je l'ai vu déjà plus
d'une fois se contenter de soupe et de pain à son dî- I. 15
2S« aouYBNins
ner, pour secourir ses inolheureux<x>inpatriot69. Vai nement sa pauvre vieille femme proteste et se débat contre cette nibieUse hospitalité, il lui répond : <*^ Qiiand aous étions dans rinfortuae, oti noiis a secoiurus^i^C'est unprèt qu'on nousa feit, je suis trop heureux de |>ouYoir le rendre*
Etraii|;e caractère \ où Ton trouve réunies toutes les vertus d'uu sage de la Giéce, aved lotîtes les exagérations d'tttt jacobin de gS^
'ao «ti.
— Qui a procuré un passe - port à cet Italien , disait-on hier soir à la société de lecture ?
— C'est Sismondi.
— Qui a fait des démarches pour que ce Piémontais pût rester a Genève ?
— Cest Sismondi.
— Et le malheureux qui était arrivé saus aucune ressource, qui Ta mis en état de continuer sa route?
— C'est Sismondi... toujours Sismondi , dont la bienfaisance est inépuisable , et qu'à tout prix je voulais connaître. J'allai donc chez M. Schaub, moti digne maître de mathématiques , pour lui de-
BB GBNÈVB. »f
imndm* de me présmier le joui* même à l'illustre écrÎTàîli.
-»— Dç gfâûdcœur, me répôndit41; h deux heures, si rien n'y itiret obstade, nompaitiroiid petit sd campagne.
Au moment eoûTeim, nous nous mtmés en i^oute
k pied^ k la Jean^^Jacqued , comme dirait mon sçi* ritoel profeésetir, dont la joyeuse humeur ne tarit pas un seul instant pendant cette longue course, qui devait ii juste tifire , répétaîMl , lui être comptée cxmmie un de^ trairauiL d'Heitule , tu la rotondité de sa chère pevgoUne. Enfin ^ après vingt pauses et autant de fecétieux récits , nous aperçûmes la mai* €Dn de Ma de Sirniondî , rîtttée it nne dettii4ieué de Oenèire, sur Ift rive gauche du lac^^on hnn d'un -rillage appelé ' Chtoes*
A l'aspect de l'hahitalion de FlKHcimie de bien. Mi Schaub fi| trêve k ses calembours pour en^ tonner les hnifniges de son compatriote, qu'il mettait k la létede tougtes les cââiritéfli dont Genève s'enor-^ gaeiHil. Kolre Siammidi , ajoutait^! > est le premier historien de l'époque.
— De Genève, Voiile»>vobs dire?
— ^ Non , monsteur^ non^ de l'époque; son ffis"
228 SOUVfiMIIIS
toire des républiques italiemies du moyen âge est lin monument littéraire de la plus haute portée; les Français n'ont rien qui vaille cela ; il n'y a que Millier, l'historien de notre Saisse, qu'on puisse lui comparer.
Je me gardai bien de contrarier mon excellent guide 9 car il était hcmime à se planter debout au milieu du chemin , malgré le soleil eji; la poussière y et à y discuter une heure, s'il le fallait, pour me prouver sa thèse* INous continuâmes donc paisiblement notre route, et peu de minutes après nous étions arrivés à la porte de l'habitation de M« de Sismondi.
La maison, de fort peu d'apparenee et de construction irrégulière , est séparée de la route par un petit jardin anglais, clos d'une haie ailssi pou<k«use que l'étroite pelouse au milieu de laquelle passent les voitures pour gdgner la principale entrée* Derrière et à côté des bâtiments est un verger, puis une ceinture de prairies plantées de peupliers au'^dessus desquels se montrent, dans l'éloignemait, les premiers monts de la chaîne des Alpes. Telle est la rustique retraite du célèbre historien que je venais chercher avec tant d'empressement.
DE GENBVE. iâ9
A peine eûmes-nous franchi le seuil de sa demeure^ que nous nous trouvâmes, au rez-de-chaussée, dans une vaste biMiothèque; -c'est là qu'il travaillait. A notre entrée, il déposa sa plume, et s'empressa de venir au'-devant de nous ; je n'avais pas , je crois, assez de mes deux yeux pour juger tout d'abord s'il répondait à l'idée que je m'étais faite de l'auteur de tant d'ouvrages célèbres. •• et il faut bien le dire, je restai désappointé autant que l'a jamais été tout jeune cœur qui s'est créé , sur le nom d'une femme y un tjrpe de grâce et de beauté, et qui , la voyant pour la première fois , ne trouve qu'une figure ordinaire , sans charme et sans expression. Ce n'était plus là le Sismondi dont je m'étais tracé un si noble portrait... son embarras, sa timidité me frappèrent, et le peu de mots qu'il balbutia dès les premiei's moments a'étaientpas d'ailleurs assez saillants pour me faire revenir de ma première surprise; mais au mota&at où) laissant décote les hésitations et les monosyllabes, il redevint luirniâme ea traitant la question de l'Italie et des institutions constitutionnelles , il fut éloquent, persuasif, entraînant; sa physionomie s'anima, s'ennoblit, et j'y vis un cachet de générosité et d'élévation que le génie seul peut apposer.
SM SOUYENIRB
Notre cobversation dura longtemps , trop longtemps peut-être pour une visite d'introductioH ; niais j'écoutaid aTidement , et ma sympathie pour ]» grand écrivain devenait plus vive k mesure que je Fentendaîa ^ncher son coBur et Verser les tré* sors de son esprit; et Iprsqu'en me eongédiant il ajouta : JTespère que nou3 npus reverrons...» je lui verrai la main en lui' disant un Oui y monsieiiir^ qui valait à lui seul toutes les protestations imaginables. Que Dieu le réocHnpense de cet accueU bienveillant et affectueux !... Qui sait quelle influence il peut avoir surtout mon avenir?.,. Heureux, bien heureux le jeune étudiant qui peut obtenir les conseik et Taraitié d'un homme tel que lui.
a6|nai.
La mort de Camille Jordan vient de priver le parti libéral d'un loyal défenseur» et la France d'un vertueux citoyen. A la tristesse qui s'est emparée de mon âme à cette fatale nouvelle , j'ai senti ^j'ose le dire» que j'étais digne de le oomprwidre et d'aspirer un jour h son amitié. C'était un hoqime de conscience et de cœur, dont toute la carrière ne tendit qu'à un but y celui de doter sa patrie d'institutioos
DR GKNBtË. fit
fiagea .et modérées , qu'il cnojait lefe^ {ilus âpleg à aastti^r k ia foi» seB Uberlés et scBi bonheur..
Ce n'est pas ainsi y je le sais , que k jugent les boii9pBitiBtes> et^ ks utefi4ibéraiiix ; mais laure opinions ne<$ont pas toujours > U s'ep fiiut Heti^ d'àc-» eord avec le$ miennes, et l'influence qu elles auraient pu, ^'ailleurs, exercer sur mon e^rit en œttè eiroonstance esl plus que contre-'balancée pat* oelle d^une femme que j'estime et que je révère, d'une fenime qui m'a feit oonnattre le digne Camille Jor^ dan , dont elle était l'canie.
Cette femme si remarquable , dont j'ai été assez heureux pour faire la connaissance il y a quelques jours, c'est madame V..., Française, habitant là Franche-Cdmté. Mère d'une fiUe Ae dix-huit ans sur kquelle se sont reversés tous les soins et la tendresse qu'elle prodiguait à une autre fille morte à l'âge de douze ans , elle s'est entièrement consacrée à son éducation ; et grâce à ce dévouement maternel, qui est de tous le plus constant et le plus éclairé , elle en a fait une personne aimable et simple dans ses manières , gracieuse et sensée dans tout ce qu'elle dit, dans tout ce qu'elle fait. En voyant, en écoutant son intéressante Adèle, on
fi9 SOUVENIRS DE GENEVE.
envie le sort de celui qui obtiendra sa main , car il y aura par elle et près d'elle toute une vie de douce et suave félicité.
Peu de visites suffirent pour me confirmer dans la haute opinion que j'avais d'abord conçue de madame y...; et du fond de mon àme, que son touchant accueil pénétrait de reconnaissance , je fis vœu de justifier ses bienveillantes prévisions en devenant digne de son amitié par mes actions et par le savoir... Oui, sa pensée m'est toujours pré* sente,' et puisqu'elle a daigné m'honora de son estime, je prouverai qu'elle avait bien jugé celui dont toute l'ambition , et elle est grande ! eût été de lui donner le doux nom de mère!... Mais, hélas! sa fille bien-aimée est fiancée... Pourquoi cette aimable famille ne réside-t-elle pas constanoment à Genève ! Combien j'y gagnerais !