TOME I
Notre-Dame de Fourrière , je me sais rendu chez mon évangélique missionnaire , où je sonnai plusieurs fois avant que Ton m'ouvrit : Taspect de la maison indiquait un malheur ; le domestique pleurait , tout était morne et silencieux... Après quelques minutes d'attente , j'entendis les pas lourds et traînants de mon digne ami.
— C'est vous , mon cher enfant , me dit-il , je suis heureux de vous revoir...
Tandis qu'il me parlait , je voyais dans ses traits un mélange de douleur et de joie.
— Votre neveu , comment va-t-il ?
— Mal , me répondit-il en soupirant , très-mal , quant aux souffrances du corps , mais l'âme est bien.. . L'âme sera sauvée , ajouta-t-il d'une voix forte et en levant les mains au ciel... Mon voyage sera béni !
Et sa physionomie s'épanouissait. . .
— Ah ! que je fus bien inspiré ! ... Ce cher enfant ! ... c'est Dieu qui lui a parlé par ma voix... Mon empressement l'a d'abord vivement touché , et il a pleuré de reconnaissance en me voyant... 11 est alors redevenu bon et calme... Pauvre Jules ! comme il souffrait ! Je lui ai parlé de sa pauvre mère qui l'attendait dans une autre vie : il m'a écouté , il s'est attendri , et Dieu a fait le reste !... Maintenant ses yeux sont ouverts à la lumière.
Une sonnette se fit entendre. ..
— On me rappelle, dit le bon missionnaire ; adieu,
mon jeune ami. . . Puisse Dieu exaucer mes prières et ne pas vous laisser attendre jusqu'aux portes du tombeau pour vous donner sa foi !
Quand il m'eut embrassé je mis un genou en terre en lui demandant sa bénédiction , puis je le quittai en pleurant comme on quitte un bon père qu'on ne doit plus revoir ! Une église s'est trouvée sur mon passage , j'y suis entré, j'ai prié pour tous les miens... Et le coeur gros de soupirs , j'ai fait mes derniers préparatifs pour monter dans la voiture qui doit me conduire bors de France.