TOME I. il
ce dédaigneux silence que j'attribuais plus encore à Torgueil qu'à la bizarrerie , je résolus de ne plus faire aucune attention à lui.
Un soir , pourtant , où nous nous trouvions ensemble dans le cabinet de lecture du libraire Paschoud , il tourna vers moi des regards satisfaits en m'entendant parler avec feu des événements de Naples ; puis , me tendant la main , il me dit :
— C'est bien , jeune homme !...
Dès lors il devint plus communicatif , et m'ayant rencontré quelques jours après , il m'arrêta pour m'annoncer que la révolution de Naples était accomplie. Sa figure , toujours si sombre, était radieuse ; sa tête s'était redressée , et dans ses yeux brillait une superbe joie lorsqu'il s'écria :
— Italia mial Ilalia miaL.. l'heure de ton affranchissement serait-elle donc enfin sonnée ?
L'enthousiasme de Buonarotti pour la cause de l'Italie m'a gagné le cœur ; depuis ce moment , je m'intéresse davantage aux destinées de ce beau pays , j'en étudie la langue avec un nouveau zèle , et pour que mes progrès deviennent plus rapides , j'ai pris pour maître d'italien le descendant de Michel-Ange. C'est demain que nous commencerons nos leçons.