TOME I
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événement important , décisif même , viendr»t dans peu de jours mettre le comble aux espérances des partisans de Findépendance italienne. Quel peut être cet événement?. .. C'est inutilement que je Tai supplié de me le faire connaître. — Quand donc cessera-t-il de me parler ainsi par énigmes?... Je crois en vérité qu'il me fait subir un noviciat avant de m'accorder sa confiance , car Fautre jour, entrant chez moi avant neuf heures , et me voyant manger de grand appétit un morceau de pain sec , il s'écria :
— C'est là ton déjeuner ! ... A merveille ! ajouta-t-il en me prenant la main ; c'est comme cela qu'on devient bon à quelque chose. Tu as quitté la riche table de ton père , tu te fais sobre , pauvre , studieux , sans besoins, tu es un homme!... Moi aussi, j'ai laissé jadis à Florence une existence large et brillante , quoique le grand-duc Léopold voulût me retenir, mais il fallait que je vécusse libre , et j'abandonnai tout , plutôt que de faiblir dans mes principesr. . . Depuis ce moment je n'ai jamais varié ; et l'aurais-je pu si j'eusse conservé des besoins?
Buonarotti se tut après ces mots , et me quitta pour aller donner ses leçons : il y a dans cet homme une admirable persévérance !
25 février.
Les Autrichiens marcheront-ils sur Naples? La con-
stkttUoD Ae$ cortès triomphera-t-elle des attaciues de la Saiate-AUiance et des disseDsions intérieures? Voilà l'unique sujet de toutes les conversatitms , yoilà ce qui nous agite, nous autres enfants du siècle qui voulons le succès des institutions nouvelles ; voilà ce qui me tient dans Tanxiété, moi pauvre étudiant qui me suis pris d'une passion si vive pour le divin pays dove il si , si parla.
Ces Napolitains qui parlent si haut se battront-ils , ou làcheronl-ils pied, comme aux temps de Championnet et de Murât?...
Le général Chastel et ses amis prétendent qu'il en sera ainsi , tandis que le vieux conventionnel Forestier et ses fidèles soutiennent, au contraire, que Tamour de la liberté retrempera leur courage... Que Dieu le veuille!... mais j'y compte peu. En attendant, mes études sont interrompues. Quelques heures seulement sont employées à des lectures, et quelles lectures!... rien n'en reste : à chaque instant on frappe à ma porte , on entre , on tient conseil sur ces maudites a£faires d'Italie : tantôt c'est Buonarotti avec d'autres patriotes de sa couleur, tantôt ce sont les officiers à demi-solde de Ferney et de la Savoie , venant chercher des nouvelles à Genève, et qui , n'ayant pas de domicile, s'établissent chez moi pour parler, fumer, politiquer... Il semble que le génie des révolutions ait soufflé l'agitation dans toutes les tètes. Plusieurs d'entre eux annoncent des mouvements en France; on les a, disent-ils, avertis
de se tenir prêts... ËnfÎD chacun est dans Tattente. Peut-être ce sera-t-il Jlf on« j^arlun^tw mus, la montagne accouchant d'une souris. . . Ce qui est certain , c'est que tout cela me tourmente , m'obsède parfois , quand à la fin du jour je n'ai rien fait , rien lu , rien appris.
Snur».
Buonarotti est venu pour me donner ma leçon, mais je souffrais et je n'ai pu la prendre. — Les choses marchent, m'a-t-il dit , dans peu de jours tu sauras du nouveau... Puis il est sorti, sans vouloir ajouter un mot. Toutes ces réticences m'impatientent ; ma tête est lourde, embarrassée. Soit l'effet du printemps ou par suite d'un travail trop assidu , je ne puis lire un quart d'heure , la promenade même m'est difficile : je veux écrire , et mes idées ne sont pas nettes... il faut me mettre au lit... Si j'allais être malade... seul, sans une main amie , et dans un pareil moment!... quand d'un jour à l'autre je puis être appelé à prendre part aux événements!...
9 mars.
La nuit a été mauvaise , j'avais la fièvre , j'ai fait appeler un médecine Madame Metton , pauvre chère femme , me soigne avec un zèle touchant ; j'ai rêvé , me dit-elle , de batailles , d'Italie , de Napolitains... —
J'ai voulu quitter mon lit, mais, je le sens, il faut céder au mal ! J'ai écrit à mes chers parents , et madame Metton , qui vient d^entrer , me gronde d'avoir écrit , d'écrire encore...