‹ Souvenirs de gloire ed d'amour du lieutenant-colonel ParquinChapitre 26 sur 41 · S. Gl. et Am · texte numérisé non relu

S. Gl. et Am

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le colonel Castex, passant devant la compagnie d'élite, me dit :

« Maréchal des logis Parquin, j'ai votre brevet de sous-lieutenant dans ma sabretache. »

Il venait de recevoir à l'instant une réponse à la demande de six officiers pour le régiment faite dernièrement par le général Oudinot à l'Empereur, et j'étais du nombre des officiers promus:

« Vive l'Empereur ! » m'écriai-je.

Et m'adressant aux chasseurs de mon peloton, qui tous me faisaient compliment :

« Chasseurs, leur dis-je, maintenant que je suis officier, il me faut deux chevaux ; si je ne puis les prendre aux houlans moi-même, je compte sur vous pour me monter.

— Soyez tranquille, lieutenant, reprirent ces braves chasseurs ; nous nous chargeons de mettre des chevaux dans votre écurie. »

Ils tinrent parole, car les hommes de la compagnie firent prisonniers vingt-deux houlans ou hussards, et ils me cherchèrent partout, après la charge, pour me donner à choisir. Mais j'étais à l'ambulance, blessé, et d'ailleurs j'avais pris moi-même deux excellents chevaux à l'ennemi. N'anticipons pas et reprenons le régiment au moment où il allait charger.

Nous venions de rompre par pelotons, et nous avions fait mille pas en avant sur la route de Saint- Pôlten, lorsque nous aperçûmes l'ennemi présentant dans la plaine deux lignes de bataille. La première était formée par 6 escadrons de lanciers, et la seconde par autant d'escadrons de hussards. Nous sûmes, une heure après, que ces lanciers étalent tous des recrues de la partie de la Pologne qui appartient à l'Autriche.

Nous vîmes bien que c'étaient des Polonais à leur courage et à la manière dont ils maniaient leurs lances. Cependant ils succombèrent dans la lutte corps à corps qu'ils soutinrent avec le 20 e et le 7 e chasseurs, quoiqu'ils fussent soutenus par les hussards de Barko, réputés à juste titre pour un des meilleurs régiments de la cavalerie autrichienne Les houlans et les hussards furent sabrés et mis en pleine déroute ; la poursuite ne dura pas moins de deux heures. Nous sabrâmes et prîmes environ 300 hommes de cette cavalerie ; et le général Oudinot, qui se connaît en résultats sur les champs de bataille, n'hésita pas à dire qu'il préférait les avantages obtenus par son avantgarde à la prise de 10.000 landwerts.

Je dois raconter un épisode assez curieux dont le héros fut un de mes camarades. Pendant l'heure de la halte, dont le régiment profita, comme on vient de le voir, pour faire rafraîchir les chevaux, un de ces animaux, se trouvant détaché, passa près du colonel, qui était au bivouac, au centre du régiment, et faillit l'estropier par une ruade qu'il lâcha dans sa course vagabonde. Reconnaissant à la robe du cheval qu'il était du 2 e escadron, le colonel donna Tordre au souslieutenant Grignon, qui se trouvait dans ce momentlà auprès de lui, et qui était de cet escadron, de faire saisir le bucéphale et de le faire rentrer dans le rang. Je ne sais pas l'incident qui fit que Tordre du colonel ne put être exécuté avant que l'animal, qui était fort aise de jouir de la liberté, ne vînt une seconde fois traverser le bivouac. Le colonel, mécontent de voir que son ordre n'avait pas été exécuté, infligea les arrêts arf lieutenant Grignon. Infliger les arrêts dans ce moment, c'était priver de son sabre un

officier ; et il était visible que le régiment allait Charger, car les trompettes venaient de sonner : A cheval ! et les tirailleurs étaient déjà aux prises avec l'ennemi.

L'officier Grignon, tout désolé, s'approcha du colonel et le supplia de lui faire rendre son sabre, que l'adjudant portait. Il lui dit que, sortant des vélites, c'était la première fois qu'il avait l'occasion de croiser le fer avec l'ennemi devant le régiment. Le colonel Castex refusa et répliqua à cet officier :

« C'est pour vous punir, monsieur, que je vous ai retiré votre sabre pour la journée.

— Mais non pas pour m'empêcher d'aborder l'ennemi ! » dit le lieutenant Grignon. Et en même temps il piqua des deux, le pistolet à la main, et étendit mort un lancier de Meerweldt ; il se saisit alors de sa lance et continua, armé ainsi, à charger l'ennemi. Le soir, le colonel, qui sut la manière brillante dont le lieutenant Grignon s'était conduit, lui en fit compliment et lui fit rendre son sabre par l'adjudant.

J'ai le regret d'annoncer que ce brave lieutenant Grignon, avec lequel je m'étais lié d'amitié, est mort capitaine au régiment pendant la désastreuse campagne de Russie.

En parlant de la journée du 6 mai 1809, à jamais glorieuse pour le 20 e chasseurs, je ne dois pas oublier de mentionner la part qui revient au 7 e chasseurs. Ces deux régiments, de la même brigade, avaient entre eux les relations les plus amicales, et se soutenaient avec ardeur sur les champs de bataille. Au moment où les houlans furent rejoints par les hussards de Barko, les premiers firent volte-face et reprirent l'offensive. Dans cet instant critique pour le 20 e , qui, débordé de toutes parts, ne pouvait battre en retraite

qu'en traversant un petit pont, le colonel Castex et les officiers se dévouèrent, et chargèrent à outrance ; ils arrêtèrent l'ennemi, en donnant ainsi le temps au brave 7° d'arriver et au 20 e de se rallier.

Dans cette mêlée, le colonel Castex prononçait ces paroles qui vibrent encore à mes oreilles :

« Ralliez-vous à moi, chasseurs ! Chasseurs, vous perdez le fruit de la plus belle charge qui ait jamais été faite ! »

Au même moment, un hussard de Barko, peu poli, lui coupait la parole en lui appliquant un vigoureux coup de sabre qui partageait en deux le coffret de sa giberne. Le colonel, dès qu'il se sentit frappé, retourna son cheval pour se défendre, en disant :

« Qu'est-ce que ce cadet-là ? »

Ce cadet-là avait vécu, car, dans le moment où il frappait le colonel, le trompette de ce dernier, qui était d'ordonnance auprès de lui, le tuait d'un coup de pistolet. Ce fut à cet instant que le chef d'escadron Bertin et l'officier Maréchal, qui, une heure auparavant avaient reçu l'un et l'autre de l'avancement, furent frappés mortellement. Les officiers Boissard et Maille étaient blessés par de forts coups de lance. En un mot, sur trente officiers présents, dix — dont deux morts — se trouvaient hors de combat. Il était temps que le jeune et intrépide commandant Hulot arrivât avec le 7 e chasseurs ; il entra en charge avec les compagnies Salmon et Paravay, aussitôt qu'elles eurent passé le pont. Elles donnèrent tête baissée dans la cavalerie ennemie, sabrant, pointant et culbutant tout ce qui s'opposait à cette charge terrible. Le 20 e reprit alors l'offensive, et ce ne fut plus qu'une déroute complète pour l'ennemi.

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