PRÉFACE
fortune contraire. Au fond du cœur, il gardait Vinébranlable espoir de la délivrance, des revanches prochaines ; il répétait sans cesse : « Qui vivra, verra ! » En attendant, attaché à la composition de ses admirables Souvenirs — dont il lui fut donné de connaître le succès — il revivait,' si lointain déjà, son passé de gloire et d amour.
Il entendait encore les grands cris de bataille, la clameur des mêlées, les ordres lancés au milieu du feu. Devant ses pauvres yeux, meurtris par V obscurité de la geôle, passaient et repassaient, en éclairs, en éblouissantes visions, les charges magnifiques, les carrés écrasés sous les sabots des chevaux, ses combats singuliers sur le front des armées, toute la démente beauté de la Guerre, toute la splendide poussée à la Mort...
Il revoit aussi les sombres jours ; il raconte la foi merveilleuse des soldats, des rangs subalternes, dans V étoile et le génie du dieu : il a vu boire, de rage, les cendres des aigles impériales, après les Adieux de Fontainebleau ! « Tout cela, dit-il, fait encore battre mon cœur, quarante ans après. »
Avec délices aussi il se reporte au temps de ses « premières », de ses « secondes armes en amour », et de maintes autres passades. Il conserve toujours un tendre souvenir aux belles de France, de Hollande, de Bavière, d'Autriche, d'Espagne, à « ce sexe enchanteur », à toutes celles qu'il aima, dont