‹ Souvenirs de guerre, 1870-1871Chapitre 15 sur 36 · CHAPITRE VI Du 4 au 31 décembre · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Du 4 au 31 décembre

Les rrëres de k doclrine ctaréUenne. — Les liraillenrs de Belleville. — Fausses dépêches. — Le pain bis, — Le général Clianzy. — Bat^lle du Boui^et. — Nos braves marins. — Duel d'anillerie. — Bivouac. — Fausse attaque de la 3* armée. — La Ville-Evrard, — Attaque de nuit. — Panique. — Le commandant d'Hautovillc. — Une digressioQ. — Les stratagèmes de guerre. — Le commandant Perrier. — Les fastes du 69* de ligne. — La nuit de Noét. — Bombardemenl des forts de l'est. — Le plateau d'Avron.

'cembre. — « La lutte a'est suspenijue que m instant; nous allons la reprendre avec lion. Elevez vos cœurs à la hauteur du •s qu'exige la sainte cause pour laquelle edevons pas hésiter adonner noire vie. » Tels !s termes de l'ordre du jour que le général ; lious adresse. Hélas 1 en parcourant les tnents de l'armée, à Vincennes, j'entends de» ■sations qui me font craindre que ce mrmm auquel nous sommes conviés ne puisse

triompher de raffaiblissement physique de nos sol- <Jats et de rabattement moral produit par l'inutilité des efforts pour forcer le blocus.

5 décembre. — Un armistice est conclu pour -enterrer les morts. Les frères de la doctrine chrétienne font cette triste besogne. La conduite de -ces religieux. est au-dessus de tout éloge; ils n'ont pas craint d'exposer leur vie en ramassant les blessés jusque sous le feu de l'ennemi.

6 décembre. — Une lettre adressée au gouverneur par le général de Moltke annonce que notre armée de la Loire a été défaite près d'Orléans, et que cette ville est réoccupée par les troupes allemandes. Le général Trochu décline, en termes simples et dignes, l'offre de faire vérifier cette nouvelle par un de ses officiers.

7 décembre. — Nous rentrons au Moulin-Saquet. Les tirailleurs de Belleville, dont la lâcheté égale l'indiscipline, sont licenciés ; le fameux major Flourens est arrêté.

10 décembre. — Quel temps 1 nous enfonçons dans la neige. L'armée est înactive; on complète ses cadres, si éprouvés à Champigny, et ses munitions; la nouvelle artillerie se constitue : aurat-on le temps de s'en servir? Les bataillons de

marche de la garde nationale déjà équipés sont réunis en régiments commandés par des colonels ou des lieutenants-colonels. Les Allemands nous envoient de fausses dépêches par pigeon; elles annoncent l'occupation de Rouen, le découragement de la province et concluent à la cessation d'une résistance qui n'offre plus aucune chance de salut. Le gouvernement fait publier ces dépêches avec l'espoir que les procédés de l'ennemi, qui prouvent un commencement de lassitude et son désir de faire la paix, produiront un excellent effet sur le moral des troup^s et l'esprit de la population.

12 décembre. — Nous allons, sans doute, bientôt sortir de notre inaction, car la population, surexcitée, énervée par une liberté de presse sans limites, demande une sortie torrentielle. Les gardes nationaux des faubourgs protestent bruyamment contre leur inaction. Pour Dieul mettons-les donc en avant, et plaçons derrière eux les régiments de ligne, baïonnette croisée, pour les empêcher de faire demi-tour!

Félix Pyat propose d'instituer un comité de salut public : « Il faut décréter, assurer la victoire. »

Braves tirailleurs de Belleville, pourquoi vous a-t-on désarmés?

14 décembre, — La question des vivres commence enfia à préoccuper le gouvernement. Nous ne recevrons plus que du pain bis. Il y a quelques jourSj le bruit ayant couru que le pain allait être rationné, les boulangeries ont été envahies et vidées. Pourquoi, dès le commencement du siège, n'a-t-on pas imposé le rationnement de toutes les denrées? Si, comme le déclare te gouvernement, « le plus grand intérêt de la défense est de prolonger autant que possible la résistance de Paris », pourquoi avoir permis le gaspillage des vivres, dont nous avons tous été témoins (1)?

16 décembre. — Les dépêches officielles confirment les défaites, à la suite desquelles le général d'Aurelle de Paladines a été révoqué. L'armée de la Loire a été coupée en trois tronçons; le générât Chanzy commande les troupes restées sur la rive droite du fleuve, avec lesquelles il tient tête à l'ennemi entre Josnes et Beaugency. Le général Faidherbe organise la défense du Nord. La gation gouvernementale s'est transportée de à Bordeaux.

(1) Si, dès la début da siège, la rationnement av Imposé, Paris aurait pa tenir au moim trois mois de i

Nos deraières illusioD» s'envolent. Aucun secours du dehors n'est plus à espérer. Mais Paris devra lutter jusqu'au bout pour l'honneur.

18 décembre. — Gambetta annonce que Chanzy, « qui paraît être le véritable homme de guerre révélé par les derniers événemcnls » (1)^ après avoir tenu entre Marchenoir et Beaugency, ei^écute une « admirable » marche en retraite (2).

19 décembre. — Une affiche placardée sur les murs de Paris annonce que les portes de la ville seront ferméesàpartir de midi. Pourquoi, comme le 25 novembre, donner ainsi l'éveil à l'ennemi ?

20 décembre. — Le général Trochu se rend au fort d'Aubervilliers pour se mettre à la tête de l'armée, qui doit demain chercher à briser la ligne d'investissement par le nord. Notre division passe à la 3* armée, commandée par le général Vinoy; la brigade Biaise, moins deux, bataillons du 111%

(1) • Le géaëral Chanzy est certainement le plus capable 1h tous les cheFs que les Allemands eurent 1 combattre en rase ipagne. > (Uarécbal do Mollke.)

i) La retraite de la î' armée de la Loire sur Vendôme et Mans fait grandement bounenr au général Chanzy, surtout on lient compte des éléments dont il disposait ; mais le qua* latif < admirable > n'rst-il pas exagérée On dit maintenant: ■etraite infernale. Toujoui's'la légende!

quitte Yillejuif et le Monlin-Saquet pour prendre part aux opérations de demain. Je reste avec mon bataillon au Moulia-Saquet.

21 décembre. — Bataille du Bourget. Dès le matin, et jusqu'à 4 heures du soir, on entend le canon vers l'est. Si, comme on l'assure, l'objectif de la journée est au delà des lignes ennemies, le but proposé n'a pas été atteint. A cette époque de l'année, la durée des jours est, du reste, trop courte pour pouvoir franchir les lignes ennemies en une seule journée.

22 décembre. — Le village du Bourget, premier objectif de l'attaque principale, n'a pas été enlevé hier, malgré la bravoure déployée par les marins et le 138° de ligne. On espérait surprendre l'ennemi en l'attaquant dès la pointe du jou mais il était sur ses gardes. Les marins se se battus avec acharnement pendant plusieurs heui et ont été ensuite obligés de se retirer. Comme Champigny, — je pourrais dire : comme toujoui — un retard inexplicable a gravement comproo

le succès de la journée ; notre réserve n'est arriv qu'au moment oiî s'achevait la retraite. Les mari ont perdu la moitié de leur effectif j ils ont rei même des obus français I

Le général Ducrot^ qui ne devait entrer en ligne qu'après la prise du Bourget, s'était cependant décidé à lancer ses troupes en avant ; la ferme de Groslay a été enlevée et Tattaque poussée jusqu'à la ligne du chemin de fer de Soissons. Un duel d'artillerie s'est engagé et a duré jusqu'à 3 heures de l'après-midi. Le général Trochu a fait cesser le combat : il eût été, en effet, inutile et même dangereux de continuer le mouvement offensif, puisque le Bourget débordait notre aile gauche. Les troupes ont reçu l'ordre de bivouaquer sur le terrain et de se couvrir par des tranchées; leurs avantpostes occupent une longue ligne allant dé Bondy à la Coumeuve, par Groslay et Drancy.

Pendant le combat du Bourget, la 3® armée (général Vinoy), appuyée par les batteries du plateau d'Avron et des forts de Rosny et de Nogent, a fait une fausse attaque et s'est emparée de Neuilly-sur- Marne, de la Ville-Evrard et de la Maison-Blanche. La nuit venue, ces troupes se sont reportées en arrière, laissante la brigade Biaisé à la Ville- Evrard,

23 décembre. — Mon camarade d'Hauteville, qui commande le l^r bataillon du 111®, vient de se distinguer à la Ville-Evrard. Ce poste avancé

avait été occupé, le 21, à la tombée de la nuit, et l'on avaitomis de fouiller les caves de l'hospice, où des Saxons, surpris par notre attaque, s'étaient réfugiés.

Vers 10 heures du soir, la Ville-Evrard est attaquée de divers côtés. Aux premiers coups de feu les Saxons se précipitent hors des caves, tuent à bout portant le général Biaise, qui se tient avec quelques hommes devant un feu allumé dans la cour. On court aux armes. Un bataillon du 112% pris de panique, abandonne la position et se sauve à travers champs. Le commandant d'Hauteville fait fermer les portes du parc et place devant chacune d'elles quelques officiers armés de fusils. Les Saxons jettent dans le parc des matières enflammées, tirent par les créneaux des murs et somment les défenseurs de se rendre. Dans la cour de l'hospice, une compagnie du 112% trompée par des commandements faits en français, est attirée au dehors et faite prisonnière. Knfin, g l'énergie du commandant d'Hauteville e bonne contenance de son bataillon, les a échouent.

Vers minuit, la colonne qui prend la Evrard à revers m retire; elle est obligée d(

SOtIVENIIlR D£ GUERRE

SOUS le feu de dos soldats, qui tirent par tes créneaux du parc. Les Saxons qui ont tué te général Biaise sont passés par les armes.

Les attaques de nuit ne peuvent réussir que si les défenseurs surpris se laissent aller à la panique et s'ils sont mal commandés; l'exemple de la Ville- Evrard démontre qu'avec un peu de sang-froid on doit faire échouer toute tentative de ce genre.

Quant au stratagème que les Saxons ont employé pour attirer au dehors une compagnie et la faire prisonnière, il contient une leçon : à ta guerre, il faut être non seulement prudent, mais méfiant.

— Je fais ici une digression.

A différentes reprises, pendant la guerre de 1870, nos ennemis ont fait usage de certains stratagèmes qu'on ne saurait trop blâmer; car, si quelques-uns peuvent être admis, il en est d'autres tellement déloyaux, iniques ou inhumains,

"■"s déshonorent ceux qui les emploient.

est ainsi qu'aux batailles de Borny, d'Orléans Heurs, les Allemands levèrent la crosse en pour faire croire qu'ils se rendaient; nos sols'approchaient alors sans défiance et étaient es à bout portant.

Au combat de Beauvais (18 janvier), qui précéda la bataille de Saint-Quentin, le commandant Perrier, du 69® de ligne, recevait Tordre de se diriger sur le village de Caulaincourt, oii il devait relever un régimenl>de mobiles du Gard.

Avec son bataillon, il s'approcha de Caulaincourt sans défiance et s'engagea dans le village.

Arrivée à la hauteur de la première rue transversale, la colonne reçut quelques coups de feu tirés à très peu de distance par des soldats installés dans des maisons. Le bataillon s'arrêta et le commandant Perrier cria à ceux qu'il prenait pour des mobiles de cesser le feu. Ceux-ci agitèrent leurs mouchoirs et le feu cessa en partie, mais il ne tarda pas à recommencer au milieu d'éclats de voix et de rires bruyants; des tètes coifiées de bonnets de police apparaissaient à toutes les fenêtres. Quelques exclamations échappées à des soldats les plus rapprochés firent cesser toute incertitude. La colonne était tombée dans une embuscade tendue par les Allemands. Ceux-ci, après avoir fait prisonniers les mobiles qui occupaient le village, s'étaient emparés de leurs effets et s'en étalent revêtus. En même temps, un peloton prus-

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sien^ suivi bientôt de plusieurs autres^ s'avançait en ouvrant le feu sur le bataillon du 69®.

Tous ceux qui purent échapper à celle fusillade meurtrière se jetèrent à la suite du commandant Perrier dans le parc du château, où ils parvinrent à s'abriter derrière des clôtures ; mais une partie de la troupe fut cernée et faite prisonnière : le reste, avec le commandant Perrier, parvint, grâce à un soldat qui connaissait tous les sentiers du pays, à échapper à la poursuite de l'ennemi.

Puisque je viens de citer le nom du commandant Perrier, je raconterai ici sa belle conduite pendant la Commune : cet exemple de fermeté et de vigueur dans l'exécution mérite de fixer l'attention ; il est, en même temps, une leçon pour le gouvernement qui a honteusement abandonné Paris.

Le 18 mars 1871, dans l'après-midi, le 69® se rendit dans le jardin du Luxembourg, où il attendit vainement des ordres; pendant ce temps-là, l'armée quittait Paris pour se diriger sur Versailles; le régiment possédait environ trois cartouches par homme.

Le 19 au matin, le régiment se trouva cerné dans le jardin du Luxembourg par plusieurs ba-

taillons de la garde nationale. Le capitaine Jallu obtint du lieutenant-colonel commandant le régiment la permission de se rendre à Versailles pour demander des ordres. Parti sous un déguisement, le capitaine Jallu accomplit sa mission et revint porteur d'un ordre écrit qui enjoignait au commandant du régiment de se diriger sur Versailles.

Le lieutenant-colonel ayant quitté le régiment, le commandant Perrier en prit le commandement. Les fédérés le sommènent de déposer les armes, et, à la suite du refus qu'ils essuyèrent, ils envoyèrent, le 21 mars, Tex-lieutenant de vaisseau Lullier, — qui avait pris le titre de général en chef de l'armée de Paris, — accompagné de plusieurs bataillons, renouveler leur sommation.

Le commandant Perrier ne voulut accepter aucune des conditions qui lui étaient faites; il annonça aux fédérés son départ du Luxembourg pour le lendemain à midi.

Le 22 mars, à 11 h. 1/2, le régiment était sous les armes et se mettait en marche. La ferme attitude du chef du régiment lui fit ouvrir les grilles du parc sans coup férir.

Renseigné par un inconnu sur les forces qui gardaient les portes de la ville, le commandant

Perrier se dirigea sur la porte Maillot, défendue par un poste de peu d'importance. Le fédéré qui commandait ce détachement, menacé d'être passé par les armes s'il n'abaissait le pont-levis, et intimidé par la vue des troupes régulières, ouvrit le passage. Le 69® était sauvé, grâce à l'énergie de son chef. Il gagna Versailles, et l'Assemblée nationale vota des félicitations au 69^ ; le commandant Perrier fut nommé lieutenant-colonel.

J'ai eu l'honneur de commander le 69®; je ne puis, sans émotion, songer au bonheur, aux joies que j'ai éprouvés en me trouvant à la tête de ce brave régiment, placé en sentinelle avancée sur notre frontière de l'Est (1), et je garderai dans mon cœur le souvenir de ces beaux jours.

Puisse ce souvenir adoucir mon chagrin, dont l'amertume est loin d'être passée, d'avoir quitté si prématurément ce poste d'honneur et dit adieu à cette famille militaire, à laquelle je m'étais consacré tout entier 1

Comme dernier hommage rendu au 69®, je raconterai encore un fait d'armes — extrait des rapports oflSciels — qui restera ineffaçable dans

(1) Le 69<^ est en garnison à Nancy.

les fastes de ce régiment. Ces exemples d'héroïsme, .ces gloirps militaires du passé réconfortent les cœurs et les consolent des tristesses de l'invasion allemande.

Le 29 octobre 1812, l'armée anglaise, commandée par Wellington, battant en retraite sur le Douro, fit sauter plusieurs ponts et, entre autres, celui de Tordésillas. Ce pont se rompit de telle façon que la tour qui le surmontait resta du côté de l'ennemi, qui continua à le faire occuper par un poste de trente hommes, soutenu de tirailleurs placés derrière des murs et des ruines, et par le régiment de Brunswick-Oels, embusqué dans un bois de sapins. Ces dispositions rendaient on ne peut plus difficile la réparation du pont, et le passage paraissait impossible.

Mais les braves du 69^ n'en jugèrent pas ainsi. Onze officiers et quarante sous-officiers et soldats s'offrirent pour passer le fleuve à la nage. Quelques officiers et soldats du 39^ de ligne et du 6« léger demandèrent à partager la gloire < périls de celte tentative hardie. Le capitaine I gret, du 6» léger, désigné comme le plus entre ces braves, ^ mit à leur tête.

Par ses ordres, un radeau fut construit

porter les habitsiet les armes. Alors, se précipitant dans Teau, le sabre entre les dents, ces soixante hommes nagent, poussent leur radeau devant eux et parviennent sur la rive opposée malgré la vive fusillade des Anglais, malgi*é la largeur du Douro, la force du courant et le froid glacial des eaux.

Prenant terre, ils s'élancent vers la tour, l'attaquent et l'enlèvent aux Anglais, terrifiés par une agression aussi bizarre qu'héroïque; ils font onze prisonniers.

Le régiment de Brunswick, qui était placé à l'extrémité du pont, fut tellement épouvanté de cet audacieux coup de main que, au lieu de se porter au-devant de cette poignée d'hommes, il se mit tout de suite en retraite.

— Je reprends mon récit du siège de Paris.

24 décembre. — Le commandant d'Hauteville rentre au Moulin-Saquet avec son bataillon; il est vivement félicité pour sa conduite énergique et pour la proposition d'avancement dont il est l'objet. Il nous apprend que les bataillons mobilisés de la garde nationale qui se trouvaient en réserve, bien que séparés de l'ennemi par le village de Neuill y-sur-Marne et protégés par les bataillons

de gendarmerie^ se sont honteusement enfuis pendant Tattaque de nuit de la Ville-Evrard; un bataillon s'est même réfugié dans Paris. Et voilà ceux qui demandent la guerre à outrance^ « la sortie torrentielle » !

Mon compatriote le capitaine d'état-major de Boisdeffre est parti avant-hier en ballon; il va rejoindre le général Chanzy, dont il a déjà été aide de camp.

L'armée du général Ducrot continue à se retrancher sur les positions où elle s'est établie le 21 ; les travaux sont difficiles à exécuter, car la terre est durcie par la gelée. Les troupes souffrent beaucoup du froid ; la température s'est abaissée jusqu'à 14 degrés au-dessous de zéro ; les cas de congélation sont nombreux. Le génér-al Ducrot voudrait faire rentrer les troupes dans leurs cantonnements, mais le gouverneur s'y oppose : il faut bien faire croire à la population que la journée du 21 n'est que le commencement d'une série d'opérations. Aussi, l'artillerie du plateau d'Avron continue à tirer sur les positions ennemies.

25 décembre. — Pendant la nuit dernière (nuit de Noël), les tranchées de l'ennemi étaient éclairées; les Allemands ont fait, sans doute, leur

réveillon. Pauvre réveillon! La fête de Noël, en nous rappelant les joies de la famille, augmente encore notre tristesse.

Les eflTectifs fondent à vue d'œil. L'armée est découragée et surtout écœurée ; elle comprend que, « sacrifiée à la politique », elle ne lutte plus en vue d'un but militaire, ou pour sauver l'honneur, mais pour donner des représentations aux Parisiens.

Les officiers, qui, dans l'intimité, se communiquent ces tristes réflexions, continuent, pour la plupart, à donner devant la troupe l'exemple d'un caractère bien trempé, à l'abri de la démoralisation. Mais des symptômes significatifs ne permettent pas de douter que Français et Allemands aspirent après la paix.

26 décembre. — Le froid redevient excessif; le gouverneur donne l'ordre de faire replier l'armée de Ducrot et de la cantonner, en ne laissant que les troupes nécessaires à la garde des positions occupées.

Le commandant d'Hauteville est nommé lieutenant-colonel au régiment, en remplacement du nôtre, qui est promu colonel et reste à notre tête ; le capitaine Faure-Biguet est nommé chef de

bataillon au régiment; le général Paturel remplace Je général Biaise^ tué à la Ville-Evrard.

27 décembre. — Dès le point du jour^ une vive canonnade se fait entendre vers Test; c'est le bombardement tant de fois annoncé qui commence. Les forts de Rosny, de Noisy, de Nogent et les batteries du plateau d'Avron ripostent. Le bombardement est pour nous un véritable soulagement^ car tout est préférable à l'inaction, qui énerve les troupes et les démoralise. Le froid est toujours aussi rigoureux; la terre est couverte d'un manteau de neige.

28 décembre. — Continuation du bombardement. Le bruit court que Chanzy a battu l'ennemi, qu'il marche sur Paris et que le bombardement a f)our but de nous faire capituler avant son arrivée. <]!omment croire à un pareil retour de la fortune ?

29 décembre. — Le plateau d'Avron a été évacué cette nuit ; cette position n'était plus tenable. L'ennemi concentre son feu sur les forts de l'est, qui soutiennent ce duel d'artillerie; malheureusement, nos pièces ne sont pas d'assez gros calibre pour lutter avec avantage.

30 décembre. — Les journaux attaquent vivement le général Trochu à propos de l'évacuation

du plateau d'Avron ; ils lui reprochent de n'avoir pas pris de dispositions pour protéger les troupes qui occupaient celte position depuis un mois.

Le plateau d'Avron est sous le feu de nos forts de Test; il ne peut être sérieusement occupé par Tennemi. Si^ après les batailles de Champigny et du Bourget, on ne Ta pas évacué, c'est uniquement pour ne pas mécontenter les Parisiens surexcités, grisés par l'exagération — pour ne pas dire les mensonges — des rapports officiels. Gomment avouer aujourd'hui que la position d'Avron n'a plus aucune imp(»rtance? Tout est subordonné à cette (( maudite politique ».

31 décembre. — Encore une proclamation du général Trochu 1 Le gouverneur nous promet le concours de la garde nationale. N'est-il pas trop tard pour faire jouer à cette milice un rôle important?

Le bombardement dans l'est redouble d'intensité ; l'ennemi a augmenté le nombre de ses batteries; ses projectiles atteignent les positions que* nous avons occupées le 21 décembre.

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