‹ Souvenirs de guerre de M. ErzbergerChapitre 18 sur 39 · L'ALSACE-LORRAINE · texte numérisé non relu

L'ALSACE-LORRAINE

adversaire résolu de l'autonomie, fut rappelé. A sa place, on mit le bourgmestre de Strasbourg, le docteur Schwander. C'était le premier Alsacien, et de la classe bourgeoise, qui était appelé à ce poste après presque 50 ans. Le leader du Centre alsacien Ilauss devint secrétaire d'Etat pour l'Alsace-Lorraine. On commençait ainsi à appliquer le principe : l'Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains. Malheureusement, il était trop tard.

Pendant la guerre, l'Alsace-Lorraine fut placée en réalité sous le régime militaire, bien qu'en apparence l'administration civile restât à son poste. Le Landtag ne pouvait se réunir qu'avec l'approbation du Haut-Commandement et sous son contrôle. Celui-ci a souvent refusé son autorisation ou posé des conditions qui étaient indignes de représentants du peuple. La population, surtout en Lorraine, lit entendre des plaintes toujours plus pressantes. L'évêque de Metz lui-même fut souvent forcé d'élever des réclamations légitimes. 48 ecclésiastiques furent mis en Alsace-Lorraine en détention préventive. 36 en sortirent : 23 pour reprendre leurs fonctions, 13 pour être transportés à l'intérieur de l'Empire. La correspondance entre les évêques de Metz et de Strasbourg d'une part, et le Saint-Siège d'autre part, dut être, pendant longtemps, acheminée par moi. A la lin de 1915, je réussis enfin à obtenir que la correspondance directe fut autorisée. Les bureaux militaires allemands prirent à tâche d’intervenir dans les affaires ecclésiastiques et essayèrent même d'influencer les prédicateurs. Huit bureaux militaires différents sont intervenus dans les affaires ecclésiastiques du diocèse de Metz. Il arriva qu'un ecclésiastique, dans un village de trois cents habitants, obtint une souscription de 65.000 marks à un emprunt de guerre et recueillit 300 marks pour le fonds Ludendorff — ce qui ne l'empêcha pas d'être dénoncé pour ses sentiments « anti-allemands », bien qu'il eût mis toutes ses forces au service de la patrie, qu'il se fût occupé du logement des troupes, et qu'il eût mis son propre presbytère à la disposition des officiers allemands. Je m'efforçai plus d'une fois d'agir près des bureaux civils. Je n'obtins à peu près aucun

résultat parce que les militaires étaient tout-puissants^ Ces faits expliquent pourquoi une population allemande, qui avait vécu 47 ans dans la maison maternelle, put en déménager un beau jour sans tambours ni trompettes. Toutefois la question d'Alsace-Lorraine n'est pas résolue. La France s'en aperçoit tous les jours.

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