CHAPITRE XXIV
L’ARMISTICE
J'eus un soupir de soulagement, lorsqu'en décembre 1918, le Grand Quartier Général m'informa que toute l'armée allemande avait passé sans encombres le Rhin et que pas une seule formation n'avait été faite prisonnière par l'ennemi. Ce résultat, qui dépassait nos attentes, était dû à la prévoyance et au calme du Grand Quartier Général, ainsi qu’à la température très favorable, sèche et pas trop froide, qui avait permis de longues étapes.
Le 7 décembre, je reçus de Spa, où la Commission internationale d'armistice s'était entre temps installée, l'information qu'on pourrait négocier avec le maréchal Foch à Trêves, les 1 2 et 13 décembre 1918, au sujet de la prolongation de l’armistice, qui avait été conclu pour un mois. J'appris également que le commandement suprême des Alliés avait décidé d'étendre le blocus à la rive gauche du Rhin pour interrompre complètement le tralie des marchandises de l'Allemagne avec la rive gauche du Rhin occupée. Le lendemain arriva une dépêche du Haut Commandement français qui invitait le Haut Commandement allemand à désigner des plénipotentiaires pour la prolongation de l'armistice. J'eus une conférence avec le Conseil des mandataires du peuple. Je fis remarquer la différence qu'il y avait entre cette invitation et la première qui nous avait été adressée. Celle-ci avait été adressée au gouvernement qui avait nommé les plénipotentiaires.
Le Haut Commandement n'était pas intervenu. Entre temps, le gouvernement allemand avait essayé par cinq fois d'obtenir la paix préliminaire. On ne lui avait pas répondu. Il fallait donc craindre que les Alliés ne considérassent pas le gouvernement actuel comme capable de négocier. Je faisais observer que la dernière dépêche du maréchal Foch ne laissait aucun doute à ce sujet : le gouvernement actuel n'était pas reconnu par l'Entente. Cependant, l'Allemagne était obligée de conclure la paix au plus tôt. Il en résultait qu'il était impossible de nommer de nouveaux plénipotentiaires pour la prolongation de l'armistice. Les anciens plénipotentiaires négocieraient en vertu de leurs anciens pleins pouvoirs, ou bien le Haut Commandement militaire leur en délivrerait de nouveaux. Au cours d'un entretien (le 10 décembre) avec le Grand Quartier Général, la situation politique générale fut d'abord envisagée : les troupes revenues du front étaient devant Berlin. Beaucoup de gens demandaient que les troupes entrassent dans la ville sans munitions et mélangées à des ouvriers. Cette demande fut repoussée. Les troupes devaient être chargées de désarmer la population de Berlin. Au cours du déjeuner, le Maréchal s'excusa du repas frugal qu'il nous donnait. Lui-même, disait-il, malgré son grand âge, ne recevait que les aliments que touchaient les soldats. La cuisine était « faite dans la même marmite ». Le Grand Quartier Général, avant les négociations sur la prolongation de l'armistice, posait les conditions suivantes : les têtes de pont, la zone neutre seraient supprimées, et le Rhin serait considéré comme frontière; le trafic serait libre entre les territoires occupés et nonoccupés ; l'armée d'occupation serait réduite; les prisonniers de guerre seraient rendus et le blocus cesserait.
Le Grand Quartier Général américain de Trêves m'informa qu'il avait tout préparé pour nous recevoir. Je fus surpris lorsque, peu de temps après l'arrivée du train en gare de Trêves (quatre heures du matin), un officier de la police militaire américaine se présenta pour nous dire qu'il avait six autos prêtes pour nous conduire à F « Hôtel de la Poste », car, la veille, j'avais fixé à neuf
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heures T arrivée du train. A neuf heures, le Président de gouvernement et le bourgmestre de Trêves vinrent, accompagnés de plusieurs messieurs, nous saluer à la gare. Le lieutenant américain de garde fut très ennuyé. Il désira que les personnes qui n'appartenaient pas à la délégation se séparassent des autres. Nous ne prîmes pas cette remarque au sérieux et nous traversâmes la gare pour atteindre nos autos, escortés à droite et à gauche par des soldats américains. Plusieurs d'entre mes compagnons se réjouissaient peu de cette escorte, qui nous accompagna jusqu'à l'hôtel. Bientôt nous nous aperçûmes qu'il y avait là moins d'attention et de témoignage d'estime qu'une restriction insupportable de notre liberté. En effet, à peine arrivé à l'hôtel, lorsque j'exprimai le désir de faire quelques visites en ville, on me dit que l'ordre avait été donné de ne laisser sortir personne. Un conseiller de gouvernement qui s'occupait des logements fut également empêché de quitter l'hôtel. On lui fit remarquer que seul le capitaine américain pouvait permettre des exceptions à la règle. Or celui-ci était introuvable. Nous eûmes beau affirmer que cette personne ne faisait pas partie de notre délégation et n'avait rien à faire avec la Commission d'armistice, ce fut peine perdue. Tard dans la soirée, on lui permit de faire venir à l'hôtel le linge nécessaire pour la nuit. Des soldats américains étaient postés dans tous les couloirs et dans tous les escaliers. La propriétaire de l'hôtel avait seule la permission de sortir pour faire les emplettes indispensables. Même ses enfants n'avaient pas le droit d'aller à l'école pour le temps que la Commission resterait là. Un poste avait été installé au rez-de-chaussée. On mit quatre hommes à notre disposition pour le service. Les garçons de l'hôtel ne devaient avoir aucun contact avec nous. Les soldats américains se montrèrent d'ailleurs extrêmement polis. Ils me dirent que toutes ces mesures leur semblaient « peu dignes ». Je ne pouvais utiliser le téléphone que pour l'extérieur. Or, il était impossible d'atteindre Berlin parce que la nuit précédente tous les fils avaient été coupés. C'était l'internement en règle. Aussi je me décidai à demander au général américain qui
exerçait les fonctions de chef de l'administration civile de m'accorder une complète liberté de mouvements dans la ville de Trêves et au dehors. Je fus surpris d'apprendre du commandement américain que ces mesures avaient été ordonnées par le maréchal Foch, et que je devais m'adresser à lui. C'est ce que je lis aussitôt. Je demandai « toutes les libertés et tous les droits qui ont été jusqu'ici habituels dans les relations internationales entre représentants de gouvernements ». Les membres de la Commission d'armistice de Spa arrivés dans l'après-midi furent internés exactement comme nous dans leur hôtel. Les Américains trouvaient le service de plus en plus déplaisant. Un soldat me dit : « C'est dégoûtant comme on vous traite ». Les Américains expliquèrent les mesures dont nous étions l'objet par ce fait qu'on nous soupçonnait de propager le bolchévisme. L'évêque de Trêves me demanda par lettre de m'entremettre pour un ecclésiastique que l'armée d'occupation gênait dans l'exercice de son ministère. Je lui donnai la réponse écrite que je ferais le nécessaire. Mais ma dépêche me fut retournée par le Grand Quartier américain, avec cette remarque que « le maréchal Foch n'avait pas permis les relations entre la Commission allemande d'armistice et les habitants des territoires occupés. »
Cependant la population de Trêves avait appris que la commission d'armistice était internée. Lorsque des personnes de ma connaissance, en passant devant l'Hôtel, me saluaient par gestes et croisaient les bras en faisant allusion à notre captivité, le poste américain leur donnait l'ordre de continuer leur chemin. Finalement, l'hôtel et la place devant l'hôtel furent barrés par des troupes américaines. Cette situation peu digne de nous dura plus de vingt-quatre heures.
Le jour suivant, le Commandement Suprême des alliés fit savoir que le maréchal Foch désiraityrecevoir dans son train en gare de Trêves « les quatre plénipotentiaires allemands qui, le 8 novembre, à Rethondes, avaient présenté les pleins pouvoirs du gouvernement allemand. »
Lorsque je me rendis à la gare de Trêves, un soldat américain prit place sur le marche-pied de chaque auto. Notre
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internement n'était pas fini. Arrivés à la gare, nous trouvâmes le même wagon-salon où nous avions négocié dans la forêt de Compiègne. Les négociations commencèrent aussitôt, fréquemment interrompues par le bruit des trains qui passaient. La maréchal Foch fit lire à haute voix un exposé concernant les manquements au traité d'armistice. II nous fit remettre la note aux termes de laquelle le Commandement Suprême des Alliés se réservait le droit, s'il le trouvait bon, d'occuper la zone neutre sur la rive droite du Rhin, au nord de la tête de pont de Cologne et jusqu'à la frontière hollandaise, comme nouvelle garantie de l'exécution du traité. L'armistice devait être prolongé d'un mois. Les reproches qu'on nous adressait étaient les suivants : Nous n'avions pas livré en temps voulu les prisonniers de guerre. Nous n'avions pas restitué en temps voulu les papiers et les valeurs. Nous n'avions pas livré en temps voulu les sous-marins et les croiseurs cuirassés. L'après-midi, je remis à nos adversaires un Mémoire, où je rectifiais une série d'erreurs commises par eux. Je rappelais mes déclarations de Compiègne. J'affirmais que les délais fixés étaient trop courts. Ces objections, je les repris d’ailleurs oralement. J'insistai sur ce fait que, de leur côté, les Alliés n'avaient pas tenu leurs engagements au point de vue du ravitaillement de l'Allemagne en vivres et que maintenant ils donnaient même plus d'extension au blocus. Le maréchal Foch refusa d'entrer dans le détail des réclamations allemandes. Mais il prit note de ce fait que « le gouvernement allemand avouait son impuissance partielle et que la Commission allemande d'armistice reconnaissait qu'un état de révolution existait dans le pays et dans l’armée ». Foch était particulièrement dépité que le nombre des locomotives livrées par nous fût si insuffisant. Il envisagea la possibilité d'un rétablissement du libre trafic entre les deux rives du Rhin autant que la chose serait conciliable avec la sécurité des troupes alliées. 11 promit, à cet égard, de se montrer très « large ». Malheureusement, les autorités subalternes ne partagèrent point cette <c largeur de vues ». J'exprimai le désir que, pour régler la question,
des experts économistes représentant les deux parties fussent mandés à Spa. Le maréchal Foch y consentit. Il ajouta que personnellement il ne pouvait rien faire en ce qui concernait le ravitaillement en vivres ; il se mettrait en relations avec les autorités compétentes. Je parlai ensuite de l'internement malséant de la Commission : « Des plénipotentiaires allemands, envoyés parle gouvernement allemand dans une ville allemande devaient, disais-je, avoir autant de droits que ceux dont jouissent les habitants allemands de cette ville. » Foch promit donc leur pleine liberté de mouvements aux quatre plénipotentiaires, mais non pas, malgré les efforts que je fis, au reste du personnel. L'après-midi, un lieutenant américain, au nom de son colonel, vint me dire que les autorités américaines n'étaient pas responsables de l'internement. Il était la conséquence d'un ordre strict du maréchal Foch. Je priai le lieutenant de dire à son colonel : « Je n'avais pas attendu moins du libre peuple américain. »
Les négociations personnelles entre les Alliés et les plénipotentiaires allemands furent beaucoup plus aisées qu'à Compiègne. Le ton général en fut moins froid. Dans le cours de l'après-midi, je pus remettre une réponse détaillée aux reproches adressés à l'Allemagne par les Alliés. Les plus grandes difficultés provenaient du Directeur français des chemins de fer de campagne, qui exigeait une livraison quotidienne de 2.000 wagons et qui nous menaçait de sanctions s'il était obligé de refuser plus de 5 p. 100 des locomotives qu'on lui offrait. Le soir, la Commission d'armistice fut invitée par le Président de gouvernement et par le bourgmestre à une réunion intime. Dans la nuit, je reçus de Berlin la réponse que j'étais autorisé à conclure la prolongation de l'armistice, mais que l'Allemagne n'était pas responsable de ne pas avoir complètement rempli les conditions du traité de Çompiègne. Le gouvernement allemand supposait qu'on renoncerait à Y occupation de la zone neutre. Le 13 décembre, à 10 heures et demie, eut lieu la deuxième séance avec le maréchal Foch dans son wagon-salon. Foch déclara que le contrôleur américain des vivres, Hoover, ne pouvait donner des
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vivres à l'Allemagne que si l’Allemagne mettait à la disposition des Alliés et sous leur contrôle les 2,3 millions de tonnes de bateaux qu’elle avait dans ses ports. Je demandai ce que voulait dire le mot contrôle. L’amiral anglais Wymess répondit que les bateaux allemands seraient employés avec les bateaux des Alliés, et que le « pool » ainsi constitué fixerait la façon dont le fret serait réparti, car on était obligé d’utiliser au mieux le tonnage total. Je demandai si, comme il allait de soi, l’Allemagne garderait la propriété des bateaux, et s’ils navigueraient avec des équipages allemands. On me confirma expressément dans cette opinion. Je me déclarai prêt, en principe, à conclure un arrangement de ce genre avec les Alliés, si l’on commençait immédiatement le ravitaillement de l’Allemagne. Je demandai qu’on fixât tout de suite le moment et le lieu où les experts et les délégués des deux parties se réuniraient. L’amiral Wymess était d’avis que les négociations ne pouvaient avoir lieu à Spa. Il rappelait que les Alliés avaient formé deux commissions chargées de ces questions : l’une à Paris, chargée d’acheter les vivres, et l’autre à Londres, chargée de la répartition et du transport. Il n’était pas encore possible de fixer le lieu de la réunion. J’insistai à nouveau pour qu’on se décidât vite. Le maréchal Foch était prêt — disait-il — à parler aussitôt avec les gouvernements alliés et à transmettre mon vœu. Il était également prêt à transmettre, en le recommandant, mon deuxième vœu relatif à la conclusion rapide d’une paix préliminaire. Je m’étais plaint la veille que l’Allemagne n’eût pas reçu de réponse aux cinq questions qu’elle avait posées : c’était — me dit Foch — parce que Wilson ne devait arriver que le lendemain à Paris. On ne pouvait prendre de décisions avant son arrivée. Passant au détail du nouveau traité, je proposai que l’armistice fût prolongé, non seulement d’un mois, mais jusqu’à la conclusion de la paix préliminaire. Foch accepta en principe, mais il dit que l’Entente ne lui avait point donné de pleins pouvoirs à cet égard. Nous nous mîmes d’accord pour décider que l’armistice serait prolongé d’un mois et, sous réserve de l’approbation des gouvernements alliés,
jusqu’à la conclusion de la paix préliminaire. Je déclarai ensuite qu’il était impossible de remplir la condition relative à la livraison rapide du matériel de chemin de fer, comme je l’avais déjà dit dans la forêt de Compiègne. Le plus que nous pouvions livrer — disais-je —était 100 locomotives et 2.400 wagons par jour. Il était impossible de faire davantage. Foch voulait consulter d’abord ses experts. Il accepta en principe ma proposition. Je lui déclarai à nouveau que je ne pouvais accepter les sanctions aux manquements éventuels qui auraient lieu. La question fut renvoyée à la sous-commission, dans laquelle le général von Winterfeldt, aidé d’un officier habile, le major von Bôtticher, fit accepter la plupart de nos propositions. Malheureusement, il fut contraint d’accepter que des sanctions fussent inscrites au traité. Je fis remarquer qu’il n’y avait pas de raison pour occuper la zone neutre au nord de Cologne. Mais le maréchal Foch ne m’écouta pas. Je fus bien forcé d’accepter la stipulation en question. Cependant je puis ajouter que, pendant toute la durée de l’armistice, il n’en fut pas fait usage. Je protestai au sujet de l’enlèvement du vaisseau de ligne Baden au lieu du croiseur cuirassé Mackensen, non achevé. C’était—disais-je — un acte arbitraire. On ne m’écouta pas. L’amiral Wymess déclara que les négociateurs anglais de Compiègne avaient supposé, le 11 novembre, que le Mackensen était transportable. Le capitaine de vaisseau Vanselow lui répondit qu’il avait alors expressément déclaré que le Mackensen ne pourrait prendre la mer que dans dix mois : à cette époque, les Alliés n’avaient pas exigé un autre bateau en remplacement du Mackensen . L’amiral Wymess repartit qu’il s’était alors agi d’une simple déclaration orale : il n’en voulait point démordre. Je déclarai que j’avais cru jusqu’ici que des déclarations et des promesses orales valaient autant que les autres. Je demapdai qu’on nous laissât la flotte de pêche de haute mer, afin d’améliorer notre ravitaillement. L’amiral Wymess me répondit que les chalutiers allemands étaient nécessaires pour relever les mines; que s’ils ne voulaient pas relever les mines, ils ne pêcheraient pas non plus le poisson. Nous finîmes
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par nous mettre d’accord sur ce point. Berlin nous avait priés de demander que les délégués de la rive gauche du Rhin fussent autorisés à entrer et à sortir d’Allemagne pour prendre part à la réunion des conseils d’ouvriers et de soldats à Berlin. Le maréchal Foch et l’amiral Wymess refusèrent catégoriquement. Les négociations d’armistice étaient arrivées à un point satisfaisant pour l’Allemagne (étant donné la situation) lorsque la commission financière nous présenta une convention qui était — paraît-il — la condition sine quci non de la prolongation de l’armistice. Elle interdisait — entre autres choses — l’exportation de l’or et des valeurs étrangères et annulait les liquidations. J’acceptai cette convention, sous la condition que la réciprocité nous serait accordée. Les négociateurs ennemis acceptèrent. Lorsque, dans la soirée, je lis visite à l’évêque Korum, il me raconta qu’il avait déclaré à un officier supérieur français, qui était venu le voir, « que le maréchal Foch avait imposé à l’Allemagne un armistice dont les clauses étaient un objet de honte pour tout ho^me honnête ; que ce n’était plus un armistice, mais un acte de violence ; que le plus grand malheur qui pût arriver au territoire de la rive gauche du Rhin serait d’être soumis au régime français. L’évêque ajouta que, malgré ses 80 ans, il monterait ces jours prochains en chaire pour rendre au peuple allemand la foi en lui-même. Le soir, à 11 heures, nous quittâmes Trêves pour rendre tout d’abord compte de notre mission au Grand Quartier Général, qui fut satisfait de la façon dont s’étaient déroulées les négociations. En revanche, ces messieurs étaient peu satisfaits de ce qui se passait à Berlin : on n’y avait pas encore publié l’ordonnance sur le désarmement de la population.
La deuxieme prolongation de Varmistice fut nécessaire parce que les Alliés n’étaient pas d’accord sur les conditions d’une paix préliminaire, et d’autre part parce que ces négociations permettraient d’imposer de nouvelles charges à l’Allemagne. Le 9 janvier 1918, le maréchal Foch me convoqua à Trêves, aux mêmes conditions qu'en décembre. Je refusai, en déclarant que je ne me rendrais à cette convocation qu’à condition que je jouirais d’une pleine liberté
de mouvements pendant la durée des négociations. Je reçus une réponse favorable. Avant mon départ, j'eus un entretien avec les mandataires du peuple le vendredi 10 janvier. Les combats de rue qui avaient lieu depuis plusieurs jours rendaient difficile l'abord de la Chancellerie. Dans la Vosstrasse, on voulut m’empêcher de passer. Lorsque j’eus montré mes papiers, on me déclara que je pouvais me rendre à mes risques et périls à la Chancellerie. Le danger était réel. Pendant que je traversais la Wilhelmstrasse, les balles frappaient à droite et à gauche, au point que je dus passer par le jardin. Je communiquai aux mandataires du peuple le programme que j’allais suivre à Trêves. Il fut approuvé. Je ne demandai pas de pleins pouvoirs. Avant mon départ, je discutai avec les bureaux compétents l’état où se trouvait l’exécution du traité d'armistice. Au cours de la conversation que j'eus avec l'administration de la Marine, je m’aperçus à ma grande surprise que, malgré mes avis les plus nets, on avait travaillé depuis la conclusion de l’armistice à Compiègne à terminer des sous-marins. Les Anglais pouvaient s’en rendre compte en visitant les chantiers allemands. Des difficultés particulières étaient suscitées par une note du commissaire aux Finances français en date du 4 janvier. Cette note se proposait de réduire l’Allemagne à l’esclavage financier. J’y répondis par un refus catégorique, parce qu’elle n’était autorisée, ni par le traité d’armistice, ni par la convention financière de Trêves. Le samedi 11 janvier, je partis en train spécial, mais je ne pus atteindre la gare qu'en faisant un détour, à cause des violents combats qui se déroulaient aux environs. Du train, j’entendis le crépitement des mitrailleuses et l’éclatement des grenades. On transportait les blessés dans le hall de la gare. Je me rendis tout d’abord dans le sud de l’Allemagne, où je devais prendre part, le 13 janvier, à une conférence des directions des chemins de fer de l’Allemagne du sud. Je voulais me renseigner personnellement sur les quantités de matériel livrées. Les directions déclarèrent qu’elles avaient fait les plus grands efforts pour remplir les engagements qui leur étaient imposés par l'armistice. Elles
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étaient prêtes à permettre à des émissaires de l’Entente de se rendre compte sur place de la situation. C’était là une proposition que de Berlin j’avais faite à plusieurs reprises au maréchal Foch. Le 14 janvier, il y eut une conférence du Grand Quartier Général à Cassel. Il y fut décidé que si les Alliés demandaient qu’on formât un front commun contre le bolchévisme, je devais me déclarer prêt à signer une convention de ce genre. Des représentants du Ministère prussien des chemins de fer déclarèrent qu’une pause était nécessaire dans les livraisons de matériel si l’on voulait que notre trafic ne fût pas interrompu. Lorsque j’arrivai à Trêves, une pleine liberté de mouvements nous fut accordée. Dans la nuit, j’appris de Berlin que le gouvernement avait commencé à désarmer et à nettoyer énergiquement Berlin. Le 1S janvier, à 10 heures du matin, les négociations recommencèrent à la gare de Trêves. Du côté anglais, l’amiral Wymess était remplacé par l’amiral Browning. Je ne fus guère satisfait de ce changement. Browning avait perdu la main gauche ; elle était remplacée par un crochet d’argent. La maréchal Foch ouvrit la séance en remarquant que les délégués financiers de l’Entente étaient venus à ,Spa pour traiter les questions financières. J’acceptai aussitôt que les séances de la commission des Finances commençassent tout de suite. Foch demandait ensuite une sous-commission d’experts pour s’occuper de la flotte allemande de commerce, qui devait être mise à la disposition des Alliés en vue du ravitaillement de l’Allemagne en vivres. Je répondis que les experts allemands n’étaient pas encore là, mais qu’on pouvait procéder à un échange de vues n’ayant aucun caractère officiel. Comme d’habitude, le maréchal Foch fit énumérer une série de plaintes relatives à la non-exécution des conditions d’armistice. Il fut, il est vrai, obligé de reconnaître qu’en ce qui concernait la livraison du matériel, de « remarquables progrès avaient été accomplis ». Mais il exigea la sanction suivante: au lieu de réparer ses négligences par une livraison supplémentaire de 500 locomotives et de 1.200 wagons avant mai 1920, l’Allemagne livrerait une grande quantité de nouvelles machines agri-
coles de différents genres (58.000). Il exigeait en outre la subordination des prisonniers de guerre russes qui se trouvaient en Allemagne à une Commission interalliée ; l'occupation d'une nouvelle tête de pont formée à Kehl ; la livraison de tous les sous-marins, avec interruption complète de la construction des sous-marins ; la restitution immédiate du matériel enlevé dans le nord de la France et en Belgique ; la fixation immédiate des conditions dans lesquelles la marine de commerce allemande devait être mise à la disposition des gouvernements alliés et associés en vue de contribuer au ravitaillement de l'Allemagne et de l'Europe. Foch ne donnait que 24 heures de délai pour accepter ou repousser ces conditions. Je déclarai ces délais insuffisants. Répondant aux reproches français, j'affirmai que le peuple allemand voulait la paix, et au plus tôt ; que la démobilisation de l'armée allemande était presque terminée ; que la remise à l'Entente du matériel de guerre allemand était accomplie. On avait —disaisje — fait tout ce qu'il était humainement possible de faire en ce qui concernait la livraison du matériel de chemin de fer ; tous les prisonniers de guerre des Alliés avaient été rapatriés. Jusqu'au 8 février, l'Allemagne avait rendu plus de 24.000 officiers et presque 1.200.000 hommes. L'empressement que nous avions mis à restituer les valeurs ennemies était de nature à imposer le respect aux adversaires les plus exigeants. J'avais installé un bureau central spécialement chargé de hâter l'exécution de l'armistice. Les conditions imposées à la marine étaient remplies presque entièrement; ce qui n'avait pas été réalisé était précisément ce que j'avais qualifié d'irréalisable. Les ateliers allemands de chemins de fer n'avaient travaillé depuis des semaines que pour les Alliés. L'Allemagne avait rempli loyalement ses engagements. Mais chaque jour apportait de nouvelles plaiiîtes au sujet de l'attitude des Alliés qui contredisaient les accords que nous avions passés. 11 s'agit surtout — disais-je — des mesures prises pour séparer les territoires occupés du reste de l'Allemagne, de l'arrestation illégale de propriétaires et de directeurs d'entreprises industrielles qui se trouvaient légitimement en pos-
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session de machines enlevées en France et en Belgique. L'expulsion brutale des Allemands d'Alsace-Lorraine contredisait le traité d'armistice. Les mesures du commissaire français des Finances constituaient des procédés tels que seuls jusqu'ici les Bolchewiks en avaient employé en Russie, car iis touchaient à la propriété allemande privée... Je ne m'inclinerais pas devant les exigences édictées par le commissaire. Je montrais en outre que, malgré toutes les promesses, l'importation de vivres n'avait pas lieu. La faim et le désespoir enlevaient au peuple allemand son reste de force.
Nous insistions donc sur deux points : rapatriement immédiat des prisonniers de guerre et conclusion immédiate de la paix, car personne n'avait le droit de retarder la paix, a A la violence du vainqueur, j'oppose les droits éternels du peuple allemand, qui doit pouvoir vivre et se développer. Ce droit est sacré et intangible. L'Histoire ne considérera pas comme grand celui qui empêche la paix, mais celui qui apporte la paix générale et durable, avec la réconciliation des peuples ». Le maréchal Foch ne voulut pas envisager une série de ces réclamations. Mais dans la suite de l'entretien, il reconnut que le détail de ces plaintes ne lui avait pas été transmis. Une vive discussion s'ensuivit. Il s'agissait de savoir quelle extension il fallait donner à la promesse de ne pas punir ceux qui avaient pris part à des mesures du guerre. Le maréchal comprenait par là la cessation des poursuites contre l'espionnage, mais non pas contre l'achat de matériel qui avait été saisi dans les territoires autrefois occupés par l'Allemagne. Je n'étais pas de cet avis. La question fut renvoyée à la sous-commission, où, après bien des efforts, elle fut résolue d'une façon satisfaisante pour les deux parties. Les personnes arrêtées seraient (sauf une exception) mises en liberté et de nouvelles arrestations n'auraient pas lieu. De vifs débats s'engagèrent à propos de l'expulsion brutale des Allemands d'Alsace-Lorraine. Le maréchal Foch déclara que le gouvernement français ne pouvait pas entrer dans cet ordre d'idées, parce qu'il s'agissait de questions purement militaires. Il refusait de faire droit à tous
les desiderata énoncés à cet égard. Quand il pensait à ce que les Allemands avaient commis à Lille et dans le nord de la France envers les populations, il se voyait dans l'obligation de nous prier de ne pas insister davantage. Je répondis qu'il fallait faire les distinctions voulues. Des mesures prises pendant la guerre ne pouvaient pas être comparées à celles qu'on prendrait pendant l'armistice. Le maréchal Foch fît remarquer que la France ne vivait pas en paix avec l'Allemagne. « Or, on est en guerre ou en paix, pour moi, il n'y a pas de milieu ». — « Le milieu est précisément l'armistice qui nous donne aussi, à nous, Allemands, des droits », répliquai-je. Foch déclara catégoriquement que non seulement il ne voulait pas continuer avec moi ces discussions, mais qu'il ne changerait rien aux prescriptions concernant l'Alsace Lorraine. J'accueillis ce refus avec l'expression de mon profond regret en faisant observer que des innocents en souffriraient, et que la France n'en aurait aucun avantage. Je dis encore que le gouvernement français, par les mesures préconisées par son commissaire aux Finances, soutenait le bolchévisme. Le, maréchal Foch repoussa cet argument en déclarant qu'il ne voulait pas soulever de questions de droit. Je dis que là-dessus j'étais d'accord avec lui. Toute la note rédigée par le Commissaire fut laissée de côté. Comme on tardait toujours à rendre les prisonniers allemands qui se trouvaient en Turquie et dans le sud delà Russie, j'observai que c'était un crime plus grand que celui que les Turcs avaient commis contre les Arméniens, car les pauvres Allemands étaient voués aune mortcertaine. Le général Weygand me dit qu'il espérait pouvoir me donner là-dessus une réponse satisfaisante dans quelques jours. Il ajouta qu'il était difficile que les Alliés fussent toujours d'accord. Une des puissances alliées n'avait pas encore donné sa réponse. L'après-midi et durait la soirée eurent lieu des séances de la Commission financière, qui firent favorablement augurer du ravitaillement de l'Allemagne en vivres.
Les délais fixés pour de nouvelles négociations avec le maréchal Foch étaient extrêmement courts. Le jeudi
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matinée n'avais pas encore de nouvelles de Berlin. J'apprenais seulement que les conditions d'armistice envoyées aussitôt par télégramme n'étaient pas encore arrivées. Je tentai donc de me mettre en relations téléphoniques avec le gouvernement, car le maréchal Foch m'avait fait dire qu'il lui fallait absolument partir dans la journée. Il était très difficile de se comprendre par le téléphone. Ce fut à grand'peine que je pus obtenir un premier avis. Je devais faire la déclaration suivante : « Le gouvernement allemand prend connaissance des conditions du maréchal Foch, mais déclare qu'elles sont pratiquement inexécutables ». Je posai de nouvelles questions. On me répondit, qu'en signant le traité, je devais écrire cette déclaration avant mon nom; que si le maréchal Foch s'opposait à cette addition, je ne devrais pas signer, mais rompre la conversation; que si le maréchal Foch demandait si la délégation allemande considérait que, par cette méthode de signature, la prolongation de l'armistice était effective, je devais répondre que je n'avais rien à ajouter, et je devais partir pour Berlin; que si le maréchal Foch annonçait ensuite la reprise des hostilités le vendredi matin, je devais rompre la conversation et m'en aller. J'eus une peine infinie à prendre ces instructions. Ayant demandé à nouveau quelles étaient les conditions que Berlin estimait inexécutables, on me répondit que je devais désigner comme tels la livraison des machines agricoles, et particulièrement les délais insuffisants de livraison. Ayant encore demandé si je pourrais signer si j’obtenais làdessus une concession, on me répondit affirmativement. Toutes les autres conditions du maréchal Foch seraient expressément qualifiées d'inexécutables. Ces instructions téléphoniques obtenues d'autorités qui changeaient constamment de point de vue ne furent pas un chef-d'œuvre politique.
Vers onze heures, je me rendis à la gare chez le maréchalFoch. J'apportais lanouvelle du meurtre de Liebknecht et de Rosa Luxemburg. Cette information produisit sur tous les assistants une profonde impression. Je déclarai immédiatement impossible la livraison du matériel agri-
cole au 1 er mars 1919. Ce serait anéantir l'agriculture allemande et supprimer la récolte prochaine. Foch dit alors qu'il en était de même en France, qu'en France aussi on manquait de ces machines. « Mais la France, elle, n'en a pas volé! » Je me déclarai prêt à la restitution des machines enlevées. Mais il ne fallait pas demander l'impossible. Dans le court intervalle d’hier à aujourd'hui, on n'avait pas pu constater combien de machines de différentes sortes existaient en Allemagne; je ne pouvais fixer de délais pour la livraison. Foch insista. Il demandait que nous livrions immédiatement 50 p. 100 du matériel exigé. Pour le reste, on causerait. Je répondis que c'était impossible. Foch réduisit ses prétentions au tiers. J’affirmai que je ne pouvais pas prendre un pareil engagement, et que d'ailleurs il n'avait point de valeur pratique pour la France, car, d'ici le 1 er mars, la France n'avait besoin ni de machines à faucher, ni de lieuses mécaniques. Or, nous voulions faire du travail pratique. Foch proposa que, d'ici le 1 er mars 1919, nous fournissions un tiers du chiffre total des machines, avec faculté d’opérer des échanges entre les différentes sortes de machines. Les délais de livraison expireraient le 1 er mai, du moins tel était « le principe adopté ». Je proposai le 1 er juin. On se mit d'accord sur cette base. La lutte fut âpre avec les représentants de la marine au sujet de la livraison des nouveaux sous-marins. En visitant les chantiers, les Anglais avaient appris, qu'en dépit de mes ordres, on avait continué à en construire pendant l'armistice. Ils demandaient ces 64 unités, même si elles é 1 .aient seulement capables d'être remorquées. Nous protestâmes contre cet acte évident de violence, car ces sous-marins n'étaient pas visés par l'accord de Compiègne. Le maréchal Foch essaya de s'entremettre ; visiblement, il était du côté des Allemands. Jusque-là, on n'avait parlé qu'anglais et allemand. Le maréchal Foch essaya maintenant de négocier en allemand et en français. Je lui exposai ainsi notre point de vue : Nous nous étions engagés à livrer tous les sous-marins « mis en service ». Cet engagement, nous l'avions tenu. Mais nous n'étions pas obligés de livrer des bateaux à demi-terminés ou qui
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n’étaient pas encore en service. Foch déclara, qu’à son avis, seuls les sous-marins terminés étaient visés, que l’Allemagne avait le droit de détruire ou de désarmer les sous-marins qui n’étaient pas encore en service. Même l’amiral anglais Browning, devant les objections du maréchal Foch, dut admettre que nous aurions le droit de désarmer nous-mêmes ces bateaux. Je fis remarquer que nous pouvions enlever le matériel des sous-marins non terminés et l’utiliser pour des fournitures au profit de la France et de la Belgique. Nous maintînmes donc, et avec succès, notre protestation. J’émis à nouveau le vœu que la liberté du trafic fût rétablie entre les deux rives du Rhin. En ce qui concernait les marchandises, le maréchal Foch se montrait assez conciliant. Mais il ne pouvait pas permettre le trafic des voyageurs, parce qu’il y avait peu de temps les Bolchewiks avaient essayé, de Düsseldorf, d’entrer dans le territoire occupé. « Nous ne voulons pas être contaminés par le bolchévisme ». En ce qui concernait la libération immédiate des prisonniers de guerre allemands, Foch déclara qu’il n’était point compétent et qu’il soumettrait à nouveau ma demande aux gouvernements alliés.
Nous étions maintenant d’accord sur tous les points, excepté la clause qui nous invitait à mettre les bateaux de commerce allemands à la disposition des Alliés pour le transport des vivres. Les experts pour cette question ainsi que pour celle du ravitaillement n’arrivèrent, par suite d’un retard inopiné, que le soir à 4 heures et demie de Cologne. Aussitôt les négociations commencèrent. Français et Américains insistaient pour qu’un accord immédiat fût conclu au sujet de la flotte de commerce allemande. On convint que, dans des délais aussi courts, un accord définitif était impossible, mais qu’on pouvait s’entendre sur le principe. Le maréchal Foch exigeait de moi, dans des délais de deux heures, l’accord définitif sur le fret. Je répondis que c’était impossible, que la question ne pouvait plus être réglée aujourd’hui ; à quoi le marécbfcil Foch répliqua qu’alors l’armistice ne serait point prolongé. Il me demanda ce que je proposais. Je me déclarai
prêt à signer un accord général, qui mettrait la flotte allemande de commerce à la disposition des Alliés, pendant l'armistice, pour le ravitaillement de l'Allemagne et de l'Europe. Les détails seraient réglés dans un accord particulier. Foch me demanda sij'étais au courantde la question du ravitaillement, etil m'informa que la question avait été entre temps étudiée. A Londres, un Bureau Central avait été créé, chargé de régler le ravitaillement des Alliés, des neutres et de l'Allemagne. Tous les navires de commerce du monde devaient être mis à la disposition de cette Commission. Les Alliés et aussi les neutres s'étaient déjà exécutés.-La flotte allemande serait, elle aussi, versée dans ce « pool ». La disette de bateaux était telle qu'il fallait utiliser à fond ceux qu'on possédait. Il fallait que le pool pût disposer de tous les bateaux, car on devait aussi s'occuper de pays qui, comme l'Autriche, Ta Serbie et la Suiàse, n'avaient point de flotte à eux. C'étaient les Etats- Unis qui se chargeaient de la fourniture des vivres. Je déclarai que je comprenais fortbien qu'on utilisât à fond le tonnage mondial. Mes propositions étaient conformes à ce plan, mais je me voyais dans l'obligation d'insister sur ce fait que l'Allemagne était propriétaire de ce qu'elle versait dans ce pool, et qu'elle devait par conséquent jouir de droits égaux aux autres. Foch m'approuva, mais il voulait qu'on réglât dès maintenant les détails de l'accord. Je répétai que c'était impossible, mais que j'étais prêt, dans l'intérêt du ravitaillement de l'Allemagne, à signer un accord général. Foch interrompit la séance pendant une demi-heure pour examiner notre proposition. Après 20 minutes, il me fit dire qu'on pourrait signer dès aujourd'hui le détail de l'accord, car les experts alliés étaient du même avis dans toutes les questions. Après une demi-heure d'entretien avec ses experts, le maréchal Foch revint, et déclara qu'il approuvait ma proposition, sous réserve de quelques modifications : pour la durée de l'armistice, la flotte allemande de commerce serait placée sous le contrôle et naviguerait sous le pavillon des Puissances alliées afin d'assurer le ravitaillement de l'Allemagne et du reste de l'Europe. On ferait entrer dans le
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pool un délégué allemand. On se réservait le droit de disposer définitivement des bateaux ; on pourrait changer les équipages allemands (clause de défense contre le bolchévisme) ; on promettait une indemnité convenable pour l’utilisation des bateaux ; les détails seraient réglés dans un accord spécial. Le maréchal Foch déclara qu’il transmettrait, en la recommandant aux gouvernements alliés, ma demande relative au rapatriement rapide des prisonniers de guerre allemands. Il promit également des atténuations prochaines dans ^réglementation du trafic et des relations entre les contrées occupées et les contrées non-occupées. En ces matières, il ne connaissait — disaitil — qu’une limite : le sécurité de ses troupes. Les mesures prises à l’égard de la flotte de commerce allemande déchaînèrent parmi les armateurs une campagne d’une violence inouïe contre moi. Et cependant c’était un fait que sans cet accord l’armistice n’aurait pas été prolongé, et l’Allemagne n’aurait pas reçu les vivres qui lui étaient indispensables : il aurait donc été impossible de nourrir la population allemande jusqu’à la prochaine récolte. On m’a objecté qu’on aurait pu obtenir un meilleur résultat pour l’Allemagne si on s’était mis d’accord sur cette question en dehors du traité d’armistice. On oubliait que le maréchal Foch l’avait refusé de la façon la plus catégorique, et que j’avais fait tout pour faire adopter cette solution. Ce que les experts des Alliés ont plus tard stipulé dans l’accord particulier qui a été conclu avec les experts allemands fut le maximum de ce que les Alliés voulaient concéder. Tout le cours des négociations le prouvent avec toute la clarté désirable.
Revenu à Berlin, je trouvai les gens consternés de la clause relative aux machines agricoles. Le secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, Brockdorff-Rantzau, employa des termes particulièrement vifs contre la conclusion du traité d’armistice, et seulement d’ailleurs à cause de cette stipulation. Tous les secrétaires d’Etat me déclarèrent pour la même raison au cours delà séance du matin qu’il était absolument impossible d’exécuter le traité. Il n’aurait pas dû être signé. Mais lorsque je demandai si on s’était
renseigné sur le nombre des machines agricoles que nous étions réellement en état de fournir, tout le monde se tut. L’après-midi, j'avais déjà convoqué chez moi des représentants du Ministère de l’Agriculture et de l’Industrie allemande des machines. J’entendis affirmer, sans que personne se levât pour contredire, que l’industrie allemande était capable de livrer rapidement les machines exigées — naturellement pas le nombre élevé de charrues à vapeur. Mais comme, d’autre part, il nous restait la faculté de remplacer telles machines par telles autres, l’Allemagne n’aurait point de difficultés insurmontables à vaincre. On partait de ce principe qu’on n’enlèverait pas une seule machine à l’agriculture allemande, qu’on ferait appel seulement aux maisons qui avaient déjà livré des machines à l’étranger, et que, des offres faites par ces maisons, 50 p. 100 seraient défalquées pour les besoins nationaux. Si la livraison des machines a subi des retards, c’est parce que les commissions alliées de réception se sont montrées extrêmement mesquines, et parce que la France n’a pas tenu ses promesses en ce qui concerne les livraisons de matières premières, par exemple, celles des forges de Lorraine.
La troisième prolongation de Varmistice commença à Trêves le 4 février 1919 par des pourparlers préalables avec les différentes sous-commissions. J’invitai la commission de navigation, la commission des finances, la commission du ravitaillement de faire en sorte que les trois traités fussent prêts à être signés en même temps, et que le travail des trois commissions fût considéré comme un travail d’ensemble. En tout cas, le départ de la flotte de commerce allemande ne pouvait avoir lieu que lorsque la livraison des matières premières serait, en vertu de l’accord financier, absolument sûre. L’administration américaine de l’armée avait, d’après mes renseignements, laiss^ entendre qu’elle était prête à utiliser des vapeurs allemands de passagers pour le rapatriement de ses soldats. Puis on me fit dire par des intermédiaires que ce plan était inexécutable. D’après une autre information, les Américains devaient prendre part aux futures négociations, au sujet de la pro-
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longation de l”armistice. Ces informations ne se réalisèrent pas. La première discussion eut lieu, toujours dans le wagon-salon, à 3 heures de l’après-midi, à la gare. Le maréchal Foch l’ouvrit en déclarant que les gouvernements alliés avaient refusé de prolonger l’armistice jusqu’à la conclusion de la paix préliminaire. De nouvelles négociations étaient donc nécessaires. On énuméra d’abord une série de réclamations au sujet de l’exécution défectueuse des traités jusqu’ici conclus. Presque tous les reproches qu’on nous adressait avaient trait aux retards apportés dans la livraison du matériel de chemin de fer et des machines agricoles. L’Entente réclamait l’exécution des engagements pris jusqu’à ce jour, l’arrêt de l’offensive allemande contre les Polonais en Posnanie, en Prusse Occidentale et en Haute-Silésie; l’évacuation de la province de Posen, d’une grande partie de la Silésie Moyenne et de toute la Haute-Silésie. L’armistice prolongé ne serait accordé que pour « une courte durée, avec un délai de trois jours pour le dénoncer ». Les exigences relatives à l’évacuation de la Posnanie et de la Haute-Silésie étaient d’une portée tellement énorme que je refusai de négocier à ce sujet sans l’approbation de l’Assemblée nationale, qui s’était entre temps réunie. Cette exigence ne m’étonnait pas. Avant mon départ, j’avais prié plusieurs ministres prussiens de travailler à la conclusien d’un arrangement amiable avec les Polonais. On m’avait répondu : « La Prusse ne négocie pas avec des mutins ». Je lis remarquer qu’il serait bien plus désagréable d’encourir des mesures de contrainte de la part de l’ennemi et de se voir arracher plus de concessions que par une entente directe. Mes craintes n’étaient que trop fondées. Dès le 16 février, le maréchal Foch réclamait une réponse définitive et refusait tout délai, bien que j’eusse demandé de commencer plus tôt les négociations. Tout en me réservant de revenir sur le détail des réclamations alliées, je fis d’abord entendre les plaintes allemandes : l’armistice répandrait de nouvelles défiances et de nouvelles haines, il provoquerait même le désespoir; l’Allemagne l’avait payé de sacrifices énormes ; elle avait déjà livré des valeurs pour presque
cinq milliards de marks; la démobilisation était faite. 200.000 hommes seulement étaient encore sous les armes. La restitution des valeurs ennemies, atteignant maintenant une somme de 800 millions de marks, était presque terminée. L’Allemagne, au prix de lourds sacrifices, avait essayé de remplir les autres conditions du traité ». L’Histoire considérera comme une brutalité inouïe le maintien de nos prisonniers en captivité. Malgré toutes les promesses qu’on nous avait faites, les territoires occupés étaient toujours bloqués. On continuait à arrêter des industriels et des liquidateurs. Le peuple allemand ne pouvait pas vivre des promesses alliées. On retardait toujours le ravitaillement en vivres. J’adressai un appel personnel au maréchal Foch. Je lui rappelai, qu’en 1871, Bismarck, sur la demande de Jules Favre, avait mis à la disposition de Paris affamé tous les vivres dont disposaient les magasins allemands. Favre avait alors avoué : « Si les Prussiens ne nous avaient pas donné de farine, nous serions morts de faim ». Peu à peu, disais-je, le peuple allemand se désespère. Le désespoir est la mère du bolchévisme. C’est une maladie physique et morale causée par la faim. Le meilleur remède est le pain et le Droit. On nous refuse toujours la paix que nous n’avons cessé de demander. Le maréchal Foch me répondit que les prisonniers de guerre malades et blessés seraient rapatriés rapidement et que personne ne serait plus arrêté à l’avenir comme détenteur de machines étrangères. Il refusa toutefois d’aller plus loin dans les concessions en faveur du rapatriement des prisonniers, parce que c’étaient les Alliés et non lui qui pouvaient seuls décider de cette question.
Une sous-commission fut créée pour fixer la ligne de démarcation polonaise. Elle réussit à annuler l’évacuation de certaines parties de la Silésie Moyenne et de la Haute- Silésie. L’amiral Browning me demanda s’il éfctait exact que la flotte allemande de commerce ne quittât point les ports. Je lui répondis que mon point de vue était bien net : l’accord sur la navigation, sur le ravitaillement et sur les questions financières était pour moi un tout unique. Les bateaux ne partiraient que lorsque les trois accords
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seraient conclus, car il pourrait se produire qu’on ne réussît pas à s’entendre sur l’accord financier. On ne nous avait même pas communiqué les conditions fixées par le pool. A la fin de la conversation, je fis toutes mes réserves sur le reste des questions, et dans le courant de la journée, je remis aux Alliés, en une série de mémoires, la réponse allemande aux réclamations des Alliés. Le lendemain samedi, Foch me fit dire qu’il lui fallait absolument la réponse du gouvernement allemand avant le dimanche à midi. Je n’avais point de réponse ni de Berlin, ni de Weimar, où le gouvernement allemand s’était rendu avec l’Assemblée nationale, parce que les dépêches que j’avais envoyées n’étaient pas arrivées à temps. Le dimanche matin, en me rendant à la messe à la cathédrale, je rencontrai, sous le porche de l’église, le maréchal Foch avec tout son état-major.
Dans les entretiens qui suivirent avec les experts et les commissaires, on se demanda si du fait que « la Commission d’armistice devait travailler d’après les instructions du commandement suprême des Alliés », ne résultaient pas de nouvelles charges pour l’Allemagne, et s’il n’y avait pas là une sorte de dictature exercée sur notre pays : Foch aurait-il le droit de décider à lui seul de l’interprétation du traité ? Si telle était la véritable intention des Alliés, déclarais-je, je ne signerais en aucun cas. J’ajoutais que j’espérais possible un accord. L’après-midi, on me fit savoir téléphoniquement de Weimar que le gouvernement avait décidé de m’autoriser à signer le nouvel accord. On me dit encore que le ministre des Affaires Etrangères, le comte Brockdorff-Rantzau, avait donné sa démission. A mon retour à Weimar, j’appris que cette nouvelle était due à la nouvelle stipulation au sujet de l’évacuation des territoires polonais : la veille, le comte Brockdorff-Rantzau avait protesté à l’Assemblée nationale. Lorsqu’il avait reçu ma dépêche de Trêves, il avait, disaiton, éveillé en pleine nuit le président du Reich et le Chancelier, et, dans son émotion, leur avait déclaré qu’il ne fallait pas prolonger l’armistice si on y mettait cette condition.
Mais les autres ministres et les représentants des partis
de la majorité s’étaient prononcés, après de longs pourparlers, pour la signature. Malgré tout, le comte de Brockdorff-Rantzau resta en fonctions.
Immédiatement avant la reprise des négociations avec le maréchal Foch, les directeurs des deux grandes compagnies allemandes de navigation vinrent me dire que le colonel américain Gonger leur avait fait savoir qu'il ne comprenait pas que l'Allemagne ne signât pas le nouvel accord, car les Américains et les Anglais avaient obtenu que le traité n'imposât point à l'Allemagne de nouvelles charges. A cinq heures, les négociations finales eurent lieu avec Foch, comme d’habitude à la gare. On établit bientôt que la phrase dont j'ai parlé et qui nous avait causé de si vifs soucis n'apportait aucune modification aux attributions des membres de la Commission d'armistice, et que la répartition des attributions et des droits restait la même que par le passé. Je demandai pourquoi l'armistice n'était pas prolongé d'un délai fixe, par exemple d'un mois. Je fis remarquer que dans peu, de temps il faudrait bien que nous en venions à négocier la paix préliminaire. Foch me répondit qu'il n'avait rien à dire de précis là-dessus. C'était possible. Il le présumait. Je répondis qu'il était pour moi naturel que si, par suite de malentendus, on en venait à dénoncer l'armistice, j'en serais personnellement averti à temps. Le maréchal Foch me le promit, bien qu'il déclarât ne pouvoir rien changer au délai de trois jours. Quant aux vœux et aux propositions particulières concernant l'exécution du traité d'armistice, le maréchal Foch les accepta pour conférer à leur sujet avec les Alliés, mais il refusa de faire entrer ces propositions dans le texte de l'accord. Nous essayâmes de faire mettre les villes allemandes de Birnbaum et de Bentschen hors de la ligne de démarcation polonaise. Nous y réussîmes pour Bentschen. Le reste fut soumis à une commission. En remettant une prestation du gouvernement allemand au sujet des conditions qui nous étaient imposées à propos de Posen, nous signâmes le traité d'armistice, non sans faire constater expressément que les bateaux allemands ne quitteraient les ports que lorque les arrangements relatifs au ravitaillement en vivres
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et au paiement de ces vivres auraient été exécutés. Le maréchal Foch promit une prompte réunion de la Commission compétente en ces matières. On ne lit pas usage du court délai de trois jours que j'avais tant redouté lors de mon retour à Weimar. Ce fut au contraire la dernière prolongation du traité d'armistice. Il alla sans interruption et sans nous imposer de nouvelles charges jusqu'à la conclusion du traité de paix et sa ratiiication.
Les négociations de la commission envoyée par moi à Posen alin d'exécuter l'accord relatif à l'évacuation n'eurent, à cause de l'attitude des Polonais et des Alliés, aucun résultat. Je rappelai donc la Commission.
À la lin de mars 1919, j'appris de Spa que les Alliés exigeaient qu'aux termes du premier traité d'armistice par lequel des Alliés avaient obtenu le libre accès par Danzig et la Vistule, l'armée polonaise du général Haller fût débarquée à Danzig. Le refus opposé à cette prétention serait considéré comme une violation de l'armistice parles Allemands. Dans ma note de réponse, je répliquai que seules les troupes alliées avaient le libre passage par Danzig, mais non pas les troupes polonaises. Le passage des troupes polonaises par Danzig — disais-je — menaçait l’ordre dans la Prusse Occidentale. Mais je me déclarai prêt à faciliter le débarquement de l'armée polonaise à Stettin, Memel, Konigsberg ou Libau. Je demandai de plus amples renseignements sur la composition de l'armée Haller, la durée du passage et la garantie que les événements, analogues à ceux qui avaient signalé le passage du ministre-président Paderewski, ne se produisissent point : car en ce qui concernait le passage de Padereswski, il y avait eu violation de l'hospitalité et le signal de la révolte avait été donné en Posnanie. J'avais, il est vrai, refusé de laisser négocier à Posen au sujet du débarquement des troupes, malgré l'ultimatum à court terme que m’avait envoyé l'ambassadeur français Noulens. Le 28 mars, le maréchal Foch me fit dire qu'il me priait d'envoyer à Spa un plénipotentiaire pour résoudre la question. Le cabinet me désigna comme plénipotentiaire allemand. Foch me fit informer qu'il serait lui-même le 3 avril à Spa, où il me
donnerait tous les renseignements et toutes les garanties demandés. Le 2 avril au matin, j’arrivai à Spa. J’étais logé dans mon train. Le lendemain matin, le Maréchal arriva. Je lui exprimai le désir de lui parler en particulier. Je lui exposai la situation générale dans tous ses détails. Je rappelai les efforts que j’avais faits pendant des mois pour exécuter les conditions d’armistice, et j’ajoutai qu’il m’était impossible de permettre le passage des troupes polonaises par Danzig. Le maréchal Foch essaya de dissiper mes craintes, en remarquant qu’une décision n’avait pas encore été prise par les Alliés touchant le sort lutur de Danzig. Je répondis que précisément le passage des troupes anticipait sur cette décision, et je proposai au Maréchal de faire passer les troupes par voie de terre à travers l’Allemagne Moyenne. J’avais fait noter sur une carte les lignes de chemin de fer en question. Le maréchal Foch me promit d’examiner à loisir cette proposition. Lorsque je quittai son wagon-salon, nous étions déjà d’accord sur le passage des troupes par voie de terre. Les principales difficultés consistaient à formuler le début du protocole. Le maréchal Foch insistait pour que le droit de passage des Alliés par Danzig y fût nettement affirmé. J’essayai d’enlever cette phrase ‘du protocole. Mnis le maréchal Foch resta inébranlable. Dans les sous-commissions, l’accord fut vite réalisé sur tous les points essentiels, notamment au sujet des garanties que j’exigeais au sujet de la durée des transports, des frais et de la sécurité dont le transport devait être entouré. Le cabinet de Berlin voulait qu’on biffât la déclaration relative au droit des Alliés de faire rentrer les troupes par Danzig. Je proposai finalement de signer l’accord, puisque, au fond, ma proposition avait été acceptée, mais, en même temps, de déclarer que nous n’admettions pas le point de vue des Alliés. Le maréchal Foch accepta. Dans les entretiens qui eurent lieu dans la villa Neufbois, où l’empereur d’Allemagne avait eu son Quartier Général, j’obtins encore que le ravitaillement de l’armée aurait lieu par Stettin etnonpas par Danzig. De cette façon, le nom de Danzig n’était pas prononcé une seule fois dans tout l’accord, si l’on exceptait la
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phrase du début. La discussion au sujet de l'accord eut lieu dans la chambre même dans laquelle l'Empereur avait signé son acte d'abdication. L'administration de la ville de Danzig m'a fait exprimer ses plus chauds remerciements pour avoir détourné d'elle le danger. Le bourgmestre de Danzig, qui, sur ma demande, était venu à Spa, m'a rendu d'excellents services lors de la signature du traité.
Ce fut ma dernière entrevue avec le maréchal Foch. Le travail qui m'incombait à la Commission d'armistice, que je dirigeai jusqu'au moment où je fus appelé au Ministère des Finances, était extrêmement varié, mais fort ingrat. Par des interventions résolues, je pus encore obtenir que le peuple allemand ne fût pas l'objet de nouvelles rigueurs. Je fus fidèlement aidé presque par tous mes collaborateurs, principalement par les plénipotentiaires. Au nombre de ceux-ci était le général von Winterfeldt, qui, au commencement de février 1919, donna sa démission pour protester contre les continuelles violences exercées contre son pays. Je vis partir avec peine un général qui avait rendu tant de services à sa patrie.