‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 11 sur 53 · SOU V EMUS DE GUE H RE · texte numérisé non relu

SOU V EMUS DE GUE H RE

qu'on avait négligé de visiter avant son admission dans le port. Cette peste enleva bientôt plusieurs officiers et soldats; la présence de ma femme ajouta beaucoup aux inquiétudes que j'éprouvais déjà pour le régiment. Elles étaient d'autant mieux fondées que j'avais des relations de tous les instants avec des militaires; je recevais tous les jours chez moi, dans une très grande salle, de soixante à soixante-dix personnes, tant officiers que sous-officiers et caporaux arrivant des quatre coins de la ville. Je pris le parti de faire des fumigations d'après le système de Guyton deMorveau. La maladie nous serrait de si près que toutes les maisons qui avoisinaient la nôtre étaient pavoisées du sinistre drapeau noir, qui annonçait que la peste les avait visitées. Il mourait à Livourne deux cents personnes par jour, et toutes les nuits j'étais réveillé par des rapports qu'on venait me faire de la mort de quelque officier que j'avais vu bien portant quelques heures auparavant. Ma femme, malgré tout son courage et son énergie, était dans de mortelles angoisses. Enfin, après avoir gardé Livourne aussi longtemps que possible pour ne pas trop décourager les habitants, le général de division Verdier, qui y avait son quartier général, le transporta à Pise avec ordre au régiment de l'y suivre. Cette ville, comme je crois l'avoir déjà dit, est bien percée ; l'Arno, qui la traverse et la partage dans sa partie la plus longue, y établit un courant d'air qui contribue encore à l'assainir; malgré l'inquiétude des habitants, il ne se manifesta aucun symptôme de peste pendant le séjour que Hqus y fîmes. Le général fit seulement laisser à Li-

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vourne une garde permanente dans la caseïne «lu port.

Nous profitâmes de notre séjour à Pise pour visiin-

les superbes bains de marbre construits à quelque dis-

tanC6 de la ville, ainsi que ses délicieux environs, ses

palais, ses aqueducs, la laiterie appartenanl à la Heine et entretenue comme si elle était souvent visitée par elle. Je revis avec un nouveau plaisir un superbe jardin rempli d'orangers portant des fruits de toute beauté; il

y en avait en espaliers, en pleine terre et en caisses, qui garnissaient la façade d'un hôtel donnant sur le jardin. Ce paradis terrestre était habité par notre quartier-maître. Pour donner une idée du climat de Pise, je citerai un fait qui est particulièrement resté dans ma mémoire; c'est que, nous promenant sur le quai de l'Arno le jour de Noël avec quelques dames, nous y éprouvâmes une chaleur de vingt-cinq degrés Réaumur . Les dames étaient en parasol et les hommes le chapeau à la main pour chercher à se rafraîchir. L'intensité de la maladie ayant beaucoup diminué à Livourne, le général de division nous y ramena. Nous ne quittâmes pas sans regrets le délicieux séjour de Pise, quoique Livourne nous offrit quelques compensations par les agréments du voisinage de la mer, le mouvement de son port, toujours encombré de bâtiments marchands et d'une population venue des quatre parties du monde. Nous y faisions aussi une chère excellente de poissons frais et fins qui y abondaient. Le carnaval arriva, qui fut gai, nonobstant la présence de la fièvre jaune ; il y eut des bals masqués à la salle de spectacle, où ma femme fut reconnue à la beauté de ses cheveux noirs,

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