SOL' VEX 1RS DE GUERRE
ancien couvent où les personnes qui nous avaient précédées à la quarantaine nous fuyaient comme la peste, ce que nous finies à notre tour pour les personnes admises après nous, car le moindre contact entre les anciens et les nouveaux admis nécessitait inexorablement pour les anciens la reprise de la quarantaine. On nous transmettait nos vivres au bout d'une perche, et ensuite on nous présentait de la même façon un verre de vinaigre dans lequel nous jetions notre argent. Toutes ces précautions faisaient un peu diversion à l'ennui inévitable d'un pareil séjour. Nous avions la liberté de nous promener dans un grand verger où nous avions le spectacle de la purification de tous les nouveaux arrivants. Enfin les portes nous furent ouvertes vingt jours après notre entrée et nous pûmes continuer notre voyage. Nous vîmes dans le plus grand détail les villes de Bologne, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Lodi, Milan, Novare, Verceil et Turin. Je retrouvai à Bologne le général Tholmé, mon ancienne connaissance dans les campagnes sur Trêves, Coblentz et Luxembourg; à Lodi, je trouvai le général Merlin, que j'avais connu pendant que j'étais au 4e régiment en garnison à Naucy, lui colonel du 8e régiment de cuirassiers en garnison à Toul. Nous eûmes grand plaisir à nous revoir. Nous ne manquâmes pas d'aller saluer le pont de Lodi, rendu célèbre par la bravoure et l'intrépidité du général en chef Bonaparte, lors de ses brillantes conquêtes qui amenèrent la paix de Léoben. A notre arrivée à Turin, où nous devions séjourner, j'appris la présence dans cette ville du prince Baccio-
ni! G Ê X i:k \ L \\.\ RON POU G ET >7
chi, à qui je succédais dans le commandemenl du 261 léger; il allai! prendre possession de ses principautés de Lucques et de Piombino. Je me lis un devoir d'aller lui présenter mes respects el lui demander ses ordres ou ses recommandations pour son ancien régiment. II était à table avec, son aide de camp. Monseigneur me reçut assez froidement, parla peu, Irancha du prince mal élevé, ne me recommandant personne, ne me faisant rien dire de sa pari à aucun de ses officiers. Je le quittai non sans réfléchir aux effets de l'orgueil et des grandeurs promptement acquises. Ce n'était certes pas parce qu'il était beau-frère de l'Empereur et prince tout fraîchement éclos que j'allais lui faire visite; je n'eusse pas mis moins d'empressement à aller trouver mon prédécesseur, quel qu'il fût, parce que, en bons camarades, on a toujours quelque chose à se dire en pareille occurrence et quelques renseignements à se communiquer. Je fus visiter M. le comte Meuou, gouverneur général du Piémont, qui me félicita sur mon nouveau grade et me présenta au prince Alexandre Berlhier, alors ministre de la guerre ; celui-ci précédait l'Empereur, qui se rendait à Milau pour se faire couronuer roi d'Italie. Pendant notre séjour à Turin, Mme Pouget désira visiter le château royal de Stupinitz, qui est à peu de distance de la ville ; nous y rencontrâmes le prince de Talleyrand, ministre des relations extérieures, qui précédait aussi l'Empereur. J'ai beaucoup regretté de n'avoir pas fait voir à ma femme la Supurga, lieu de sépulture des rois de Piémont, située sur une émiueuce qui domine Turin,