‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 15 sur 53 · SOU VE MRS DE GUERRE · texte numérisé non relu

SOU VE MRS DE GUERRE

sur la rive droite du Pu. Ce fut dans cette ville que nous nous séparâmes de MM. Poisson et Dumasbon, mes anciens collaborateurs. Quand nous arrivâmes au mont Cenis, nous nous fîmes porter à dos de mulets jusqu'au sommet de la montagne, puis nous nous donnâmes le plaisir de la descendre en traîneau, ce qu'on appelle se faire ramasser, jusqu'à Lanslebourg. Cette descente se fait à vol d'oiseau; ma femme, qui me précédait dans cette opération et qui était fort intrépide, fit une culbute dans la nei;|e avec son conducteur, sans en éprouver le moindre mal. Ce plaisant accident fut longtemps le sujet de nos joyeux entretiens. Entre Lanslebourg et Saint-Jean de Maurienne, nous rencontrâmes l'Empereur et plus loin notre Saint- Père le pape Pie VII. A l'approche de Sa Sainteté, nous mimes pied à terre, ma femme s'agenouilla et reçut la bénédiction du vénérable pontife, dont je profitai en me tenant courbé près d'elle et chapeau bas. En passant à Chambéry je fis connaissance avec quelques officiers de mon nouveau régiment, qui y étaient en opérations de recrutement.

En arrivant en Lorraine, je laissai ma femme dans sa famille et me hâtai de me rendre à Boulogne, où le 26e était campé. Aussitôt ma descente de voiture, je lis prier M. le chef de bataillon Parti, qui commandait par intérim, de venir me trouver pour me conduire au lieu où mon régiment était campé. Le lendemain, je reçus les officiers du corps et je me rendis ensuite chez M. le général Levasseur, de la brigade duquel le 26e faisait partie; il voulut bien me présenter à M. le

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général de division Legrand, qui me conduisit à Boulogne pour me présenler a II. le général en chefSoult. Ma réception Fut ordonnée pour le lendemain.

J'appris q ne depuis plus de dix ans le régiment dont

je venais prendre possession avait toujours été commandé par des hommes sans énergie. Le prédécesseur de M. Bacciochi, qui lavait commandé huit ans pendant les guerres d'Italie, ne sélait jamais montré au feu sous différents prétextes. L'administration était passée aux mains des capitaines qui faisaient partie du conseil, et ces messieurs décidaient sans appel sur toutes les questions. Ce colonel inepte fut éliminé de l'armée dès que le premier Consul résolut la formation d'un camp en face de Douvres. Sou successeur immédiat fut le prince Bacciochi, qui, en sa qualité de beaufrère du premier Consul et destiné aux grandeurs, ne se donna pas la peine de dissimuler sa nullité comme militaire. Sou autorité comme chef passa dans les mains de sa femme, Élisa Bonaparte, qui, au dire des officiers, avait infiniment plus de capacité que son mari; c'était elle qui élait l'intermédiaire entre le régiment et son frère et qui sollicitait les avancements ou les retraites. Cet état d'anarchie redoubla encore sous le commandement par intérim de M. Parti; ce chef n'avait ni talents ni considération, même au plus mince degré; il ne connaissait ni le monde, ni ses usages, ni sa langue; il avait beaucoup moins d'orthographe qu'une cuisinière; on m'a montré un billet de sa main où pour dire : tant d'hommes aux hôpitaux, il écrivait : Dom o opito. Ce pauvre homme élait la dérision

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