SOUVE MRS DE GUERRE
M. le chevalier de Beauvau, prince de Craon, brigadier des armées du Roi, résidai ta cette époque au château ; il fut nommé colonel d'honneur de la garde nationale. Le frère de M. le maréchal prince de Beauvau était, comme son aîné, à la hauteur de la révolution qui se préparait et dont plusieurs grands actes étaieut déjà consacrés. Ce fut par le crédit de noire colonel d'honneur que la garde nationale obtint cinquante fusils de munition de M. de Taffin, commandant la place de Toul. M. le maréchal nous fit don d'un superbe drapeau aux trois couleurs; il n'en fallait pas tant pour stimuler le zèle des enfants du bourg.
En 1789, d'après un décret de l'Assemblée nationale, on réorganisa la garde nationale ; j'y fus nommé lieutenant et nous proclamâmes de nouveau M. le prince de Craon colonel d'honneur. Ce seigneur, qui était aussi distingué par son érudition, son esprit et son amabilité que par sa haute naissance, avait fixé alors sa résidence à Craon, où sa présence répandait le mouvement et la vie et attirait de temps en temps les propriétaires des châteaux voisins. J'ai vu souvent chez lui M. de la Galaizière, intendantd'Alsace, mesdemoiselles sesfilles, et Mgr l'évêque de Saint-Dié, son frère; M. le marquis d'Ourches, messieurs ses fils, Mmes d'Ourches, Mme de Belrose de Clayeures, le marquis de Moras et le chevalier de Boufflers, si connu par son esprit. Le prince, qui m'honorait de bontés particulières, m'invitait souvent au château, où je partageais les plaisirs de l'excellente compagnie qui s'y réunissait.
J'ai dit plus haut que j'avais été nommé lieutenant
m GÉNÉRAL BARON POUGBT.
de la garde nationale de Craon. Vous fumes bientôt appelés à nous joindre à la garnison el 6 la garde nationale de Metz, commandées par le comte de Bouille, qui allaient mettre à la raison les trois régiments de la garnison de Nancy qui s'étaienl insurgés contre leurs chefs pour obtenir le décompte de solde. On donna pour poste aux deux eenls hommes venus de Craon le pavillon dos princes de Lorraine attenant à l'hôtel du gouvernement. .le dois mentionner ici une aventure assez singulière, mais toute personnelle. Un malin, comme je descendais ma garde, je fis rencontre, rue des Dominicains, du régiment du Roi, marchant en colonne par sections, tambours battant, se rendant à Lunéville pour soutenir le régiment Mestre de camp-cavalerie, lequel s'opposait au départ de deux régiments de carabiniers commandés par le général de Malseigne, qui voulait les mener à Nancy contre les insurgés. Je vis tout à coup un sergent-major, qui marchait en tète du régiment l'épée à la main, se détacher et venir à moi pour me prier au nom de tous d'accepter le commandement du corps pour le conduire à Lunéville, où l'honneur l'appelait : ce Je vous assure, mon officier, de l'assentiment unanime du régiment. Tous nos officiers nous ont quittés; je marcherai à vos côtés, et si mes conseils peuvent vous être utiles, je ne vous quitterai pas. »
Je fus bien interdit de cette proposition, mais je n'hésitai pas à décliner l'honneur qu'on voulait me faire par l'excuse apparente qu'étant moi-même attaché à une troupe qui montait sa garde, je ne pouvais l'aban-