‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 20 sur 53 · SOU VE XI II S DE GUERRE · texte numérisé non relu

SOU VE XI II S DE GUERRE

glace d'un petit étang qui était recouvert de neige. On allait en changer remplacement quand mon général de brigade vint encore nous faire porter un peu plus à gauche dans le même alignement, puis il rentra en ville. A peine étions-nous arrêtés sur le point voulu, mouvement qui se fit dans le plus grand silence, que Je sous-officier qui faisait les fonctions d'adjudant courut à moi, me fit signe de me baisser pour me faire remarquer une colonne ennemie qui passait à une demi-portée de fusil sans se douter probablement de notre voisinage; quelques officiers m'engagèrent à lui envoyer des feux de bataillon; mais voyant que sa marche était rétrograde, je préférai la laisser passer, ne jugeant pas prudent d'engager un combat de nuit dont l'issue est toujours incertaine; mon général de division, à qui je contai ce fait aussitôt que je le vis, me dit que j'avais été d'autant mieux inspiré que l'Empereur était précisément entré dans Eylau à la même heure sans autre escorte que ses guides, et que si j'avais remis la possession de cette ville en question, les conséquences eussent pu en être très graves.

Une fois mon régiment placé et le service de nuit organisé, je le quittai pour aller eu ville chercher un coin pour m'abriter du froid à cause de ma surdité, qui commençait un peu à diminuer, et pour prendre un peu de nourriture. Il était minuit et je comptais bien venir reprendre mon poste avant le jour. Mais l'Empereur fut encore plus matinal; il faisait la ronde des bivouacs à la clarté des feux, ce Quel est ce régiment? — ie 26e léger. — Où est le colonel? Il est dans la pre-

mière maison de la ville, assourdi par un coup de feu lire très près de son oreille. — Kst-il blessé?— Von, Sire. - Portez le régiment plus en arrière et adossez-le à la ville. « J'arrivai dans ce moment ; le régiment commençait sou mouvement, que je 6s achever. Les feux des bivouacs ennemis placés sur le revers d'une montagne à une portée de canon nous annoncèrent la présence de toute l'armée russe, que nous évaluâmes à soixante-dix mille hommes. Aussitôt que le plus petit jour leur permit de nous voir, ils firent sur notre ligne un feu d'artillerie si bien nourri que les boulets et les obus tombaient comme la grêle. Mon régiment étant trop à découvert, je le fis avancer de quelques pas pour le placer dans un petit ravin d'où il ne pouvait plus être vu. Le bruit de l'artillerie fit accourir nos généraux, dont aucun n'était encore à son poste. L'artillerie française n'étant pas encore en batterie, son silence encourageait celle de l'ennemi, qu'on voyait se rapprocher de nous. L'on me fit mettre en colonne dans une des rues de la ville, mais tout prêt à en déboucher. Les pertes que le 26e avait faites les 6 et 7 ne lui permettant plus de se battre en ligne, il ne fut plus employé le 8 qu'en tirailleurs, qui furent opposés aux tirailleurs russes. J'envoyai deux compagnies par bataillon, que je faisais relever par deux autres après une heure de combat. Les différents corps d'armée français arrivaient de plusieurs points; notre artillerie était en batteries de pièces de 12 dans le cimetière abandonué par les Russes; elle dominait la ville; les obusiers et pièces de bataille étaient sur la même ligne que l'in-

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