‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 25 sur 53 · SOUVENIRS DE G UEK RE · texte numérisé non relu

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minait par une pointe, à laquelle était attachée une flamme tricolore dont le bout touchait terre par un temps calme; elle avait plus de vingt-cinq pieds de longueur et faisait un très bel effet quand elle était agitée par le vent. Toutes les baraques du camp étaient aussi terminées en pointe et surmontées d'un petit drapeau aux trois couleurs. Le 15 août 1808, nous célébrâmes la fête de l'Empereur. Un autel fut artistement et militairement construit au camp, et la messe y fut dite par le grand vicaire de Poméranie. Toutes les troupes de la division, généraux en tête, s'y trouvèrent. Après la messe, on exécuta des manœuvres où l'artillerie et la mousqueterie se firent entendre, puis on fit aux troupes une distribution de vin et double ration de vivres. Le général Legrand avait fait construire dans le jardin attenant à sa maison une immense tente recouverte en coutil tapissée au dehors de verdure et au dedans de trophées, dans laquelle il fit servir un très beau dîner auquel il avait convié tous les officiers généraux et autres de tous grades; il y avait aussi un grand nombre de personnages prussiens et polonais et quelques dames (1). La santé de l'Empereur y fut portée avec enthousiasme; la musique de tous les corps se fit alter-

(1) Ma mère occupait à ce dîner la droite du général Legrand. Elle était arrivée de France avec une coiffure à la Titus, qui était à la mode alors, et portait à cette fête une robe de tulle de soie lamée de rubans de satin blanc. Elle avait une figure et une tournure d'une distinction extrême. Elle trouva les dames prussiennes et polonaises avec les cheveux presque rasés ; elles furent fort déconcertées lorsqu'elles virent la véritable mode française portée par ma mère. (\Tote de Mlle Amélie Pouget.)

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nalivemenl entendre. Le dîner fut suivi d'un l>;il où toutes les jolies femmes «les enviions se montrèrent; il y avait aussi bal au camp; tout respirait la joie el la concorde; un temps magnifique favorisa cette belle

journée. Je vis avec bonheur Mme Pougel se livrer au plaisir de la danse dans une de ces ïèks militaires qui lui étaient inconnues. Nos dames de Dalwin et Mines de Mloska n'eurent garde d'y manquer. Ce fut

quelque temps après que nous entendîmes parler des conférences d'Erfurth, qui devaient avoir lieu entre les empereurs de France et de Russie. Le général de division, étant instruit que l'empereur Alexandre devait passer par Marienvverder, avait fait porter ses troupes près et en face du pont qui couvre la Vistule, pour lui rendre les honneurs militaires. Déjà elles bivouaquaient sur ce point depuis quarante-huit heures, quand le général soupçonna que l'autocrate pourrait fort bien se diriger sur Xeuenbourg, petite ville située deux lieues plus haut, où se trouvait un pont volant. Il vint me donner Tordre verbal de me porter sur cette petite ville avec mon régiment, auquel il fit joindre deux pièces de canon pour recevoir le prince et lui rendre les honneurs. La prévision du général se réalisa; l'Empereur était précédé de son frère le grand-duc Constantin, dont l'arrivée me fut annoncée par des estafettes que j'avais fait tenir vis-à-vis du pont. Je portai mon régiment en dehors de la ville, et à l'entrée du prince le canon le salua. Au premier coup, le grand-duc et un officier général qui l'accompagnait descendirent de voiture. Je fus le complimenter et prendre ses ordres; il

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me dit qu'il verrait avec plaisir mon régiment, devant lequel il passa. Je lui demandai s'il voulait le voir défiler; il me remercia en me disant qu'il mourait de faim, et que si ce n'était ce besoin pressant, il verrait ma troupe avec grand intérêt. Je lui dis que j'avais fait préparer un petit diner et que si Son Altesse Impériale voulait bien l'accepter j'en serais très honoré, k Avec grand plaisir parbleu ! Avec grand plaisir ! diable ! C'est une bonne fortuue! « Nous accompagnâmes le prince, mes deux chefs de bataillon et moi, jusqu'à la ville, dont nous n'étions qu'à trois ou quatre cents pas. Je lui fis donner pour garde d'honneur une compagnie de mes carabiniers, puis je pris ses ordres pour les officiers qu'il voudrait bien admettre à sa table. Il me répondit qu'il y verrait avec plaisir tous ceux que je jugerais convenable d'inviter. J'étais limité par l'espace, mais je remplis la table, qui pouvait contenir douze ou quinze personnes. Le prince était en belle humeur ; il parla guerre en homme qui la faisait depuis longtemps. Il nous vanta la sobriété du soldat russe, qui pouvait emporter des vivres pour plusieurs jours, lesquels consistaient en un petit sac de farine de seigle ou de gruau dont le contenu lui suffisait pour quinze jours. Il parla du service de l'artillerie à l'officier de cette arme qui dînait avec nous. Il fit monter un des carabiniers pour examiner sou armement, son sac, la manière dont il le portait; loua et critiqua avec beaucoup de tact et de franchise ; il lui fit faire tous les maniements de l'arme ; il était plein de son sujet.

J'étais en face du prince pendant le diner; il fut

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frappé d'un des meta qui riaient sur la table, et demanda ce que c'était; on lui dit que c'étaient des champignons, qui s.ont fort gros dans ce pays. Diable! dit-il; mais sont-ils bien choisis? « El sans attendre la réponse il tendit son assiette : « Baste ! en bonne compagnie on mange de tout. « Je m'empressai d'en demander et d'en manger quand même, préférant m'empoisonner avec lui que de lui survivre en cas de malheur; et toute la table en voulut, et nous n'en fumes incommodés ni les uns ni les autres.

Le grand-duc resta quatre heures avec nous; nous l'escortâmes à cheval tandis que le régiment bordait la haie des deux côtés; mais il ne permit pas que nous allassions au delà; il me tendit la main très affectueusement en me disant qu'il serait bien aise de me revoir, me remercia, puis nous nous séparâmes. Le lendemain l'Empereur, son frère, arriva accompagné seulement du comte de Tolstoy, grand maréchal du palais, frère de l'ambassadeur que nous avions reçu à Braunsberg. Le grand-duc m'avait prévenu que Sa Majesté ne s'arrêterait pas. Je lui avais néanmoins fait préparer un pied-à-terre dans le cas où elle voudrait se reposer, et où je fis trouver quelques rafraîchissements en fruits, confitures, café et vins de France. J'avais fait placer mon régiment en bataille près de la route et l'artillerie sur un mamelon à sept ou huit cents pas, avec ordre de faire à l'Empereur un salut convenable. Le prince était en calèche; il fit arrêter à une certaine distance et en descendit avec M. de Tolstoy. Je me rendis près de Sa Majesté, qui me témoigna son étounement de trouver

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