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jour. Il avait fait commander dès le principe un petit berceau sous lequel mon pied était placé pour éviter le contact des couvertures. Voilà les principaux événements arrivés dans les premiers temps de ma blessure. Depuis, masituatiou s'améliora; les beaux jours nous étaient acquis.
Dès le commencement de juillet, je témoignai à Mme Leidesdorsfer le désir d'être porté dans une chambre où la vue des passants pût me distraire; elle m'en fit préparer une sur-le-champ donnant sur la place d'où jevoyais la cathédrale Saint-Etienne, dont je n'étais pas éloigné. Elle fit placer mon lit près de la fenêtre de manière que, la tète sur l'oreiller, je voyais les piétons, voitures et tout ce qui se passait dehors. Cette place était d'autant plus animée qu'une grande partie des habitants de la ville et des faubourgs devaient la traverser pour gagner le Pratcr, délicieuse promenade sur le Danube. Je l'avais habitée après la bataille d'Austerlitz, mon régiment y avait bivouaqué pendant deux jours et j'avais pris une de ses charmantes guinguettes pour mon abri. Dans cette chambre, choisie par mon excellente hôtesse, ma guôrison fît de grands progrès; j'étais à un régime sévère, mais qui s'élargissait insensiblement; on m'avait envoyé de Schœnbrùnu douze bouteilles d'excellent bordeaux dont je ne commençai à goûter que par cuillerées. J'étais aux anges quaud mon docteur se relâchait un peu de sa sévérité. J'avais fait faire des gilets de basin à manches pour tenir mes bras hors du lit; j'avais fait acheter une jolie toque en velours violet richement brodée qui m'avait coûté cin-
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quante florins (I). Elle étail du choix de mou hôtesse. Ce fui vers ce i(Mii|>s que je reçus un nouveau messager de ScliœnbrùoD qui m'apporta l'avis que Sa Majesté m'accordait une dotation en Hanovre, me considérant comme si j'avais élé amputé à la bataille d'Essling. Il y avait de quoi me faire du hou sang et activer ma guéri son.
Outre les officiers et soldats de mon régiment cj ni venaient très souvent me visiter, je le fus aussi par le comte Legrand, mon général de division, par le baron Ledru, mon générai de brigade, et nombre d'officiers de différents corps qui m'avaient connu. Les visiteurs qui me faisaient le plus de plaisir étaient ceux du 26e; ils ne me quittaient jamais, officiers ou soldats, sans que je n'éprouvasse les plus vives émotions.
La bataille de Wagram eut lieu six semaines après celle d'Essling (2). Le 26e y souffrit beaucoup; mon pauvre frère, qui m'avait si souvent visité, y fut tué par un boulet (3). Cet événement me fut longtemps caché : ma position exigeait ce ménagement. Je lui donnai beaucoup de regrets. Plus âgé que lui de sept ans, il avait souvent besoin de mon appui ; appelé près de moi en 1805, quand j'eus pris le commandement du 26e régiment, il y fut admis comme sergent, grade qu'il apportait d'une compagnie d'artillerie garde-côte dans
(1) Le florin d'Autriche valait 2 fr. GJ.
(2) La bataille de Wagram, de même que celle d'Essling, dura deux jours. Elle commença le 5 juillet et continua le 0.
(3) Gomme on l'emportait blessé mortellement sur un brancard, il reçut un second boulet qui l'acheva.
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laquelle il servait près de Saint-Valéry, et il fut tué capitaine de voltigeurs aux grenadiers-voltigeurs réunis sous les ordres du maréchal duc de Reggio et chevalier de la Légion d'honneur. Il était très bon militaire et très brave soldat; je l'aimais beaucoup.
J'ai appris à Vienne que le 26e avait beaucoup souffert à IVagram, qu'il y eut force bras et jambes emportés; je fus assez étonné de voir entrer chez moi, dix-huit ou vingt jours après la bataille, un officier ayant un bras de moins qui était à peu près guéri de son amputation, tandis que je ne pouvais encore sortir de mon lit, quoiqu'il y eût plus de soixante-quiuze jours que j'avais été blessé. C'est environ vers ce temps que je me fis faire des crosses et qu'à l'aide d'un tabouret et d'oreillers je pus m'appuyer sur ma fenêtre pour regarder sur la place. La première fois que je m'en avisai, je fus salué par plusieurs voisins et voisines qui me complimentèrent, les uns en allemand, d'autres en français, les plus éloignés en me faisant signe et battant des mains en manière d'applaudissement. Quand je voulus essayer mes crosses, mon docteur exigea que ma jambe fut soutenue par derrière au moyen d'un ruban qu'il me passa au cou; cela me gêna, mais je m'y habituai; je ne songeai plus qu'à mon départ; je brûlais du besoin de revoir ma femme et mes enfants, ma femme surtout, que j'avais soin de tenir au courant de ma sauté en lui écrivant moi-même. Je m'étais opposé avec persévérance à ce qu'elle vint à Vienne, parce que je connaissais les dangers qu'elle aurait pu courir pendant la route, se trouvant sans protec-
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J'étais très attaché, comme je dois déjà l'avoir dit, à
AI. Amat, chirurgien-major de mon régiment, et j'en
riais paj é de retour. Il m'avait dil souvent que, lorsque je quitterais le commandement du 26', il demanderai! sa
retraite : il tint parole. Après m'aioir mis en voiture, il m'annonça que je le reverrais bientôt. Je m'occupai
de lui dès mon arrivée à \ancy ; j'étais connu du directeur des salines de Dieuze, je savais que l'administration stipendiait un médecin-chirurgien pour les employés des salines; j'écrivis à M. de Paublanc, et il se
trouva qu'il cette époque il n'y avait pas de médecin. Il accepta celui auquel je m'intéressais; j'en fis part à AI. Amat, qui se trouva heureux de joindre à sa retraite et à son traitement de légionnaire 000 francs de fixe et un logement. Je le fus moi-même de l'avoir rapproché de moi. Depuis, il fixa sa résidence à Aletz, où il fut tellement employé qu'il amassa une assez belle fortune.
J'avais fixé mou départ du 20 au 24 août; je fis vendre trois chevaux et ne conservai qu'un attelage de voiture; j'achetai une calèche, que je fis arranger de manière que je pusse avoir la jambe étendue, et j'arrivai heureusement à Strasbourg, accompagné de mon aide de camp AI. Gérard, que j'avais pour ce but fait nommer préalablement lieutenant, et de mon valet de chambre Joseph. J'avais instamment prié ma femme de venir au-devant de moi jusqu'à Strasbourg, ce qu'elle fit. Elle me trouva à l'hôtel de l'Esprit, où je désirais me reposer cinq à six jours. En passant à