‹ Souvenirs de guerre du général baron PougetChapitre 30 sur 53 · SOU V EX 1RS DE GUERRE · texte numérisé non relu

SOU V EX 1RS DE GUERRE

Phalsbourg, nous nous arrêtâmes vingt-quatre heures pour visiter une amie de ma femme, Mme Cliavanne, femme d'un ancien capitaine du 4e de ligne, et nous arrivâmes à Nancy le 8 ou le JO septembre 1809.

CIIAIMTRK V

Mon séjour en France. — Je commande successivement le département de la Marne et des Vosges. — Ma présentation à l'impératrice Marie-Louise. — Préparatifs de la campagne de Russie. — Je suis nommé commandant de lu 28 brigade do la division Verdier, du corps Oudinot. — Passage du Niémen. — Campagne de Russie. — Combats de Valkomir, de Jacouboyo, de la Dvissa. — Bataille de Polock. — Je suis nommé gouverneur de Witepsk. — Mes tribulations et mes angoisses pendant ce gouvernement ; l'armée ayant battu en retraite, je suis abandonné et fait prisonnier. — On me dirige sur Saint-Pétersbourg, qui m'est assigné comme résidence.

J'annonçai mon retour au ministre de la guerre, qui m'assigna un commandement dans la 2e division militaire dont le quartier général était à Mézières. J'eus à choisir entre celui de la Meuse ou de la Marne; le premier était plus militaire, en ce que le général devait résider à Verdun, ville de guerre et de garnison, taudis qu'à Chàlons il n'y avait pas de troupes; mais je ne me soutenais alors qu'à l'aide de mes crosses, j'avais besoin d'être pansé tous les jours et de rester en repos; je choisis donc avec bien du regret le commandement de la Marne, et j'arrivai à Chàlons dans les premiers jours de décembre.

174 SOLVEMRS DE GDERKE

Je n'ai pas tenu de journal de mes actions pendant près de deux ans que j'y restai; j'y menai une existence aussi douce qu'agréable; bien accueilli par la société, au mieux avec M. de Jessaint, préfet, j'y menai une vie de sybarite. Jetais riciie alors; je jouissais par mes dotations, ma croix de commandeur et mon traitement, de plus de 25,000 francs, mais j'avais des charges et je tenais à monter ma maison et à vivre honorablement. J'avais trois chevaux, voiture de ville et calèche et quatre domestiques. Je faisais une pension honorable à ma mère (1) ; j'avais deux fils au lycée de Nancy, auxquels j'avais fait donner beaucoup de maîtres. Persuadés, ma femme et moi, non seulement de la durée de notre bien-être, mais encore de son accroissement, nous étions d'accord pour nous poser convenablement dans le monde, et nous nous montâmes richement. J'avais à ma table tous les généraux et officiers supérieurs ou subalternes qui me faisaient l'honneur de me visiter, et cela arrivait fréquemment, Chàlons-sur-Marne étant un lieu de passage. Le mariage de TEmpereur eut lieu en 1810; le pavé de Chàlons gémissait sous le poids des innombrables voitures qui traversaient la ville et s'y arrêtaient. M. Brillât-Savarin, conseiller à la Cour de cassation, m'adressa alors une charmante et intéressante exilée, Mme Récamier, sa parente, que Mme Pouget et moi fûmes heureux d'accueillir. Cette dame était exilée à trente lieues de Paris

(1) Elle était d'une générosité telle que sa propre fortune n'y suffisait pas; son fils, qui avait pour elle une vive tendresse, voulut servir ses goûts en aidant sa prodigalité.

I) l G K \ K it M BABON POl G ET i : i

par l'ordre de l'Empereur pour avoir été i isilcr Mme de

Staël, son amie, à Coppet.

L'usage dr> eaux de Plombières pour un bras et une jambe luxés pendant mes campagnes me fui ordonné. Je oe pris qu'une saison, pendant laquelle j'eus l'honneur d'être présenté à S. \I. la reine d'Espagne et a

Mme la princesse de Ponte-Corvo, sa sœur, dont le

mari allait monter sur le trône de Suède. Ces princesses recevaient tous les jours. A mon retour, on organisa à Châlons nue comédie de société dans laquelle, tout

boiteux que j'étais, je fus pressé de prendre un rôle. Je jouai le marquis de Valsain dans les Fausses infidélités, le colonel Germansey dans les Rivaux d' euxmêmes > et le bourru dans le Bourru bienfaisant. Nous avions deux acteurs excellents dans M. Pein, le receveur général, et sa femme, une soubrette des plus rusées dans Urne ÀJoèt; le reste était passable; au demeurant, nous nous amusâmes beaucoup. Xotre salle, (jui pouvait contenir quatre à cinq cents personnes, était remplie de toute la société choisie de la ville et des environs. AI. le duc de La Rochefoucauld-Liancourt s'y trouvait souvent et venait tout exprès de sa terre ; je le voyais rire aux larmes et applaudir à tout rompre. Xos répétitions étaient déjà fort divertissantes; mais ce qui mettait le comble à nos plaisirs, c'est qu'après chaque représentation, où Ton jouait toujours deux pièces, tous les sociétaires devaient souper ensemble, et à ces repas il n'y avait d'admis que les maris ou les femmes des acteurs. Ces soupers étaient si enviés que, si nous eussions voulu admettre des personnes choisies

mémo dans noire société habituelle-, à raison de 50 francs par tète, les amateurs ne nous eussent pas manqué. Maison fut inexorable; nous voulions avoir notre franc-parler pour nous critiquer nous-mêmes, rire à loisir de nos gaucheries et maladresses, ce qui arrivait sans que personne s'en formalisât. C'était une joyeuse vie, et pouvait-il en être auîremcnt? La France était à l'apogée de sa gloire, il n'y avait pas un Français qui n'en fût heureux. L'hiver de 1810 à 1811 arriva; il se passa en dîners, soirées et bals; il fut bientôt écoulé.

Le roi et la reine de Bavière vinrent en France dans l'été qui suivit. Leurs Majestés s'arrêtèrent à Chàlons, à la préfecture, où je me trouvai. Le Roi, auquel le préfet me présenta, me fit l'honneur de m' inviter à dîner. Avant que l'on prévînt que le Roi était servi, nous restâmes au salon, où il n'y avait de personnes assises que la Reine et Mme de Jessaint. J'étais resté debout; mais aussitôt que le Roi sut par le préfet que j'étais impotent, il me dit : « Général, je vous prie de vous asseoir, et la Reine vous l'ordonne. » Au moment même, la reine me montra un fauteuil près de Mme de Jessaint. Le Roi fut très aimable, il fit les frais de la conversation, nous parla du temps où il était au service de France sous le nom du prince Max de Bavière.

Je me décidai cette année à aller à la cour. Je partis pour Paris, accompagné de ma femme, et nous logeâmes, rue Richelieu, hôtel des Colonies. Je me fis inscrire à Tétat-major général de la division, chez le ministre de la guerre, à l'hôtel du prince Cambacérès, chez le duc de Frioul, etc., et je reçus bientôt une

DU G i: \ 6 it IL h \ RON PO VC ET. m

foule d'invitations de ces divers personnages. Les officiers généraux de la garde donnèrent un diner à leurs camarades de l'armée qu'ils réunirent à Prascati ; j*1 n'y fus pas oublié et j'y trouvai grand nombre de connaissances.

L'Empereur donna en ce temps une fête àTrianon pour l'Impératrice. La foule y était grande; le divertissement consistai! en un feu d'artiGcc tiré dans les jardins, où se trouvaient çà et là différents groupes de jongleurs, de danseurs et de marionnettes. Les dames invitées étaient réunies dans le grand salon; lorsque l'Empereur se présenta, elles se levèrent et se rangèrent sur deux lignes se faisant face; les hommes étaient derrière. J'avais devant moi la jolie comtesse Legrand, dont j'avais l'honneur d'être connu. Quand Sa Majesté passa, elle s'arrêta devant la comtesse et lui dit quelques mots aimables, puis m'apercevant elle me dit : « Kh bien! ètes-vous guéri? — Sire, peu s'en faut. — C'est bien ; vous êtes trop jeune pour être dans l'intérieur. — Sire, j'attends vos ordres. » L'Impératrice passa ensuite; elle dit à la comtesse d'un air riant : «Je suis bien aise de vous voir, n

Après celte présentation, on passa dans un autre salon, où il y avait nombre de petites tables auxquelles les dames prirent place; l'Impératrice avait aussi la sienne, à laquelle deux dames seulement furent admises; elle était servie par un jeune et joli page. Les hommes cherchaient à se pourvoir près des buffets ; je m'y trouvai en même temps que le maréchal IVey, qui voulut être mon pourvoyeur et mon échauson. Nous

étions de vieilles connaissances; je ne le revis plus depuis. La foule s'écoula vers ciuq à six heures du matin ; j'avais conduit à cette fête le général baron Candras, mon ami, mon ancien colonel, et je le ramenai chez lui dans ma voiture. Rentré chez moi, je rapportai à ma femme ce que l'Empereur m'avait dit, et nous conclûmes que la paix ne tarderait pas à être rompue.

Nous profitâmes de notre séjour à Paris pour nous faire peindre par le célèbre Robert Lefebvre. Je le rencontrais souvent à la cour avec l'habit à la française et l'épée au côté.

La cour étant retournée aux Tuileries, j'écrivis à Mme la duchesse de Montebello de vouloir bien prendre les ordres de l'Impératrice, à qui je désirais avoir l'honneur d'être présenté; je fus très contrarié de recevoir de cette dame l'avis que l'Impératrice me recevrait à Compiègne; j'étais ainsi forcé de faire vingt lieues pour remplir un devoir dont j'aurais pu me dispenser; mais, étant inscrit sur la liste des présentations, il me devenait impossible de reculer. Ma femme, quoique dans un état de grossesse assez avancée, voulut être du voyage. Pour plus de précaution et éviter les retards, nous nous mîmes en route à minuit dans ma voiture attelée de chevaux de poste. A Senlis, une roue se brisa ; il fallut une jante et trois raies. Un charron se mit à l'œuvre à l'instant même, mais quelque célérité qu'il fit, je subis quatre heures de retard; je voyais passer un grand nombre de voitures daus lesquelles, si j'avais été seul, j'aurais certainement sollicité une place, car j'étais au supplice. Enfin les chevaux fureut attelés et,

ni G i: \ i: RAL \\ \ ito\ POUGET. ii'>

au moyen d'un payement double, nous pûmes arriver à dix heures et demie. Il fallut chercher à se loger sans nul moyen de trouver pince dans une auberge quelconque. Nous nous casâmes dans une maison particulière. Je ne pus arriver au château qu'à midi; les premières paroles que j'entendis sur l'escalier fuient celles d'un huissier qui me cria : « Efes-vous monsieur le général Pouget? L'Impératrice vous attend! m Le salon qui précédait celui de réception était rempli de monde; en passant devant le maréchal Lefebvre, il médit : « Tu es bien en retard; il y a longtemps qu'on t'appelle. » Enfin la porte du salon de l'Impératrice s'ouvrit; j'y arrivai tout haletant, tout tremblant, tout suant. Après ma révérence j'implorai mon pardon et mis mon retard sur le compte d'un accident. L'Impératrice eut la bonté de me rassurer; je lui dis qu'il me tardait d'avoir l'honneur d'être reçu en audience particulière par Sa Majesté, dont je n'avais pas encore eu le bonheur d'approcher, pour l'assurer de mon profond respect et de mon dévouement sans réserve. « Vous n'habitez pas Paris, général? me dit-elle. — Non, madame; mais ce n'est pas à la distance que je pourrais attribuer mon retard à l'accomplissement d'un devoir que je mets au premier rang (1); j'ai été retenu dans mon commandement par une blessure grave dont je me ressens en-

(1) Mon père n'était pas un courtisan, mais il avait la politesse et les manières d'un homme de l'ancien régime. Ma mère, d'un esprit plus indépendant, voulut rester en dehors des relations de cour, quoiqu'elle eût tout ce qu'il fallait pour y paraître avec une grande distinction et une incontestable supériorité. (Note de Mlle Amélie Pouget.)

core. — A quelle campagne avez- vous élé blessé? — A la bataille d'Essling, madame. — Vous avez appartenu à une glorieuse armée qui n'a point connu d'obstacles. » Au même moment, je jetai les yeux sur madame la ducliesse de Montebello, à qui je venais de rappeler le douloureux souvenir de son mari, tué à cette bataille. La pauvre femme me comprit et leva les yeux au ciel. L'Impératrice me salua et je me retirai. Lorsque je rentrai dans le salon d'attente, ou me dit que l'Empereur recevait le serment des fonctionnaires civils et militaires; ce fut une occasion que je n'écbappai pas, et je me fis introduire à l'instant. Sa Majesté était assise devant une petite table carrée recouverte d'un tapis vert avec franges et galon d'or. Le prince de Neuchàtel me dit : ce Mettez-vous devant l'Empereur » , et il lut la formule du serment. Je ne répétai que ces mots : Je le jure. L'Empereur fit un signe de tète d'approbation, et je me retirai. J'ajoute aujourd'hui, vingt-huit ans après, que j'ai tenu fidèlement et religieusement mon serment.

Peu de jours après mon retour à Chàlons, ayant appris que le commandement du département des Vosges était vacant, je le demandai et l'obtins. Plusieurs motifs me faisaient désirer ce changement; depuis quelque temps j'avais acheté une maison (1) à Nancy, et je désirais me rapprocher de mes fils qui étaient au lycée de cette ville. Lorsque mon change-

(1) Cette maison était un hôtel magnifique qui devint ensuite, par le malheur des temps, une des causes principales de la décadence de la fortune de la famille.

DU G E N Ê R I L m iio\ POUCET. 1 s 1

meni fui connue Chftlons, nos amis s'en inquiétèrent beaucoup, et M. de Jessainl me donna dans cette circonstance un témoignage bien positif de son attachement; il me dil que si ce changement me contrariait, il avait des amis assez puissants pour le faire révoquer. Je le remerciai et lui lis l'aveu que c'était sur ma demande que ce changement s'opérait.

A celte époque il y avait en garnison à Epinal un régiment de dragons portugais commandé par le marquis de Loulé et ayant pour lieutenant-colonel, sous la dénomination d'adjudant général, M. le marquis de Jumilhac, beau-frère de M. le duc de Richelieu. Quoique j'eusse obtenu du général commandant la 4e division de faire ma résidence à Nancy, il était bien entendu que je me rendrais de temps en temps à Epinal et chaque fois que ma présence y serait nécessaire.

Je reçus Tordre d'aller passer le régiment portugais en revue, et je fis prévenir le colonel. Je partis dans ma voiture, me faisant suivre de mon cheval de selle tout harnaché. A une lieue environ d'Epinal, je vis venir un gros de cavalerie précédé d'un cavalier au galop; c'était un de mes aides de camp qui venait m'avertir que tous les officiers du régiment, chefs en tète, venaient à ma rencontre.

Je montai à cheval sur-le-champ pour les recevoir. J'avais déjà vu le marquis de Louié et l'avais reçu chez moi à diner; mais je ne connaissais pas le marquis de Jumilhac. Nous fîmes en ville une entrée d'apparat; les chefs de corps me donnèrent à diner; rien n'était plus aimable que ces messieurs, particulièrement MM. de

182 SOUVENIRS DE CUEKRE

Loulé et Jumilhac, Tua grand seigneur portugais, l'autre grand seigneur français. J'étais certes loin de m'attendre, à cette époque, que ce dernier jouerait un aussi grand rôle en France trois ans après. L'inspection eut lieu le lendemain, et je rendis à ces messieurs un dîner d'où la gaieté ne fut point exclue. M. de Jumilhac s'y fit remarquer par son esprit et son amabilité.

Des bruits de guerre commençaient à circuler sans q ue la France se doutât du terrain sur lequel le sang devait encore couler. Je reçus à Xancy des lettres de service, datées de Paris du 8 décembre 1811, pour me rendre à Munster, où le général lerdier devait me donner une brigade dans sa division, qui était elle-même sous les ordres du maréchal duc de Reggio. Je pris le temps de faire mes préparatifs ; je pris un autre valet de chambre, le mien ne se souciant plus de me suivre à ia guerre. Le pauvre diable fut bien inspiré, car il serait peut-être resté, comme tant d'autres, dans les neiges de la Russie que nous n'eussions jamais dû fouler. J'attendis l'époque des couches de ma femme, qui eurent lieu le 29 décembre, et je fis partir vers la nuit un de mes aides de camp avec un fourgon et trois chevaux; il devait voyager à petites journées. Je quittai Xancy le 6 février 1812, et je voyageai en poste avec mon second aide de camp. Xous passâmes par Luxembourg, Trêves, Coblentz, Bonn et Cologne. En arrivant à Metz, je fus accueilli par les officiers de mon ancien régiment, le 26e, qui m'offrirent un punch. Je vis avec plaisir et un vif intérêt Luxembourg, où j'avais été employé au blocus, comme chef d'état-major de la division Taponnier, dix-

D II G É N É 11 A L H \l(() \ P 0 U G E T . l *:}

huit ans auparavant. C'est à ce blocus que je m'amusais à provoquer les Autrichiens et h leur faire tirer sur moi une petite pièce de trois qui était aux avantpostes; je prenais avec moi trois ou quatre chasseurs et un brigadier, et les ennemis ne manquaient jamais de nous saluer quand ils nous apercevaient. Nous marchions en tirailleurs, et le pointeur n'a jamais atteint personne.

Depuis Gravenrnachcren, nous longeâmes la rive gauche de la Moselle ; ces parages m'étaient bien connus puisque j'avais déjà fait deux campagnes sur Trêves, l'une commandée par Bournouville et la seconde par Morcaux (des Ardennes) . Je n'entrai point dans Coblentz et ne m'arrêtai qu'à Cologne, que je ne connaissais pas et où je me reposai cinq jours. J'y trouvai des amis et des connaissances : les généraux Paultre et Chouard, qui commandaient chacun une brigade de cuirassiers; l'adjudant-commandant ilergez et madame; le jeune prince Charles de Beauvau, qui servait dans les carabiniers; ce dernier me fut amené par mon aide de camp Gérard, et il fut assez aimable pour partager mou diner. Je visitai avec plaisir cette antique ville de Cologne qui occupe une place intéressante dans l'histoire. Je vis là pour la première fois une fabrique de sucre de betteraves qui était en grande activité. Je continuai ma route par la rive droite du Rhin et gagnai Munster en parcourant des chemins affreux. Le général Verdier me donna la 2e brigade; la lre était commandée par le général Raymond Viviez et la 3e par le général Valenlin. J'avais déjà servi sous les ordres du

comte Vcrdier, en Italie, en qualité de major du 02e de ligne; je l'avais revu à Kœnigsberg après la paix de Tilsitt, ctàParisaudiner que nous donnèrent, en 1811, les officiers généraux de la garde impériale. Il avait avec lui Mme la comtesse Verdier, que j'avais souvent eu l'honneur de voir à Livourne, à Pise et à Paris. Le général me laissa reposer quelques jours à Munster, où je cherchai vainement à acheter des chevaux; ma brigade était à six lieues plus loin, cantonnée sur l'Ems. J'ai souvent eu l'honneur de dîner chez M. le duc de Reggio, à Muuster; ou ne se gênait pas à table pour chercher à deviner le but du rassemblement des troupes ; les plus huppés quittaient avec peine Capoue et ses délices : pourvus de biens et d'honneurs, ils n'aspiraient plus qu'à en jouir en paix; ils disaient aussi, dans leur humeur chagrine, que l'Empereur voulait les faire tuer jusqu'au dernier. On pensait que, d'accord avec la Russie, nous allions traverser les déserts de cet empire immense pour aller attaquer l'Angleterre dans ses possessions de l'Inde; enfin, nous nous mimes en route les yeux bandés, sans savoir où nous allions.

On reçut l'ordre de marcher sur Hanovre; en passant à Osnabrùck, je trouvai à acheter deux beaux chevaux alezans que je ne payai que vingt napoléons chacun. Je vis à Hanovre les généraux Bouvier et Duverger, employés à la surveillance des acquisitions de chevaux pour l'armée. Nous séjournâmes dix à douze jours à Brunswick, dont je visitai le château ducal; je revis dans cette ville, avec un plaisir toujours nouveau, le 2Ge régiment, dont les braves s'étaient si bien conduits

DU G EN Kit %L BARON POUGET. 185

sous mes ordres; la musique vint me donner une sérénade.

On passa l'Elbe à Hfagdebourg, dans les premiers jours d'avril ; à Zièsar, roule de Brandebourg, je fus logé chez le bailli, où je fus fort bien. Il m'arriva pourtant dans ce logis une assez plaisante aventure : le plafond de ma chambre, qui était un papier peint, se détacha de tous points en même temps et nous prit dessous, mon hôte et un chef de bataillon du 37e régiment de ligne. \Tous eûmes assez de peine à nous dépêtrer de ce filet qui était enraidi par la colle. Cette chute fut occasionnée, à ce que prétendit notre hôte, par la chaleur du poôle (1).

J'avais fait placer ma calèche et mon fourgon vis-àvis de mon logement pour qu'ils fussent gardés par ma sentinelle. Sans me prévenir, mon hôte les fit mettre dans une espèce de grange près de sa maison. Le lendemain, mon cocher s'aperçut que ma voiture avait été pillée et ma malle enlevée. Je fis part de ce désastre au bailli, qui resta confondu, et l'en fis responsable quoique je fusse persuadé qu'il n'était pour rien dans ce brigandage. Il fit mettre force gens en campagne pour aller à la découverte; on trouva ma malle dans un champ, tout ouverte, et quelques vêtements jetés à côté çà et là. Comme j'avais toujours dans mon portefeuille la nomenclature des objets renfermés dans chacune de mes malles, j'en donnai le double au bailli avec sommation de me rembourser la valeur des objets

(1) Cette aventure arriva à Prenzlow, et non chez le bailli.

Page 1