SOUVENIRS DE C L'EURE
pas (renvoyer chaque jour un espion sur le terrain occupé par l'ennemi, et j'appris ainsi qu'il lui était arrivé des renforts à Viliki-Luki. .l'en fis donner avis au maréchal Gouvion-Saint-Cyr, qui me fit répondre qu'il en était instruit, mais que j'eusse à en prévenir le duc de Bellune à Smolensk, ce que je fis sur-lechamp. Au passage de ces renforts par Gorotlok, il s'en détacha deux escadrons de dragons et des Cosaques pour pousser une reconnaissance jusqu'à Witepsk; je n'appris la présence de cette cavalerie qu'au moment où elle entrait dans la partie de la ville qui se trouve sur la rive droite de la Dvvina, parce que je ne faisais point faire de vedettes peudant le jour, n'ayant pour toute cavalerie que les seize gendarmes que j'ai mentionnés plus haut. Je partis aussitôt, escorté de cette petite troupe, et appuyé par cinquante hommes d'infanterie je marchai à l'ennemi. Le premier groupe que je rencontrai était en partie entré dans une auberge, tandis que le reste stationnait à cheval. Ceuxci, apercevant les deux gendarmes qui me précédaient, crièrent aux armes; tous furent promptement en selle et s'éloignèrent au galop, tout en envoyant quelques coups de carabine. Depuis ce jour, je laissai cinq gendarmes eu vedettes qui étaient posées avant le lever du soleil et retirées à la nuit close; ce service était fatigant, vu leur petit nombre.
Le maréchal Saint-Cyr me fit savoir que, depuis l'arrivée des renforts russes, le prince Wittgenstein avait pris l'offensive et que je fisse prévenir promptement le duc de Bellune que, s'il ne venait pas à son aide, il
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serait forcé d'évacuer Polock. Le messager que j'envoyai el qui, pour ne pas attirer l'attention, allait à pied, était un Polonais si actif qu'il fit en trente heures 1rs trente lieues qui me séparaient de Smolensk. Néanmoins, il arriva trop tard; le 9e corps avait déjà l'ait sa retraite, dans laquelle l'ennemi perdit huit mille hommes, tandis que les Français ne laissèrent pas sur les chemins un clou de voiture, selon l'expression du général Lorencez, en m'apprenant celte belle retraite qui me laissait à découvert sur ma gauche.
La division Daendels, du 9e corps, se porta sur Witepsk ; le général de division fit entrer une brigade dans la ville; il en prit la défense et en débarrassa le gouverneur. Je montai à cheval avec lui pour la lui faire connaître ainsi que les environs. Le premier soin du général Daendels fut de s'occuper des approvisionnements; il me dit que, puisqu'il était dans la place, je pouvais détacher quatre cents de mes isolés pour les envoyer dans les districts de Souraj et de Velij lever des grains. Je n'hésitai pas à suivre son conseil ; il m'assura qu'il allait envoyer un escadron de dragons saxons du prince Jean pour appuyer au besoin celte infanterie. Je donnai le commandement de ce détachement au major Preissac; cette expédition devait durer huit jours au moins. Le lendemain du départ de ces quatre cents hommes, la division Daendels eut ordre de quitter Witepsk pour se porter vers Sienno, mais le général me laissa le plus faible de ses bataillons pour tenir garnison; c'étaient des soldats de Berg; encore de ce faible bataillon manquait-il la compagnie de grenadiers, qui
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était de garde aux équipages de AI. le duc de Bclluue, de sorte qu'il n'y avait pas quatre cents combattants présents, et quels combattants! Des conscrits qui n'avaient jamais tiré un seul coup de fusil ni vu l'ennemi. Le 4 novembre, je reçus du duc de Bellune l'ordre d'évacuer la ville et de me porter sur Smolensk, par Rudnia; c'était pour aller au-devant de la Grande Armée, qui avait quitté Moscou. Je commençai par faire évacuer les hôpitaux et partir toutes les administrations; je leur donnai deux cents hommes pour escorte avec ordre de m'attendre à Falkowitz, à vingt verstes de Smolensk, etde continuer leur route si je n'arrivais pas le lendemain. Je différai mon départ de ving'-quatre heures pour couvrir les équipages et fermer la marche. Ces deux cents hommes étaient sous les ordres du capitaine d'état-major Pujet. J'avais envoyé dire au major Preissac de laisser là toutes les réquisitions, en ramenant cependant toutes celles qui étaient rentrées sur Smolensk, où je lui ordonnai de se diriger. A peine toutes ces mesures furent-elles prises et les administrations en route depuis quatre heures, que je reçus du duc de Bellune l'ordre de ne pas quitter la ville et, dans le cas où j'en serais déjà sorti, d'y rentrer, même de vive force, parce qu'il paraissait que l'ennemi n'avait point d'intention sur Witepsk. Je me félicitai donc bien de la précaution que j'avais prise de faire d'abord évacuer la place de tous les embarras qui l'encombraient, sans attendre le moment où j'y serais contraint. Toujours est-il vrai de dire que, si j'étais parti à cinq heures du matin comme j'étais autorisé à le faire, l'ordre de res-
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1er ne m'ayanl plus retrouvé h la villc9 donl j'aurais été à plus d'une journée de marche avant qu'une ordonnance ail pu me rejoindre, j'aurais continué ma route quand même; l'évacuation dé Polock m'y autorisait, militairement parlant. Ce ne fut que trois jours après que j'appris l'évacuation de Polock par le maréchal Saint-Cyr; dès lors je prévis le sort qui m'attendait, et je pris mes dernières précautions. J'ordonnai au commandant des pontonniers de préparer les combustibles nécessaires pour brûler le pont; je fis sortir du gymnase plus de quatre-vingt mille piques qui y avaient élé déposées par les Russes ; je les fis brûler et jeter les fers au plus profond de la Dwina, puis j'attendis les événements.
L'ennemi pouvait avoir fait du chemin depuis le dernier avis que j'avais reçu du général Lorencez; j'étais dans une vive inquiétude, lorsque m'arriva un officier d'état-major, M. Descharmes, commandant de place à Bechenkowitz, qui me remit une seconde lettre du chef d'état-major du maréchal Saint-Cyr pour faire évacuer toutes mes administrations sur Smolensk et protéger leur retraite. En remarquant la date de cette lettre, je reconnus qu'elle avait plusieurs jours de retard, puisque de Bechenkowitz à Witepsk, il n'y avait qu'une journée de marche. J'en fis l'observation à M. Descharmes et lui fis remarquer de quelle importance était son contenu; il me répondit d'un air fort calme qu'il savait de quoi il était question, mais que cela ne lui avait pas paru aussi pressant que je le pensais. Je le réprimandai comme il le méritait et lui ordonnai d'aller s'établir à Ostrowno,
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petite ville à quatre lieues de Witepsk, entre cette ville etBechenkowitz, sur la rive gauche de la Dwina, et lui donnai quatre chasseurs et un brigadier pour surveiller les mouvements de l'ennemi, avec ordre exprès de m'avertir par une ordonnance à cheval de !out ce qu'il verrait et apprendrait. Je l'adressai à une personne de confiance, un Polonais qui était dans nos intérêts et qui pouvait lui être utile. Cet officier fit le récalcitrant, ne se souciant point de la mission que je lui donnais; je le menaçai de le faire conduite au maréchal, pieds et poings liés, de le faire traduire devant un conseil de guerre et punir du crime de désobéissance devant l'ennemi; je lui dis d'y réfléchir pendant que j'allais préparer mes instructions écrites. Quand je le fis rappeler, il reçut mes ordres et partit. Du reste, j'avais deux motifs de douter que l'ennemi fit quelque démonstration sur Ostrowno: premièrement parce que le maréchal m'avait mandé qu'il en doutait lui-même; secondement parce qu'il me paraissait probable qu'il ne ferait qu'une simple reconnaissance sur Ostrowno et que, de là, il suivrait l'armée française sur la route de Sienno, par laquelle elle se relirait. Mais, dans l'incertitude, je ne voulais point abandonner un point aussi important que celui que j'occupais. C'est le 4 novembre que je prenais ces mesures; quel fut mon étonnement lorsque, le 5, vers quatre heures du soir, on m'annonça M. le capitaine Descharmes, qui ne devait quitter son poste que sur mes ordres exprès et qui ne put justifier de son retour subit, sinon qu'il ne croyait plus sa présence nécessaire à Ostrowno, où je le renvoyai sur-le-champ après lui
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avoir fait SPnlir du Ion le plus indigné toutes les conséquences de la légèreté de sa conduite. Comment estil possible que cet homme ail mérité la confiance «lu major général de la Grande Armée, qui lui avait donné le commandement de Bechenkowitz, dépendant du gouvernement de Witepsk? Au demeurant, c'était un traître qui me perdit et tout ce qu'il y avait de militaire et de patriote dans Uitepsk.
Quoique Tannée rétrogradât toujours, je reçus encore du duc de Bellune Tordre de tenir ferme à Uitepsk; il m'annonçait qu'il mettrait à ma disposition quelques escadrons de cavalerie légère; j'en avais grand besoin, sinon pour me défendre, du moins pour m'éclairer, ce que je ne pouvais faire faute de vingt-cinq ou trente cavaliers. Des espions, que j'envoyais en tous sens, m'instruisaient des progrès de Tennemi, mais j'espérais toujours que les escadrons de cavalerie que Ton m'avait promis arriveraient à temps pour me mettre à même de conserver Witepsk ou pour protéger ma retraite, et rien ne pouvait me déterminer à abandonner mon poste, à moins que des forces bien supérieures ne m'y obligeassent absolument.
J'appris enfin le G que le duc de Bellune s'était retiré sur Tscberein, ce qui le mettait à dix-buit lieues plus loin de moi; je vis que je n'avais plus rien à en espérer. Je fis passer la troupe sous les armes pendant la nuit du 6 au 7 novembre. Le 7 au soir, je reçus du général Castex, qui commandait la cavalerie d'arrièregarde du duc de Bellune, une lettre par laquelle il me disait que ses avant-postes étaient entre Sienno et
Ostrowno, qu'il tiendrait tant qu'il pourrait et que si je ne recevais pas d'ordonnance de lui pendant la nuit, ce serait une preuve qu'il se serait retiré. Je communiquai cet avis à MM. de Pastoret, Chavardès, Boisdavid et Rollin, qui ne surent pas lever mes scrupules d'exactitude militaire en me faisant observer que la nuit, sur les bords de la Duiua, durait en novembre jusqu'à sept heures du matin ; je résolus de suivre à la lettre les instructions du général Castex.
La nuit se passa assez tranquillement, à cela prés que le feu prit dans une maison de bois où il fut mis par la malveillance, soit pour servir de signal aux Russes, soit daus l'espérance que j'y enverrais des troupes pour l'éteindre. Dès avant le jour, l'officier de gendarmerie Rollin me proposa d'aller avec quelques gendarmes faire une reconnaissance du coté d'Oslrowno; je lui dis qu'il n'y avait rien à craindre dans cette direction, puisque j'y avais envoyé du monde pour me prévenir des mouvements de l'ennemi.
Au même moment, la barrière de la tèle du pont s'ouvrit pour laisser passer les quinze hommes qui la gardaient et que leur capitaine envoyait occuper la porte de Riga pendant le jour; à peine étaient-ils remplacés par les deux vedettes que celles-ci se virent presque entourées par l'infanterie russe; elles rétrogradèrent promptement pour venir m'avertir; le cheval de l'une d'elles s'abattit et le cavalier fut fait prisonnier; l'autre s'échappa et prévint le grand poste de la tête du pont, qui fît fermer la barrière. L'ennemi, qui guettait tous nos mouvements, attendit l'arrivée des quinze hommes
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envoyés à la porte de Riga, les tourna et leur (il mettre bas les armes sans qu'il y eût une amorce de brûlée de pari et d'autre. Il y avait cinquante hommes à la tête du |)<>nl ; leur capitaine avait ordre de faire jeter dans la rivière tons les madriers qui en formaient le plancher du côté de la rive droite, et de tenir ferme en se retirant sur la gauche. .le les lis renforcer par la compagnie de voltigeurs de Berg. Le feu s'engagea avec acti- \ ité ; l'ennemi, embusqué derrière les maisons cl autres abris, nie tuait beaucoup de monde. Je me rendis sur la place du château, où étaient les deux pièces de \ qui tiraient quelques coups sur des colonnes qui venaient de la route de Gorodok; mais la proximité des tirailleurs ennemis, qui atteignaient les canonniers à leurs pièces, me fit ordonner la retraite. La rive gauche, sur laquelle elles étaient en position, était escarpée de vingt pieds au-dessus de la rive droite; leurs projectiles ne pouvaient atteindre celle-ci qu'en passant au-dessus des maisons de la rive gauche et en tirant à toute volée; ces pièces devenaient donc inutiles. Je fis prévenir de ma retraite le colonel Chavardès, qui était sur la route de Souvaj, en lui indiquant un point de ralliement en dehors de la ville, sur la route de Smolensk, et je fis donner le même avis à M. Rollin, commandant la gendarmerie. J'étais toujours fort étonné et fort inquiet de ne rien entendre dire de M. Descharmes, qui était à Oslrowno; c'était de ce point que devait venir le danger réel, car jusqu'alors je n'avais été attaqué que de front. Si je n'avais pas cru l'être sur la droite, les cent hommes que j'avais à la défense
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du pont faisant bonne contenance, je n'aurais pas désespéré de sauver IVilepsk et j'y serais rentré, mon point de ralliement n'étant qu'à quelques minutes de la ville. Mais n'anticipons pas. Ma petite troupe étant réunie sur la place, je donnai encore un coup d'œil du coté du pont et je remarquai que l'ennemi s'amoncelait sur la rive opposée; j'ordonnai aussitôt à l'officier de pontonniers de mettre le feu au pont et au chef de bataillon Boisdavid d'y placer un officier intelligent pour empêcher qu'on ne l'éteignît, tandis que la troupe se retirerait insensiblement pour se réunir à celle commandée par l'adjudant-commandant Chavardès. Le feu brûlait avecactivité, mais, soit que la mousqueterie ennemie ne permit pas au détachement que j'y avais placé de se défendre avec succès, parce qu'il recevait le feu d'un plus grand nombre d'hommes plus aguerris, plus hardis et plus instruits, soit que l'officier qui le commandait lui fit faire une retraite trop précipitée, toujours est-il que les Juifs habitant sur la rive droite parvinrent à éteindre le feu, et que l'ennemi, aidé de cette canaille qui ne travaillait avec ardeur que lorsqu'il s'agissait de nuire aux Français, rétablit le pont, qui redevint praticable au bout de quelques heures.
J'opérai ma retraite par Falkowitz et Rudnia, chemin de traverse pour gagner Smolensk. Jetais sorti de la ville en bon ordre, je n'y laissais pas un soldat, et tout se passa de manière qu'il n'y eût pas un motif de plainte de la part des habitants ; j'avais défendu que Ton mît le feu à aucun des magasins, ne croyant pas qu'il y eût encore rien de désespéré, et pour
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que la Grande Irmèe, se repliant sur IVitepsk, pût encore en profiter.
Le colonel C bavard es formai 1 mou arrière-garde avec ions les postes qu'il avait ralliés ; à une demi-li< ne delà ville je lis faire halle et mis ma petite troupe en bataille pour attendre l 'arrière-garde et former une masse de toul mon monde. Celle mesure ne fut pas plus tôt prise que j'aperçus (le la cavalerie qui se présentait de la route de Souraj et de celle d'Ostrou no, en deçà de la Dwina; elle eut bientôt affaire au colonel Cliavardès, qui se détendit du mieux qu'il put. De ma position je taisais tirer du canon sur les escadrons russes pour encourager et favoriser l'arrière-garde. Après quelques décharges l'officier d'artillerie vint me prier de ménager le feu, parce qu'il manquait de lances. Ce n'était pas l'instant de lui faire des reproches sur ce qu'il m'avait trompé en m'assurant qu'il était pourvu autant que pouvaient l'être ses deux coffrets, n'ayant pas de caissons de suite et ne pouvant être approvisionné qu'au grand parc de l'une ou l'autre armée dont nous avons toujours été éloignés de plus de trente lieues; la division Daendels n'avait pas même le sien près d'elle, celle-ci n'ayant fait qu'une pointe sur U'itepsk pendant que le corps d'armée du duc de Belluue marchait sur Polock. J'avais encore une autre difficulté, car il était dans ma destinée d'avoir sous mes ordres les plus pitoyables troupes du monde dans le moment où j'avais le plus besoin de braves : les soldats du train étaient si mauvais cavaliers qu'ils ne pouvaient faire manœuvrer leurs pièces qu'en mettant
pied à terre; je n'avais jamais rien vu de semblable; il leur fallait dix fois plus de temps qu'à tout autre pour faire le moindre mouvement.
Mon arrière-garde m'ayant rejoint, h l'exception du colonel Chavardès, fait prisonnier avec douze ou quinze hommes, je me remis en route par pelotons en double colonne, mon artillerie au centre; j'avais pour arrièregarde quelques braves de la garde impériale arrivés depuis trois jours. Je fus bientôt poursuivi par cette cavalerie, qui s'était montrée de toutes parts; je détachai des tirailleurs pour la tenir à distance. Ces pauvres soldats de Berg, pas plus que les officiers qui les commandaient, ne savaient ce qu'ils faisaient; c'était leur coup d'essai : ils marchaient en masse au lieu de se disperser et de s'étendre et se mettaient tantôt trop près de ma colonne, tantôt trop loin; je fus obligé d'envoyer un de mes aides de camp pour les diriger et les commander. Je cherchais à gagner du terrain et à prendre de l'avance sur l'infanterie et l'artillerie ennemies, que je m'attendais à voir venir; d'un autre côté je ne pouvais aller très vite parce que la moitié des soldats de ma colonne étaient des convalescents marchant avec peine et que je ne voulais pas abandonner; à chaque instant j'en voyais prendre ou sabrer par l'ennemi. Je fis cependant vingt verstes, ou quatre lieues, toujours en fusillant et toujours serré de plus près et fortement harcelé. Les Russes virent à quelles troupes ils avaient affaire et se montrèrent toujours plus audacieux. J'étais partout, de la tête à la queue, encourageant et tranquillisant tous ces conscrits; je leur répétais que s'ils
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m'obéissaient et restaient calmes je répondais de les conduire à Smolensk au milieu do la cavalerie ennemie sans qu'elle osai nous entamer.
\I. Boisdavid, commandant ce bataillon de Berg, me répétait souvent que si je parvenais a sauver ma troupe ce serait une belle retraite; je n'en désespérais pas encore : j'avais fait les quatre dernières campagnes comme colonel d'un régiment d'infanterie légère, j'étais si habitué à voir de la cavalerie ennemie, à eu être chargé et à la repousser (|ue je m'imaginais y réussir encore. J'ai plus d'une fois vu el éprouvé que ce sont les bonnes troupes qui font la célébrité des généraux.
Les escadrons ennemis nous serraient toujours de plus près; au moment où ma colonne allait entrer dans un jeune taillis fort clair, ils chargèrent de toutes parts ma petite troupe, dont j'avais fait former le carré et d'où il ne partit pas cinquante coups de fusil, encore étaientils mal dirigés; elle n'opposa pas même la baïonnette, malgré mes ordres; aussi fut-elle bouleversée sans effort; la plupart se jela dans le taillis; si de là elle avait encore fusillé la cavalerie, elle pouvait lui faire beaucoup de mal et la disperser, mais elle s'en garda bien. J'élais outré de cette conduite et je résolus de me défendre personnellement. Je passai mon épée entre ma cuisse et ma selle pour prendre mes pistolets et me faire jour à travers la cavalerie. Je tuai d'abord un dragon; un second s'étant présenté le sabre levé, je lâchai mon second coup; je le vis porter la main sur sa poitrine comme un homme qui se sent grièvement blessé; je lançai mon excellent cheval dans la mêlée